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Boys band ou sincère ?

Matchbook Romance

lundi 30 mai 2005, par Alexis Charlebois-Laurin

La scène punk rock connaît une bizarre de période présentement. À la fois tellement productive, inspirante et sincère d’un côté, et de l’autre, une parodie d’elle-même et une machine à consommer. Il devient parfois dur de séparer les groupes qui font de la musique pour la passion et l’amour de celle-ci et ceux qui voient cela comme une « business », un moyen de faire du gros « cash ». Mais est-ce que c’est vraiment important dans le fond de passer du temps et de l’énergie à essayer de séparer les « bons » des « méchants » ? Ne vaudrait-il pas mieux se concentrer sur ce que l’on aime et laisser les autres faire leur propre truc ? Peut-être. Mais certaines personnes ne peuvent s’empêcher d’avoir des pincements au coeur quand ils voient comment la scène punk rock a été récupérée par l’Amérique corporatiste qui prétend savoir ce qui est punk, hard, cool et qui sait ce qu’il faut faire pour que vous soyez « comme vos amis ». Où est-ce qu’on peut bien en venir avec ce genre de débat de toute façon ? Peut-être est-ce uniquement une façon d’exprimer notre dégoût envers les « boys band » punk rock/emo de ce monde comme Taking Back Sunday, From First To Last ou Hawtorne Heights. Mais encore. Il y a un groupe que plusieurs pourraient classer dans cette catégorie, mais que je ne peux m’empêcher d’aimer à cause de l’énergie et de la sincérité qu’ils dégagent sur scène. J’ai nommé Matchbook Romance. Peut-être que je devrais me sentir coupable pour ça, mais peu importe. Lorsque la chance s’est présentée de faire une entrevue avec le groupe, j’ai sauté sur l’occasion question d’un peu mieux connaître leurs positions et d’aller plus loin que leurs textes qui parlent pratiquement uniquement d’amour et de coeur brisé.

Certaines questions étaient clairement destinées à provoquer des réactions et à déranger un peu, mais leur chanteur Adrew Jordan est resté très diplomate. Voici donc ce qui est ressorti de cette entrevue faite lors d’une des nombreuses tournées du groupe.

Il y a eu beaucoup de compilations et de tournées anti-Bush et autres trucs du genre dans la scène punk rock avant les élections, mais nous n’avons pas vu votre nom associé à ce genre de choses. Est-ce que c’est parce que ça ne vous intéresse pas vraiment (ce qui est bien) ou que vous êtes pro-Bush ?

Nous essayons de rester en dehors des projecteurs avec ces choses parce que nous sentons que les gens sont tellement facilement influencés par ce que leurs idoles ou leurs parents leur disent. Nous croyons que les gens devraient être capable de former leur propre opinion sans être influencés par leur groupe préféré ou autre chose. Nous sommes totalement contre Bush remarque. Nous ne le supportons pas du tout. Je crois que ses politiques sont pleines d’incohérences et on l’a vu au cours des quatre dernières années. Tout ce que je peux dire, c’est que j’espère que le monde et Mère Nature pourrons supporter un autre quatre ans de Bush et Dick.

Êtes-vous contents du résultat de votre split acoustique avec Motion City Soundtrack ? Pensez-vous que ce matériel valait vraiment la peine d’être sorti ?

J’aime le split acoustique. Je crois que la pièce In Transit (For You) est définitivement notre meilleure chanson. Je ne suis pas très bon pour les chansons calmes et qui essaient de dire quelque chose, remarque bien. Ce n’est pas pour tout le monde. Définitivement plus pour les gens de type artiste.

Comment c’est d’être dans un des plus gros groupes de punk rock présentement ? Je veux dire dans le sens des changements que ça amène dans votre vie. Votre groupe a grossi très vite et vous avez joué beaucoup au Warped Tour. Stories And Alibis a vendu pour plus de 100 000 copies, ce qui fait de vous le premier groupe de punk rock sur Epitaph à vendre autant depuis un bon bout de temps, et maintenant vous êtes sur le « cover » de l’Alternative Press. Honnêtement, est-ce que c’est dur pour vous de gérer ce succès dans votre vie personnelle et de rester les deux pieds sur terre ?

Ça fait plaisir d’avoir eu autant de succès jusqu’à maintenant. Mais tu ne sais jamais. Tu peux tomber pas mal plus vite que tu n’auras jamais monté. Pour ce qui est de rester les deux pieds sur terre, je ne crois pas que ça ne changera jamais. Nous allons toujours croire en l’amour et le respect de tous ceux qui nous entourent. Nous n’avons jamais cru que nous étions meilleurs que personne. Je ne crois pas que nous n’ayons rien fait de si innovateur qui nous permettrait de penser ce genre de chose.

Sentez-vous que vous avez toujours le contrôle sur votre groupe ? Avez-vous parfois peur que certaines personnes utilisent votre talent pour faire de l’argent sur votre dos en faisant de vous la « saveur de l’année » ou le prochain gros groupe ou bien vous faites totalement confiance aux personnes avec qui vous travaillez ?

Nous faisons totalement confiance aux personnes autour de nous. Ça va définitivement détériorer ta « business » si ce n’est pas le cas.

Comment voyez-vous le futur pour Matchbook Romance ? Voulez-vous en faire une carrière et essayer d’atteindre un auditoire plus large et peut-être vous lancer dans l’aventure des « major labels » (avez-vous eu des offres jusqu’à maintenant ?) ou vous allez juste continuer à tourner encore et encore et voir ce qui arrivera ?

Je pense que nous allons en fait continuer à jouer de la musique qui va continuer à attirer l’attention des gens. Nous nous forçons vraiment pour ce prochain album, alors j’ai très hâte de voir ce que les gens vont en penser. Ça ne sera pas la merde typique de cette scène, remarque. Nous croyons que c’est un grave problème avec les groupes aujourd’hui : ils ne savent pas comment évoluer. Ils trouvent quelque chose qui fonctionne et ils ont trop peur d’être les artistes qu’ils sont supposés être pour créer quelque chose de nouveau. Alors c’est du recyclage et du recyclage jusqu’à ce que les chansons n’en deviennent plus qu’une.


« Nous croyons que c’est un grave problème avec les groupes aujourd’hui… Ils trouvent quelque chose qui fonctionne et ils ont trop peur d’être les artistes qu’ils sont supposés être pour créer quelque chose de nouveau. »


Je sais que vous avez été découverts par Mr. Brett sur Internet. Jusqu’à quel point ce médium est important aujourd’hui pour les groupes de punk rock ? Croyez-vous qu’on en est arrivé au point où certains groupes se font signer sans faire de très gros efforts ?

Je pense que les étiquettes ne font que signer des groupes parce que ce style de musique est populaire présentement. L’Internet aide définitivement à découvrir des groupes beaucoup plus rapidement que ce qui était possible avant. La dernière partie de la question retourne directement à la question précédente à propos de l’affaire du recyclage musical.

Avez-vous accompli tout ce que vous vouliez avec ce groupe ? Joué avec tous les groupes que vous vouliez, être allé partout où vous vouliez ?

Je n’ai définitivement pas accompli la moitié de ce que je voulais faire à venir jusqu’à maintenant. Lentement mais sûrement. Je n’ai définitivement pas joué avec tous les groupes que j’aime. Je ne sais pas si nous serons jamais capables de le faire.

Que pensez-vous de l’état de la scène punk rock jusqu’à maintenant ? Est-ce que tout le monde est là pour les bonnes raisons ou est-ce qu’il y a des « boys bands » ?

Scène punk rock ??? Il n’y a plus de scène punk rock. Elle a été submergée par la vague qui l’avait fait remonter au sommet encore une fois. Le punk est connu pour simplement monter et disparaître. C’est une scène post-punk rock que nous avons maintenant. Il y aura toujours des « boys bands »… ou des imposteurs.

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