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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Les Biberons Bâtis

Retour sur terre d’un extra-terrestre

dimanche 3 mars 2002, par Stéphane Martel

image 240 x 371Qui ici bas aurait pu prévoir un jour le retour sur disque de Satan Bélanger ? Presque 16 ans après "Attaboy on souffre" et son proche cousin "Attaboy on agonise" et dix ans après la compilation "Attaboy on meurt", voilà que Bruno Tanguay, mieux connu sous les charmants pseudonymes de Satan Bélanger et Pitbull Boivin, revient de son enfer pour nous remplir les oreilles avec un nouveau délire sonore.

Le célèbre acheteur de disques usagés de Disquievel ne chante plus à présent. Armé de ses claviers désuets, il nous bombarde de bruits, de voix trafiquées, de quelques échantillonnages et nous propose une musique franchement plus électronique et groovy et quelque peu moins humoristique qu’auparavant. "Ok ! C’est correct", c’est à la fois du techno industriel, du noise, de l’expérimental et du dub, toujours servi avec la touche d’humour tordue, crue et assez incomparable de Satan. À première écoute, l’album surprend. On ne s’attendait pas à ce résultat. Soupçonnant l’influence de la nouvelle musique électronique dans le projet de Satan, je lui demande quels sont les groupes qu’il affectionne particulièrement. "Tu te trompes !" déclare Satan. "J’en écoute très très peu ! Côté influences, c’est plutôt 30, 35 ans d’écoute de musique. C’est très varié. J’ai écouté beaucoup de musique électronique lorsque j’étais jeune. Aujourd’hui, c’est Pierre Henri, de la musique contemporaine, Stockhausen, Edgar Varès, des trucs comme ça. C’est très loin de la musique électronique, quoique j’ai beaucoup été influencé par la musique techno expérimentale. Sinon, la musique techno d’aujourd’hui, je ne connais pas ça, même si je sais qu’il se fait de bons trucs".

Seul véritable sketch figurant sur l’album des BB, "Les bons contacts" est une pièce noise, complètement débile où Satan mentionne une interminable liste de groupes métal allemands bizarres et totalement obscurs. "Je les ai inventées ! À part un ou deux qui existent. Il y a Morbid decapitation peut-être, mais je ne suis même pas sûr. J’ai demandé à mes chums de m’aider pour qu’ils me trouvent des noms" raconteSatan. "Mais au niveau technique, je ne suis pas satisfait (de cette pièce). La voix de Satan est très mal rendue. Techniquement, c’est pas bon. On appelle ça du remplissage. Je suis plus fier de mes tounes instrumentales de dub". Une de ces pièces a pour titre "The smoocher". À propos de la voix gutturale à la Barry White que l’on y retrouve, Satan prend sa plus belle voix de crooner et déclare : "C’est la voix à Bob Oliviiiiiiiier. C’est mon producteeeeeeur. L’ingéniiiiiiiiieur du son. Je lui ai dis : "Fais-moi une belle grosse voooooooix à la Barry ou Isaac Hayes, pis y m’a sorti ça ! Ça rentraaaaaait !"

À l’écoute de l’album, on ne peut que féliciter Monsieur Oliver pour son travail exemplaire, et surtout sa patience d’ange, car l’enregistrement fut long, échelonné sur cinq années bien remplies. Pourquoi une si longue période de recherche et de composition ? "Tout est improvisé sur l’album" assure Satan. "Pour le titre, je cherchais une espèce de phrase qui avait quelque chose de punché à la ’Attaboy on meurt’ mais on ne pouvait pas aller plus loin avec ce concept-là, à part ’Attaboy on ressuscite’ mais ça devenait trop prévisible. Alors, je me suis simplement dit ’Ok ! C’est correct !’ et j’avais mon titre ! En même temps, ça cassait les petites histoires de Satan au bain sauna ou de l’autre qui a perdu sa blonde. Ça cassait le lien avec ma jeunesse, lorsque j’avais 20, 25 ans (...) Pour ce qui est de la musique, c’est le soir et la nuit que ça se passe pour moi. À temps perdu j’enregistre des tracks et à un moment donné ça fait des tounes ! Je me suis dit à un moment donné pourquoi je ne ferais pas un autre album !". Quant à la pochette, elle étonne par son côté profondément cybernétique et futuriste. La science-fiction serait-elle devenue une nouvelle source d’inspiration pour Satan ? "Je suis moi-même un extraterrestre, alors oui elle m’influence c’est évident !" On appelle le groupe de Satan les Biberons bâtis mais serait-ce plutôt l’affaire d’un seul et même homme ? "J’ai toujours aimé la confusion ! Mêler les gens, c’est un de mes plaisirs ! (Rires) Au début des Biberons bâtis, il y avait deux autres membres qui étaient pas mal mes inspirations. Ils me disaient comment enregistrer. On faisaient des cassettes ensemble et on se partageaient un côté de la cassette chacun. La première cassette, c’était les Espadons et les Biberons bâtis. Et lorsque je me suis acheté mon premier quatre pistes, j’ai mis tout le monde dehors ! Je voulais tout faire tout seul et je me suis dit que j’inviterais des amis lorsque je le voudrais. Et c’est ce que j’ai fait. Ici, par contre, je n’ai invité personne à part Bob Olivier qu’on entend parfois et qui joue du violon sur deux tounes. Pourquoi je demanderais d’avoir un guitariste ou un bassiste si je peux le faire moi-même ? Il y a des très bons guitaristes mais j’en ai rien à foutre des bons guitaristes (Il éclate de rire). Moi, je n’ai pas inventé le lo-fi mais disons que j’étais déjà lo-fi en commençant et je serai lo-fi forever !"

Pour ceux qui le connaissaient bien et qui s’ennuyaient de lui et de son sens de l’humour irrévérencieux, le retour sur terre de Satan rappelle certainement de bons souvenirs ! Quels sont ses projets cette année ? "Je m’en viens avec une bédaine ! Alors, ça me prend un chalet avec une piscine pour pouvoir m’enfermer et composer sur le bord du lac. J’aime aussi parler aux animaux. Voilà Satan Bélanger où il en est en 2001 !" déclare l’excentrique bonhomme, pince sans rire. Chose rassurante, on n’attendra sans doute pas un autre 15 ans ; ce dernier nous promet un nouvel album des BB dans deux ans. Histoire à suivre. Entre temps, on a un album solide et fort divertissant entre les mains et on peut toujours se mettre sous la dent le clip délirant, bon marché (mais ô combien sympathique) pour la pièce "Propulsage". Et pour les quelques chanceux qui se sont rendus au lancement des Biberons bâtis un certain lundi soir torride de juin, ils se rappelleront toujours avec un sourire au coin des lèvres la vision de Satan portant une horrible perruque afro noire (que n’aurait pas détesté Venus Flytrap de WKRP in Cincinnati), des verres fumés beaucoup trop grands et une salopette jaune orange fluo, jouant de ses instruments bizarroïdes, assis en indien, tel un fakir devant son serpent. L’amateur des Cure à la voix haut perchée sur "Les bons contacts" résume tout : "Comme je peux voir, t’as pas ben ben changé !". Malgré les années qui passent et la musique qui se métamorphose, certaines personnes ne changent jamais. Mais on les aime comme ça.

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