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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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Jérôme Minière

LITTLE BIG MAN

mardi 10 septembre 2002, par Arnaud Cordier

Le plus québécois des français ou le plus français des québécois, Jérôme Minière, a toujours su allier ses aspirations à ses inspirations. Le petit Cosmonaute apparaît sur son chemin musical comme un héritage, un témoignage de plus dans sa quête d’humanité. Regorgeantes d’honnêteté et de lucidité, ses ritournelles aux accents électroniques et acoustiques savamment dosés, nous transportent, une fois de plus dans sa réalité, notre réalité. Au quotidien parfois amer et rude, les mots et les notes de Jérôme Minière résonnent comme un contre-pied dénué de malice et de calculs pour au final, s’adjuger les bienfaits d’une mise en abîme salvatrice. Retour nécessaire sur ce quatrième album qui, on l’espère, fera date dans sa carrière car il serait dommage de passer à côté d’un vent de fraîcheur aussi essentiel.

Arnaud Cordier : Avec " L’air du dehors ", on n’y voit plus clair sur tes relations avec le Québec, comment les décrirais-tu, le rapport entre l’expatrié et sa terre d’exil ?

Jérôme Minière : Il y a un paradoxe et pas mal d’humour là-dedans. C’est parti d’une blague que je me suis faite à moi-même, écrire une chanson un peu bossa, un peu tropicale, sur le thème de l’hiver au Québec. J’étais à la recherche d’une source de chaleur et ... Blam ! Cela m’a frappé, cette chaleur était dans le cœur des gens d’ici , dans leur simplicité (pas dans un sens péjoratif, comme beaucoup de français pourraient l’entendre) et c’était pour ça que j’étais resté ici, il n’y avait pas d’autre raison.

AC : Est-ce que c’était devenu nécessaire de coucher ces sentiments sur papier ?

JM : J’imagine que oui, je ne contrôle pas ce que j’écris, mais après je suis toujours surpris, cela raconte autre chose que ce que je croyais...

AC : Au fil de la lecture de ce PC, la simplicité ressort haut la main de tes textes, tu apparais en marge de ce monde très nord américain de vitesse, de performances, est-ce un " combat " permanent contre ces tiraillements perpétuels ( réussite, matérialité, tout le bassement palpable ) ?

JM : Oui, c’est le sujet principal de mon travail, en ce moment, c’est une position difficile à tenir, être volontairement simple, sincère, en retrait, pas hystérique du tout, pas trop aguicheur et compétitif non plus, même pas super-branché-à-la-mode . Des fois, je doute, je trouve ça dur, mais c’est ce que je ressens par rapport au monde dans lequel on est jeté. Le plus grand effort a été de m’éloigner du confort de mes angoisses, rancœurs, jugements sur les autres... Je ne voulais pas d’un disque noir ou cynique, c’était politique. Cela ne veut pas dire faire l’autruche, mais juste considérer qu’être un vivant de passage sur terre, avoir un coeur qui bat, deux mains, deux yeux et le reste, c’est beau et fragile... Depuis, je lis des tas de trucs (comme dans le dernier numéro d’Adbuster qui titre "Why am I so cynical ?"), je vois toutes sortes d’indices qui me disent que ça vaut la peine ce combat-là. Je ressens cela comme une nouvelle forme d’humanisme, qui prend en compte notre passé, nos limites, notre milieu, notre mémoire... et qui se détourne du monde des illusions, des vérités préfabriquées, du divertissement amnésique.

AC : Après l’expérience très réussie d’Herri Kopter, tu reviens avec des textes, sans pour autant en oublier les fondements électroniques, avais-tu un trop plein de mots, d ’émotions, qu’il devenait évident pour toi de mettre le tout en verbe sans renoncer à l’option électro ?

JM : Ma volonté était d’intégrer des éléments anciens et nouveaux dans les textes comme dans les musiques, de trouver un équilibre, de faire un disque qui appartienne au présent, qui ne soit pas rétro ou nostalgique, mais qui fasse appel à des choses plus anciennes. L’électronique a été mise en esclavage pour ce projet, il ne fallait pas qu’elle accapare tout l’espace sonore.

AC : As-tu contenu tes ardeurs " analogiques " durant l’élaboration de l’album ?

JM : J’ai essayé d’éviter le plus possible de travailler en MIDI et de jouer le plus de choses live, pour ensuite les remonter ou non dans l’ordi.

AC : Comment s’est déroulé le processus de création pour déboucher sur le petit cosmonaute, les idées de bases ?

JM : Faire Herri Kopter m’a permis de rebondir, car mon contrat avec Lithium se terminait et je tournais à vide dans mes projets de chansons. J’avais la tête qui tournait, j’étais confus : Pendant un an environ, j’avais écrit les chansons les plus noires que je n’avais jamais écrites, puis je suis passé sans transition à de l’électro 80, mais ces deux options tournaient à vide ... Je voulais épurer je le savais, mais je n’y arrivais pas. Avec l’arrivée de ma fille qui nous a réveillés plusieurs fois par nuit jusqu’à ses 18 mois, la confusion musicale s’est encore accrue. Ce qui m’a décoincé, c’est un spectacle bénéfice contre les OGM pour lequel j’ai chanté 2 chansons guitare/voix/trompette (avec mon ami Éric Le Ménédeu), je présentais ça parce que je n’avais rien eu le temps de préparer, je me disais " ils vont trouver ça cheap", et hop ! pas du tout, c’était émouvant, plus émouvant que si j’avais été accompagné de 22 gars aux machines, de 50 danseuses nues et d’un éléphant en hologramme... J’ai recommencé à composer guitare/voix, à faire des démos en une prise, à simplifier ma production, à déjouer les habitudes que j’avais prises avec certaines machines...

AC : Avec cette arrivée quelque peu spatiale, cette nouvelle responsabilité de tous les instants, est-ce que cela influence plus que prévu l’évolution de ta musique ?

JM : Oui, la création était une façon de fuir la réalité, et de plus je considérais mes chansons comme mes enfants. Je suis maintenant forcé de l’envisager autrement, d’être moins auto complaisant, un juge plus sévère .

AC : Tes vœux pour cette prochaine année à compter d’aujourd’hui ?

JM : Faire mon petit bonhomme de chemin avec mes chansons sous le bras, passer du temps avec les gens que j’aime , essayer de ne pas être trop con, impatient, envieux, rester curieux... Bon, et puis en fait, surtout qu’il fasse beau cet été !

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