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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Le premier amour est toujours le dernier

Hauschka

jeudi 1er mai 2008, par Maryse Boyce

Ce qui frappe chez Volker Bertelmann, alias Hauschka, c’est sa passion tranquille. Ses yeux brillent lorsqu’il parle de musique. Même ses cheveux semblent s’agiter. Émoragei s’est entretenu avec lui lors de son passage à Montréal cet automne, alors qu’il assurait la première partie de Mùm. Il raconte ici ses années de pop et de body surfing, son parcours de pianiste et comment il a découvert le piano préparé.

Dans quel contexte as-tu commencé à jouer du piano, et depuis combien de temps en joues-tu ?

J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de neuf ans. Ma famille était très croyante, et à cette époque j’allais tout le temps à l’église, où beaucoup de musique était jouée. Un jour j’ai décidé de demander à ma mère de me payer des cours de piano, parce que j’avais vu ce vieux monsieur à la messe de Noël qui en jouait. Elle m’a dit : « D’accord, si tu pratiques, tu pourras jouer du piano ». Et à ce moment-là je pratiquais vraiment, et donc j’ai suivi des leçons pendant environ dix ans. Par la suite j’ai complètement oublié le piano, parce que j’ai connu une période où je jouais dans des groupes, je chantais aussi. Je faisais plein de choses que je trouvais cool, et le piano était devenu le contraire de cool. Tranquillement par la suite, j’ai redécouvert le piano et c’est maintenant le troisième album que je fais paraître.

Et comment en es-tu venu à jouer du piano préparé ? Est-ce que c’est parce que tu étais un grand fan de John Cage ou bien c’est parce que tu cherchais d’autre façons d’expérimenter avec ton instrument ?

En fait, je ne savais pas qui était John Cage à cette époque. J’avais déjà entendu son nom mais je n’étais jamais tombé sur sa musique. J’étais un solide fan de pop et de quelques groupes en particulier. Je faisais du stage diving et des choses de ce genre... J’étais vraiment dans cette scène et je n’avais pas de contact avec tous les compositeurs d’avant-garde. Mais j’ai découvert [après s’être remis au piano] que j’avais besoin d’une façon de changer le son du piano, parce que je voulais obtenir des textures électroniques sans passer par un ordinateur. Et j’ai pensé que si j’ajoutais quelque chose sur les cordes, je pourrais utiliser le son du piano, mais que je pourrais aussi le modifier en utilisant du matériel. Et quand je l’ai fait, j’ai réalisé que chaque matériel possède différents sons : tu peux mettre du tape sur les cordes et soudainement elles sonnent comme un pizzicato... Tu peux vraiment produire plusieurs sortes de sons différents. Ça a été une telle découverte pour moi, j’étais complètement stupéfait. Ça a changé ma façon de jouer, et ma façon de composer aussi. C’est comme ça que je suis arrivé où je suis maintenant.

Et comment composes-tu tes chansons ? Testes-tu beaucoup de matériaux sur les cordes pour ensuite décider ceux que tu préfères et composer à partir de ça ?

Non. Je fonctionne beaucoup à partir du hasard. Tu sais, j’aime vraiment beaucoup jouer pendant des heures. Je peux m’asseoir, et jouer et jouer et continuer à jouer. Mais c’est tout un exercice, parce que quand tu joues très longtemps, tu deviens un peu perdu, dans un autre monde. Ca devient difficile de transposer tout ça dans une composition. Et dès que tu commences à préparer un piano, les pièces deviennent dépendantes de cette préparation. Des cordes sonnent comme elles le devraient, d’autres non. J’utilise des partitions rythmiques assez typiques pour commencer, et à partir de ça j’élargis la composition jusqu’à obtenir une ébauche de chanson. Mais ce dont je parle, c’est le squelette, le reste vient avec la chance.

Quand tu parles de partitions rythmiques, comment les utilises-tu dans ta composition ?

Elles apparaissent par hasard. Parfois, ça peut être un rythme de batterie, ou n’importe quel autre forme de rythme, une note qui se répète par exemple. En fait, ça peut prendre plusieurs formes... Quand je tombe sur une idée qui est forte, je continue là-dessus et il arrive que le tout reste solide. Mais d’autres fois, je commence à composer et je pense que je tiens quelque chose de fort, mais qui finit par s’affaisser. Dans ces cas-là, j’essaie de m’y prendre d’une autre façon. Mais toujours, quand on n’a pas peur d’arrêter et de recommencer encore, ou de juste perdre le fil et d’aller vers d’autres directions... C’est une façon merveilleuse de jouer de la musique (en souriant).

Et pour les concerts, est-ce que tu prépares quelques matériaux à l’avance et improvises une partie, ou ton piano est déjà complètement préparé quand tu montes sur la scène ? Ou encore est-ce que tu décides spontanément quels matériaux tu vas utiliser ?

J’ai une préparation principale où j’ai quelques fonctions qui sont déjà présentes. Pendant la performance, j’enlève des trucs, j’en colle d’autres. Et ça se fait spontanément, et c’est pour ça que dans le piano, il y a beaucoup de choses qui sont là sans besoin particulier. Je peux donc les prendre ou les laisser là, et je suis heureux avec ça. Parfois le son du piano en lui-même est suffisant, parce que chaque piano est différent, et donc chaque son, chaque préparation sonne différemment même si je la fais de la même manière que je l’ai faite la veille. Comme le Steinway qui sonne différemment du Yamaha. Ça m’arrive d’être impressionné juste par le piano en lui-même.

Lors de ton passage au dernier Mutek [en mai 2007], tu étais accompagné du duo britannique Semiconductor . Comment avez-vous décidé de collaborer ensemble ?

Je les ai rencontré par Fat Cat, et je les ai recroisé au Fat Cat Festival, où j’ai également rencontré Mùm. Pendant ce festival, il était possible de voir pratiquement tous les groupes sur Fat Cat. Quand nous nous sommes rencontrés, nous avons chacun beaucoup aimé le travail de l’autre et j’ai eu l’idée de peut-être faire quelque chose avec eux. Et nous l’avons fait. Habituellement je n’aime pas jouer avec un support visuel, je préfère rester loin de ça. Mais notre collaboration s’est vraiment bien passée.

Room To Expand est ton premier album sur Fat Cat (Sigur Ros, Animal Collective, Mùm, etc). Comment cela s’est-il produit ?

C’est moi qui ai envoyé mes albums précédents à Fat Cat. J’avais déjà sorti deux disques sur une étiquette allemande, Karaoke Kalk. En fait, je suis encore avec eux, et j’ai une très bonne relation avec le gars qui s’occupe de cette étiquette. Je vais définitivement y sortir à nouveau du matériel, mais je trouvais que j’avais besoin de temps. Et comme dans toute bonne relation, même avec un ami ou peu importe, des fois il faut prendre de la distance parce qu’on devient un peu aveugle, trop habitué à travailler ensemble. Et je sentais que c’était peut-être le temps de changer quelque chose et peut-être de faire connaître ma musique à d’autres pays. Et quand Fat Cat ont entendu mon démo, je pense qu’ils l’ont beaucoup aimé. C’est pour ça, je crois, que j’ai pu joindre l’étiquette.

Est-ce que c’est aussi comme ça que tu as rencontré Mùm, dont tu assures la première partie en ce moment ?

En fait je les ai eux aussi rencontré au Festival Fat Cat, et ils m’ont approché après ma prestation. Moi aussi j’avais beaucoup apprécié ce que j’avais vu d’eux, et donc on a essayé d’arranger quelque chose ensemble. Pendant un an ça ne fonctionnait jamais, et c’est maintenant que ça arrive.

Sur ton dernier cd Room to Expand, il y a du piano préparé mais aussi quelques touches électroniques, non ?

J’ai ajouté un peu d’électronique, c’est vrai, mais il y a aussi du violoncelle et un joueur de trombone. J’ai vraiment pensé que par rapport à Prepared Piano, il fallait qu’il y ait quelque chose qui change dans ma performance. Il y avait cette idée d’introduire d’autres instruments, et c’est dans cette voie que je travaille en ce moment. Je suis plusieurs chemins différents : une de ces voies est l’orchestration, et une autre est plus percussive. C’est la branche où j’expérimente de façon plus extrême avec le son du piano.

Est-ce que éventuellement tu souhaiterais avoir des instruments à corde ou un trombone pour t’accompagner en spectacle ?

Oui, même que j’ai déjà fait un concert de ce genre, en Allemagne, avec deux violoncellistes. J’ai aussi fait des performances avec des gens de la scène électro. On était sur la scène, lui et son laptop, et moi et mon piano... Je suis tout à fait ouvert à ce type d’expérience. Le seul frein, c’est que les gros groupes nécessitent une plus grosse production, et une grosse production ça coûte cher. Et comme pour le moment les coûts sont peu élevés pour plusieurs salles, c’est plus facile dans les débuts d’être seul avec mon piano. De cette façon, je peux faire des concerts par moi-même et je suis très content de ça, de pouvoir le faire de façon autonome. J’adorerais faire des plus gros shows, mais seulement si il y a assez d’argent disponible. C’est donc plus une question économique quand il s’agit de spectacles et de tournées. Pour enregistrer un disque, c’est plus facile parce qu’on peut se rencontrer seulement un jour ou deux, et ensuite c’est fini...

C’est ta deuxième fois en Amérique du Nord ?

C’est la deuxième fois à Montréal... En fait, Montréal a été annoncée pendant Mutek comme la première nord-américaine. Mais il y a eu un concert avant, à Chicago, qui a été très sous-estimé selon moi, 25 personnes environ. Ce n’était pas un gros événement. Mais c’était un beau voyage, une belle expérience, et donc cette année je rejoue à Chicago, à l’Empty Bottle. C’est un club très connu là-bas et j’ai hâte de voir les fruits de ma visite d’il y a deux ans...

Plus de gens vont te connaître...

Peut-être. (Rires) Oui, c’est ce que je souhaite pour chaque concert. Pour certaines soirées, il m’arrive de penser que ça ne valait pas la peine. Mais jusqu’à maintenant, mon expérience est que les gens apprécient quand c’est le bon public...

P.-S.

Pour écouter Hauschka :

Myspace : www.myspace.com/hauschka
Enregistrement live à Mutek 2007 :
www.cbc.ca/radio2/singleConcert.html ?20070617mutek

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