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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Décore ta vie

Fred Fortin

mardi 22 mars 2005, par Stéphane Martel

Quatre années, c’est long. C’est le temps qu’aura pris Fortin pour échafauder son troisième album solo, Planter le décor, sans l’ombre d’une hésitation, son plus achevé, cohérent et satisfaisant à ce jour.

Moins artisanal lo-fi, davantage fignolé et riche en bricolages sonores et trouvailles de toutes sortes, ce métissage de psychédélisme, de rock expérimental, de folk campagnard et de teintes country risque de surprendre l’initié par son introspection volontaire et sa poésie ténébreuse et tourmentée (définitivement moins scatologique qu’à l’habitude). Ce qui demeure est ce sens de l’humour délicieusement tordu et ce phrasé typiquement « canayen ». Entouré de fidèles complices comme Olivier Langevin à la guitare, Dan Thouin aux claviers et Pierre Girard à la prise de son, il est évident de constater que le musicien s’abandonne plus que jamais à son « trip ».

Volubile l’ami Fortin ? Niet. Mais avec cette sensibilité à fleur de peau nouvellement déterrée, des arrangements aussi recherchés que novateurs et un son épuré, le nouveau papa semble enfin avoir trouvé sa voie. Et il le sait. L’amateur nostalgique s’ennuiera peut-être de ce côté sale et décousu qui faisait le charme du Plancher des vaches, mais un fait demeure : d’ici quelque temps, l’homme pourrait bien supplanter un certain Monsieur Boucher au titre de meilleur artiste rock local. Brève discussion avec notre Bleuet favori.

Pourquoi avoir intitulé ton nouveau disque Planter le décor ?

D’abord, c’est le titre du tableau de Martin Bureau qui s’est occupé de la pochette et des dessins que l’on retrouve à l’intérieur. C’est aussi lui qui a dessiné toutes mes anciennes pochettes. On peut interpréter ce titre dans plusieurs sens. Pour moi, ça voulait dire « je te donne de l’espace ». Je trouvais que ça allait bien avec le propos des chansons sur le disque.

Quant à Martin, c’est un vieux chum. On s’est rencontré lorsque nous étions adolescents et on vient du même coin. On se connait bien et je me retrouve parfaitement dans ce qu’il fait. Il y a beaucoup de parallèles à faire dans son travail et le mien. On peut essayer de comprendre ses œuvres de plein de façons et ça me plait.

Tu as enregistré Le plancher des vaches avec peu de moyens, dans une cabane isolée et, ce dernier album, à Montréal, dans un studio avec des amis. Pourquoi cette décision ? Dans quelles conditions l’album a t-il été enregistré ?

En réalité, on l’a enregistré un peu partout cet album. Au studio Vox pour la batterie. On a descendu au chalet près d’un lac pour d’autres pistes et on l’a terminé dans un petit studio dans un appartement à Montréal. Notre but était simplement de faire de notre mieux. Comme toujours. Comme ça été le cas pour les albums précédents. Je n’avais qu’un huit pistes à l’époque, mais cette fois-ci, nous avions un ordinateur à notre disposition. Nous étions plus libres et moins limités au niveau du nombre de pistes disponibles. Nous avons pu approfondir notre recherche sonore.

D’où vient l’aspect carrément psychédélique que l’on retrouve sur certaines pièces ?

C’est à cause de beaucoup d’influences qui sont soudainement apparues. Lorsqu’on travaille avec moins de pistes, comme on le faisait avant, les chansons demeurent forcément plus brutes. Leur fondement est moins complexe au niveau des arrangements et des ambiances. Avec une technologie plus avancée, on s’est payé la traite. Je trouve que c’est un album qui est plus « progressif » que les autres. Je pense à King Crimson, aux Beatles même parfois.

Parlant des Beatles, la dernière pièce sur l’album, Georges, est librement inspirée d’une obscure pièce des Beatles (The inner light) et se veut un hommage en quelque sorte au Fab Four et à George Harrison. Quelle importance ont eu les Beatles et Harrison sur toi ?

À vrai dire, j’ai été « brainwashé » par les Beatles. J’ai écouté ça à répétition, sans arrêt, pendant très longtemps. Je pense que je n’arrêterai jamais d’écouter ça au cours de ma vie. On les retrouve tellement partout. Tellement de groupes ont été influencés par eux qu’ils sont des incontournables. Pour moi, George Harrison et les Beatles ont été une influence énorme. Je ne peux pas le renier.

Tu n’as jamais écrit des textes aussi personnels. Ils sont remplis de tristesse et de spleen. Beaucoup expriment un profond mal de vivre, un manque d’amour (« Je ne veux pas changer le monde, au fond c’que je veux c’t’une blonde pour la vie ou pour une heure »). Tu relates même des ruptures amoureuses douloureuses. Pourquoi cette mise à nu ? Tu traversais une période sombre lorsque ces textes ont été écrits ?

Oui. C’est comme ça. Il faut croire que je n’étais pas en état d’écrire sur quoi que ce soit d’autre. J’avais d’autres chansons qui étaient prêtes, mais elles détonnaient du reste et je voulais que l’ensemble demeure homogène, dans le même ton. Trop de mélange, au niveau musical ou textuel, ce n’est jamais bon.

L’album est dédié, entre autres « à Charlie, Léonie, Mélane pis l’autre. » On aurait pu sous-titrer l’album Un gars, des filles ?

Effectivement, c’est un album à femmes ! « L’autre », en passant c’est le bébé que porte ma blonde qui est présentement enceinte.

Parle-moi de la chanson Mélane qui semble s’adresser à une ancienne amoureuse qui t’a « sauvé la vie ».

Non. Mélane, c’est ma blonde actuelle. La chanson parle d’elle-même. Je ne crois pas que j’ai besoin d’en rajouter. Écoutez là. Oui, Mélane m’a, en quelque sorte, sauvé la vie.

J’ai l’impression que la chanson Robeur, écrite au « il », à propos d’un chien qui s’ennuie est, en réalité, aussi personnelle, sinon davantage, que les autres. Je me trompe ?

Non. Tu as raison. C’était une façon indirecte de passer mes mauvaises humeurs sur le dos d’un chien. C’est tout

Quelle est la petite histoire derrière la chanson Scotch ?

C’est une vieille chanson qui a pris plus de six ans avant de naître en tant que tel et qui a été composée avant la parution de mon premier album. Je n’en étais jamais pleinement satisfait de cette pièce. On a finalement trouvé une façon de l’aborder avec ce disque. On l’a enregistrée et ça m’a plu. Comme je l’ai dit à certaines personnes, il fallait qu’elle vieillise cette chanson, comme le scotch.

Qu’écoutes-tu comme musique chez toi ?

Récemment, j’ai fait un gros « buzz » de Ray Charles et de John Coltrane. Mes vinyles étaient restés au lac, mais lorsque je les ai retrouvés, je me suis lancé à pieds joints dans ce « trip ».

Te tiens-tu au courant de ce qui se passe au niveau de la scène locale ?

À vrai dire, je ne sors pas souvent pour voir des « shows ». J’ai beaucoup d’amis musiciens et je sais qu’il se passe plein d’affaires intéressantes, mais je n’achète pas beaucoup de disques. Tout dépend des moyens que l’on a et il y a des priorités dans ma vie.

Peut-on espérer un jour voir revivre le projet Gros mené ?

Les portes sont encore grandes ouvertes. J’ai beaucoup de matériel prêt qui serait approprié pour Gros mené. C’est plus « heavy » comme son. Il va sûrement y avoir d’autres projets du genre. Que ce soit avec Gros mené ou un groupe portant un autre nom.

Quels sont les prochains projets de Fred Fortin cette année ? Des spectacles ? Promotion pour le disque ?

Les derniers spectacles étaient vraiment le « fun ». La foule était réceptive et c’était dans une petite place intime, mais les prochains seront pour cet été. On ira alors un peu partout. Le problème est que deux des gars du groupe (dont moi), seront papas au mois de mars et mai. Donc, pas beaucoup de spectacles prévus au cours des prochains mois. Mais je vais continuer de travailler sur des chansons. Je vais aussi continuer d’être en contact avec Olivier Langevin (le guitariste du groupe). Ça devrait être « buzzant » au boutte.

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