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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Si la vie vous intéresse

Fifth Hour Hero

jeudi 22 avril 2004, par Alexis Charlebois-Laurin

Lorsque notre très respecté et vénérable éditeur Jeff Rioux m’a proposé de faire une entrevue avec Fifth Hour Hero, je n’étais pas convaincu. Cette réticence était surtout dûe au fait que leur constant déconnage sur scène ne laissait pas présager un très grand sérieux. Puis, deux jours plus tard, j’ai retrouvé la raison et me suis dis qu’au fond, leurs textes ont toujours été très intelligents et qu’ils étaient de fiers représentants de l’éthique DIY. Je n’allais pas être déçu.

Il faudrait ajouter à cela que le groupe existe depuis la fin des années 90 et que, mine de rien, nous sommes déja rendus au milieu des années 2000, ce qui fait d’eux un groupe ayant une durée de vie plus longue que la majorité des groupes punks, et qu’ils ont passé beaucoup de temps sur la route ces deux dernières années. Je me suis donc entretenu avec leur chanteur/guitariste Olivier Maguire au beau milieu d’un samedi après-midi, un peu plus d’une semaine avant que le groupe ne parte pour une tournée d’un mois et demi aux États-Unis. Tournée dont près d’un mois se déroulera avec Strike Anywhere.

Si vous vous tenez un peu au courant vous devriez déja savoir que le groupe fait partie de l’écurie No Idea !, le label floridien bien connu et très respecté dans le milieu mais aussi responsable d’avoir beaucoup contribué au succès de groupes comme Hot Water Music, Less Than Jake, Against Me ! et beaucoup d’autres. Mais la question qui brûle toutes les lèvres est la suivante : comment un groupe de Québec City peut-il se retrouver sur une étiquette de Gainsville en Floride ? « En fait, c’est à cause de Jon de Gunmoll qui nous avait booké un show en Floride et, un jour, il était au bureau de No Idea ! et il écoutait notre album et Var (le PDG de No Idea !) a bien aimé. » Depuis, le groupe a fait paraître un split avec Gunmoll, son premier album complet nommé Scattered Sentences et très récemment un EP, You Have Hurt my Business and my Reputation too, sans parler de leur autre split avec No Choice d’Angleterre qui sortira sous peu.

Si FHH gagne fortement en popularité à l’extérieur de la province, ce n’est pas simlement le fruit du hasard. Leurs tournées américaines avec des noms comme Against Me ! et Strike Anywhere (n’oublions pas qu’ils ont aussi joué en Europe) ne peuvent qu’aider à se faire voir par de plus grosses foules. Il semble que la tournée avec Against Me ! ait été plutôt positive de ce côté. « Le premier soir où on rejoignait Against Me ! pour débuter la tournée, c’était au Gilman Street en Californie et il y avait 600 personnes à l’intérieur... et 300 dehors qui n’ont pas pu entrer. » Puis, il y a eu leur tournée en Europe où les choses se passèrent passablement différement qu’en Amérique. Ce fut pour le mieux, semble-t-il. « La scène en Amérique est pas mal pareille partout. La grosse différence, comparé à ici, se voit surtout en Europe. En Amérique, il y a des fois où les promoteurs ne se présentent même pas au show. En Europe, les gens sont beaucoup plus accueillants. Tu arrives au show et tu vas avoir de la nourriture et bien souvent un endroit pour prendre ta douche et pour dormir. Il y a aussi des gens beaucoup plus vieux qu’ici dans les shows. Là-bas, tu vas voir des gens dans la trentaine avancée et même la quarantaine. C’est encourageant de voir que du monde de cet âge vont encore dans les shows. » Parce qu’on ne se le cachera pas, au Québec la moyenne d’âge de la scène est assez jeune. Quand on a 25-27 ans comme les membres de FHH et qu’on commence à se sentir vieux dans les shows, ça peut devenir décourageant pour certains. « Moi c’est mon frère qui m’a introduit au mouvement punk et, aujourd’hui, il est dans la trentaine et ne vient pratiquement plus dans les shows justement parce qu’il ne se sent plus vraiment à sa place. » C’est plate à dire mais c’est vrai.

Revenons à la popularité grandissante du groupe qui s’est même payé une excellente critique dans le bien connu Alternative Press où, en gros, il y est décrit comme étant une bande d’intellectuels canadiens faisant de la très bonne musique. Est-ce que le fait de se retrouver sur No Idea ! a aidé ? Sans aucun doute. « Ce qui est bien avec No Idea ! c’est qu’ils ont gardé leur côté DIY mais qu’ils ont quand même assez de ressources pour nous aider à nous développer. Var nous a dit qu’il était prêt à investir un peu plus pour nous parce que nous faisons beaucoup de tournées et qu’il pourrait faire plus de publicité pour nous. Mais en même temps, ce gars-là sort encore les disques de ses amis juste pour le fun. » Est-ce qu’éventuellement le groupe deviendra un projet à temps plein ? « C’est sûr qu’on aimerait tous ça mais... Ce qui arrive, c’est que si un jour tu veux avoir une famille et élever des enfants de façon responsable, tu ne peux pas te permettre de tout le temps être parti en tournée et de juste te trouver des petites jobines en revenant. Il y a aussi l’influence de tes amis qui commencent à se ranger autour de toi. » Dure réalité de la vie exposée ici par Monsieur Maguire, qui est lui même en Sciences politique à l’Université Laval.

On pouvait difficilement passer à côté de la fameuse émeute punk à Montréal au spectacle annulé de The Exploited. « Je ne pense vraiment pas qu’il y avait une revendication sociale à cette émeute. Plus une gang frustrée de ne pas pouvoir faire leur track de mess. Mais il y a peut-être un peu la question des groupes qui traversent la frontière derrière tout ça. » Ah oui ! Alors ces histoires d’horreur de groupes qui restent bloqués aux frontières n’est donc pas un mythe. « Des fois, il n’y a pas de problème. Comme, une fois, on leur a dit qu’on allait voir des amis qui avaient un studio en Floride pour enregistrer. Ils les ont appelé et ils ont raconté la même histoire que nous et tout a été beau. Mais une fois ils (les douaniers) avaient un flyer de show et ils nous disaient ’’Vous êtes sûrs que c’est pas vous ça Fifth Hour Hero’’ et on leur disait que non mais ils sont allés voir sur internet et ils ont vu notre site avec la photo de nous quatre qui faisaient des gros sourires... c’était assez dur de dire que c’était pas nous après ça. » Alors, pourquoi les groupes ne suivraient-ils pas les règles pour traverser la frontière l’esprit en paix. « Pour pouvoir traverser légalement il faut que tu sois membre de la Guilde de musiciens du Québec et ça coute quelque chose comme 1000$ par personne pour traverser avec un permis de travail. On a juste pas les moyens de se payer ça. »


« Le premier soir où on rejoignait Against Me ! pour débuter la tournée, c’était au Gilman Street en Californie et il y avait 600 personnes à l’intérieur... et 300 dehors qui n’ont pas pu entrer. »


Puis, tant qu’à y être, pourquoi ne pas poser quelques questions à monsieur à propos de ce qui se passe avec son autre groupe, Mi Amore. « Bien, on a enregistré un nouvel album qui va sortir cette année fort probablement sur Cyclop et on a aussi un split 7’’ avec Cursed qui va sortir sur No Idea ! » Pourquoi voudrait-il faire partie d’un groupe au son aussi différent que celui de FHH ? « J’ai toujours eu des goûts très variés et j’ai toujours écouté de la musique plus agressive. J’ai toujours eu de petits projets avec les gars de Born Dead Icons. Avant FHH, j’avais un groupe qui s’appelait Jonah et on avait un split avec Drift (Drift étant pratiquement l’ancêtre de BDI). J’aimais bien aussi le label Ebullition mais ce qui était rendu plate avec eux à la fin c’est que c’était devenu comme une clique et tu savais déjà d’avance ce qu’ils allaient aimer ou non. » Quiconque connaît un peu Mi Amore sait qu’il n’a pas peur de la controverse ni de crier bien fort son opinion. Est-ce que ce groupe serait une façon d’exprimer un autre point de vue que ce que fait FHH ? « Quand on a parti Mi Amore c’était en réponse à tous ces groupes de hardcore chrétiens qui apparaissaient. C’était une façon de répliquer. » On se rappelle bien la fois où un des membres du groupe avait renversé la table de l’organisation chrétienne Flame Resistance. « Ah oui ! Je n’aime pas trop les nommer parce que ça leur fait de la publicité gratuite. En fait c’était un petit pari qu’on s’était donné. Quand on y repense, ce n’était peut-être pas très brillant mais... » Peu importe, le nouvel album du groupe devrait frapper aussi fort sinon, plus que leur premier disque Crawlin’ King Snake.

L’avenir s’annonce beau pour FHH et leur nouveau EP intitulé You Have Hurt my Business and my Reputation too est très certainement le meilleur matériel qu’ils ont fait paraître jusqu’à maintenant. La formule punk rock à la Discount/Leatherface reste la même et la voix de Geneviève Tremblay continue d’être sublime. La pièce Badly Drawn qui clos ce nouveau EP est un morceau presque totalement acoustique où la voix de la jeune femme, exposée dans toute sa simplicité, ne peut faire autrement que de séduire. Rajoutons pour terminer que, derrière cette pochette qui représente très bien le côté déconnage du groupe, se cache un album sérieux. C’est tout à l’image du groupe qui, derrière son côté fanfaron sur scène, cache plutôt un groupe qui en a long à dire sur une scène musicale qui occupe une bonne partie de sa vie.

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