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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Confection hallucinante

Et Sans

vendredi 14 octobre 2005, par Arnaud Cordier

À première vue, la pochette du deuxième album (Par nousss touss les trous de vos crânes) de ce drôle de bicéphale qu’est Et Sans semble sortir tout droit d’un atelier bricolage et coloriage d’une classe de primaire. Sur disque, les enfants laissent la place à des adultes qui n’ont pas oublié de s’amuser à coller l’incollable, mixer l’absurde et le sérieux, mélanger et triturer des sources disparates et binaires pour à la fois faire grincer, danser, hypnotiser et donc logiquement faire réfléchir. Alexandre St-Onge et Roger Tellier-Craig agitent des neurones que les trous de nos crânes ont bien du mal à retenir ; sur l’autel de l’inventivité, la génuflexion est requise, on comprendra pourquoi plus tard. Juste avant de traduire concrètement leur musique mutante en un « set » pour le moins curieux et intègre, les deux ions positifs s’épanchent sur Et Sans…vous.

Pour avoir écouté votre premier album à l’époque et comparé avec ce nouvel album, j’ai cru que le groupe s’était dissous pour faire place à des nouveaux membres….

AS : Pour le premier album, on avait épuré beaucoup pour n’utiliser que des boucles de guitares, de la contre-basse et des voix.

RTC : Oui des voix trafiquées, ce qui donne une sensation plus dénudée, on était loin du deuxième et puis on a voulu aussi demander à pas mal d’amis de venir nous aider.

Justement, ce changement radical n’a pas dû être de tout repos à confectionner sur album ?

AS : Avec la même base, nous deux, on voulait voir ce qu’on pourrait faire et pousser le son sans savoir vers où se diriger, et en même temps, donner une touche supplémentaire avec des amis proches et avec qui on collabore très souvent sur d’autres projets comme Sophie Trudeau, Felix Morel et Stephen De Oliveira et capter une certaine vie qu’on avait pas sur le premier album.

RTC : Le plus complexe, c’était principalement d’harmoniser toutes les sources sonores, coller au bon moment la bonne ligne d’instruments, effets ou voix « distortionnées ». On a passé beaucoup de temps sur ce point, et en même temps, on voulait dégager une énergie que l’on aime chez des gens comme Wolf Eyes ou Black Dice.

AS : On est arrivé à faire un album de pop bizarre qui tient autant à du psychédélisme que de la mu¬sique faite par des gens que j’aime beaucoup comme Xenakis ou même pouvoir toucher au kraut rock du début des années 1970.

En sachant qu’il serait presque impossible de la rendre vivante comme elle se présente sur album ?

AS : Étant donné qu’on joue à deux, il est impossible de faire l’album en concert : cela demande trop de matériel et de présence, il faudrait qu’on soit au minimum cinq pour bien faire. Sur scène, on joue des pièces qui ne sont pas sur l’album et d’autres dont on s’inspire, mais que l’exécution ne nécessite qu’un minimum de matériel dans un contexte de duo.

RTC : Ce soir, par exemple, c’est voix, orgue, guitares et effets, mais ça ne nous dérange pas de pas refaire l’album, au contraire, c’est plus intéressant de se dire que chaque « set » aura son cachet et ne sera pas un duplicata d’une soirée et ainsi pour toute une tournée.

Est-ce que vous étiez sur la même longueur d’ondes en terme de création ?

AS : On se connaît depuis pas mal de temps, je pense huit ans, et outre l’amitié, on a des visions identiques en ce qui concerne la musique que l’on veut faire entendre ensemble, celle que l’on veut créer. On a pas eu à jouer le jeu des compromis du tout. Les éléments se sont placés naturellement, on se comprend très vite du fait de notre complicité.

RTC : On a entretenu des relations amicales avant de penser à jouer, à cause de nos emplois du temps et autres occupations. On se voit très régulièrement même si nos milieux créatifs sont quand même différents. Les influences se rejoignent sur de nombreux aspects.

AS : On aime beaucoup le côté duo analogique du début des années 1980, à base de bandes préenregistrées, des gens comme Suicide par exemple.

Vous n’êtes pas non plus du genre à faire des compromis pour mieux vous faire connaître, je pense à vos autres projets ( Shalabi Effect, Fly Pan Am,…), une philosophie qui vous unit également ?

AS : C’est sûr, on est libre comme l’air de refuser tel ou tel spectacle, mais le plus important, c’est garder l’esthétique et le son qui nous est propre. À ce point de vue là, il n’y a aucun compromis possible.

Donc, si vous deviez jouer le jeu des médias, du programmateur pour jouer dans un quelconque festival avec des gros commanditaires, vous n’accepteriez pas ?

AS : Jamais. Mais je me souviens d’avoir participé à Cégep en Spectacle (avec des gens devenus depuis lors des journalistes reconnus) et j’aimais déjà pas trop ça. C’est un monde à part, on parle de « business » et on est loin de tout ça en fait, le formatage, etc, etc.

RTC : Je connais pas du tout ce monde fait de récupération en tous genres, ça ne m’intéresse pas de travestir ma musique pour qui que ce soit. J’ai déjà joué en Europe dans des festivals, mais dans la plupart des cas, ce que l’on fait ne cadre pas pour des événements de masse.

Comment ça se passe en studio, est-ce que vous aimez cette période particulière ?

AS : C’est assez drôle de voir les éléments s’imbriquer petit à petit. Je te dirais qu’au départ, je ne suis pas un fanatique du studio, mais maintenant j’adore. Disons que cela peut devenir aussi drôle de voir toute la monstruosité qui peut se créer dans un studio, on voit la musique muter selon ses envies et ce que l’on a à sa disposition, j’aime assez ça.

RTC : Pour Par nouss… l’expérience n’a pas été de tout repos : composer de l’organique, de l’analogique, c’est beaucoup de détails, de travail sur les instruments, les voix, c’est loin d’être simple.

AS : Le but, en fait, c’est de vouloir créer quelque chose d’ouvert, de préserver une communication libertaire entre nous, ne fermer aucune porte à aucune source car tout son peut être intéressant. C’est le plus intéressant dans cette dynamique d’Et Sans : on peut tout faire si on veut, on ne se restreint en rien, « live » ou en studio.

RTC : On échange tout le temps quand on crée ensemble, on essaie tel ou tel effet, une guitare là, de l’orgue ailleurs, une ligne de batterie là où on aurait plutôt vu de la « bass ». Rien n’est écrit et je pense que le plaisir vient de cette capacité à ne pas prévoir pour laisser le possible s’effectuer, laisser parler le naturel.

Est-ce que vous vous préoccupez de l’avis de vos proches ?

RTC : Moi oui, je veux savoir ce que mes amis en pensent, c’est plus fort que moi.

AS : Absolument pas, je m’en fous un peu que les gens aiment ou pas, c’est de toute façon trop tard et je garde ma ligne directrice pour moi.

Dernière question. Qui a trouvé les titres des chansons et de l’album ?

AS : Roger a trouvé le titre et pour le reste, on a attaché des mots un peu comme un cadavre exquis sans savoir où on allait, comme pour l’album en fait.

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