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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

LES GUITARES À L’ ÉCART

ESMERINE

mardi 14 mars 2006, par François Legault

Née de la cohésion des musiciens prolifiques Bruce Cawdron et Beckie Foon, la formation Esmerine foule des contrées musicales jusqu’alors inexplorées en mettant de côté les instruments qu’on a trop souvent tendance à voir à l’avant-plan sur une scène. Que ce soit en glissant plusieurs archets à la fois sur des marimbas, variété de xylophone en bois, ou en frottant les cymbales d’une batterie du dos de la baguette, Bruce complète à merveille les sons hors du commun qu’émane le violoncelle de Beckie. Suite à la parution d’un enivrant second album paru sur leur propre étiquette, les deux complices s’entretiennent avec Emoragei et soulèvent un coin du voile, nous révélant quelques secrets.

Votre premier album If only a sweet surrender to the nights to come be true est le fruit d’une collaboration entre l’étiquette américaine Resonant et de votre propre étiquette Madrona. Comment en êtes-vous arrivés à une entente avec Resonant ? Pourquoi avoir fait affaire avec eux alors que la plupart de vos projets se retrouvent au sein de Constellation ?

Bruce : Notre album était déjà en cours d’impression et sur le point de paraître et nous n’avions pas de distributeur pour l’Europe.

Beckie : L’étiquette Resonant a fait paraître le premier disque de Do Make Say Think ainsi qu’un disque de nos amis du groupe Kepler avec qui nous avions joué à Ottawa. C’était important pour nous d’exécuter la majeure partie du travail nous-mêmes.

Bruce : L’étiquette située au Royaume-Uni nous a offert de s’occuper de la distribution européenne et a aussi fait paraître la version vinyle de l’album. L’expérience nous a donné le temps de prendre l’assurance qui nous permet aujourd’hui d’assumer la pleine responsabilité de l’étiquette et de sa distribution. Nous voulions éviter d’être catalogués comme un projet adjacent à Godspeed et faire d’Esmerine un tout autre groupe, c’est pourquoi nous avons préféré éviter Constellation.

Le nouvel album Aurora fait office de seconde parution pour votre étiquette. Quelles sont vos intentions par rapport à celle-ci ? Comptez-vous signer d’autres groupes ? Qui rêveriez-vous de voir à vos côtés sur l’étiquette ?

Beckie : Madrona est un projet encore tout neuf pour nous. Nous préférons nous aventurer lentement pour commencer.

Bruce : Comme dit Beckie, nous ne sommes pas trop pressés. Nous avons dépensé beaucoup pour ce disque et nous prévoyons récupérer une partie de la somme avant notre prochain mouvement. J’aimerais faire paraître un album de Triple Burner, mon projet avec Harris Newman, cet automne si possible. C’est beaucoup de travail de s’occuper de plusieurs parutions à la fois, mais pourquoi pas.

En quelles circonstances avez-vous fondé Esmerine et pourquoi ce nom ? Pouvez-vous définir dans vos propres mots la musique du groupe ?

Beckie : J’ai voyagé en Afrique du Sud à Cape Town où j’ai appris à jouer des marimbas. Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai rencontré Bruce qui était la seule personne que je connaisse qui sache en jouer.

Bruce : J’ai appris en suivant un programme de percussions au cégep Vanier. Beckie et moi nous nous sommes rencontrés lors des pratiques de Set Fire to Flames. J’aimais beaucoup sa façon de jouer du violoncelle et je lui ai demandé si elle voulait jouer avec moi. J’étais intéressé à combiner les sons des marimbas et du violoncelle. Déjà, j’aimais me servir d’un archet pour jouer.

Beckie : La combinaison unique du son de l’archet glissant sur le bois des marimbas et du violoncelle ouvrait la porte à une panoplie de rythmes et de mélodies nouveaux qui ont inspiré Esmerine.

Bruce : Beckie avait déjà les fondements d’une pièce de construits. Je crois qu’il s’agissait de la deuxième pièce de l’album. Nous avons eu du plaisir à expérimenter et à s’enregistrer, alors nous avons décidé de continuer. Esmerine est le nom d’un personnage provenant d’un roman de science-fiction dont j’ai oublié le nom que je lisais à l’époque. Le livre n’avait rien d’exceptionnel, mais le nom m’a tout de suite plu et à Beckie aussi.

En plus d’Esmerine, vous faites partie de plusieurs autres orchestres qui œuvrent dans un domaine semblable. Quelles sont les formations dont vous faites respectivement partie ?

Beckie : Nous faisons d’abord tous deux partie de Set Fire to Flames et d’Esmerine. Je joue aussi avec Silver Mount Zion, The Mile-End Ladies String Auxiliary et je fais partie d’un nouveau projet nommé Fifths of Seven dont le premier album verra le jour en août sur l’étiquette Les disques du soleil et de l’acier. J’y joue aux côtés de Rachel Levine qui maîtrise la mandoline et de Spencer Krug qui lui joue du piano. Il m’arrive aussi de jouer avec Mitchell Akiyama et Eric Craven, le batteur de Hanged Up, sous le nom Blackout.

Bruce : Je fais partie de Set Fire to Flames, Godspeed You Black Emperor !, d’Esmerine et de Triple Burner. Je fais aussi partie depuis seize ans du groupe irlandais Swerving Buffoon avec qui je joue parfois dans les pubs. Je joue aussi de temps à autre dans un groupe plus traditionnel du nom de Poutine et je suis membre depuis douze ans de la Banda Italiana di Montreal, un groupe de parade au sein duquel nous nous produisons dans les quartiers italiens. Enfin, j’ai aussi des amis à New York avec lesquels je joue à l’occasion et avec lesquels je me produirai lors du passage d’Esmerine là-bas. Le groupe se nomme Tea Griffin & Coraline.

En quoi ce deuxième album se compare-t- il au premier ? Avez-vous procédé de la même façon pour l’écrire et l’enregistrer ?

Bruce : On n’a qu’à écouter l’album pour entendre les différences. Une certaine évolution a eu lieu. Je dirais que la batterie est plus présente sur l’album et qu’il a un son résolument plus rock. Comme pour le précédent disque, celui-ci a été enregistré à l’Hôtel Two Tango par Howard Bilerman. Le procédé est différent étant donné que nous avons travaillé chacun de notre côté et nous sommes venus à bout de l’enregistrer en très peu de temps si on compare à l’autre album pour lequel nous enregistrions chaque pièce une à une sur une période d’environ un an.

Beckie : La notion de groupe était plus présente cette fois-ci. Chacun faisait part de ses idées, Bruce jouait de la batterie et Howard ajoutait parfois son grain de sel aux pièces, notamment sur Histories repeating. L’enregistrement s’est fait d’une façon plus spontanée sur l’emprise de l’émotion.

Le public montréalais a pu récemment assister au spectacle de lancement d’Aurora. Comptez-vous partir en tournée pour supporter l’album ? Où pensez-vous aller, quels musiciens seront présents pour vous assister et de quelle façon ?

Beckie : Nous partons vers la fin du mois de juin pour donner quelques concerts aux États-Unis. Nous jouerons à Portland, Boston et à Minneapolis. Harris Newman sera du voyage.

Bruce : Beckie sera sans doute occupée avec Silver Mount Zion cet été et plusieurs de nos amis iront en vacances à la campagne, alors nous jouerons peut-être cet automne sans trop s’éloigner de Montréal. Je vais à l’école et Beckie aussi y retourne cet automne. Nous continuerons cependant à enregistrer des trucs.

Beckie, récemment, tu as fait paraître un album en compagnie de deux violonistes sous le nom de Mile-End Ladies String Auxiliary sur l’étiquette Bango. Lors de la mémorable soirée de lancement, le violoniste Warren Ellis des formations Dirty Three et The Bad Seeds a partagé la scène avec vous. Comment avez-vous trouvé l’expérience et en quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?

Beckie : Ce fut super excitant ! Pour le festival Suoni per il Popolo, Moreau voulait présenter des collaborations entre divers artistes. C’est Geneviève qui a eu l’idée d’inviter Warren Ellis. Nous avons aussi pensé à Iva Bittova. La Casa del Popolo et la Sala Rossa ont contacté Warren et il a accepté. Nous ne savions pas encore de quelle façon nous allions collaborer, alors nous avons commencé à composer des pièces et Warren, de son côté, nous a envoyé des MP3 de morceaux qu’il voulait qu’on travaille ensemble. Nous avons eu trois jours à partager en sa présence durant lesquels nous composions et pratiquions de 10 h le matin à 16 h. Nous débordions d’énergie, c’était complètement fou. C’était comme un camp d’été, nous trouvions ça difficile de préparer un « set » en seulement trois jours, mais nous n’arrêtions pas de rire. En fin de compte, ce fut facile de tout mettre ensemble. Warren est très gentil, relax et c’est facile de travailler avec lui. En fait, ça ne ressemblait pas du tout à du travail. Est-ce que cette soirée t’a donné la piqûre et l’envie de réitérer l’expérience en compagnie d’autres musiciens ? En compagnie de quel(s) musicien(s) ou musi¬cienne(s) aimerais-tu te retrouver ?

Beckie : Bien sûr que j’ai envie d’essayer encore. J’aimerais jouer avec Iva Bittova et Peggy Lee. Un jour peut-être… À quel âge avez-vous commencé à jouer de votre instrument ? Comment vous êtes-vous découverts une passion pour cet instrument ? Avez-vous fait partie d’orchestres ou de groupes avant ceux dans lesquels vous exercez votre art aujourd’hui ?

Beckie : J’avais huit ans quand j’ai commencé à jouer du violoncelle. Personne dans ma famille ne jouait de musique. J’ai vu un enfant jouer du violoncelle à l’école et j’ai tout de suite eu envie d’en jouer. Mes parents me disaient de choisir un autre instrument comme le violon, qu’un violoncelle c’était beaucoup trop gros pour moi, mais je ne voulais rien entendre. Je suis née à Vancouver où j’ai fait partie durant deux ans d’un groupe qui portait le nom de Zio. Quand je suis arrivée à Montréal, je ne connaissais pas beaucoup de gens et je jouais pour accompagner une troupe de danseurs. Un peu plus tard, j’ai rencontré les musiciens de Set Fire to Flames.

Bruce : J’ai commencé à jouer de la batterie au cégep en 1985. Mes amis et moi avions décidé de former un groupe punk. L’un voulait jouer de la basse, un autre de la guitare, et moi de la batterie. Le personnage Animal des Muppets m’inspirait et je voulais devenir un batteur comme lui. Nous jouions plusieurs trucs des années cinquante ainsi que des pièces des groupes punk montréalais The Nils et Sexuals. Je faisais aussi du « busking », c’est-à-dire jouer dans la rue pour de l’argent. J’ai également fait partie d’un collectif de huit personnes qui s’appelait Devils Don’t Say Pig. J’ai joué parmi tellement de groupes dans ma vie, plus d’une cinquantaine. Je travaillais aussi à planter des arbres chaque été pour une période variant entre six semaines et deux mois. Plusieurs groupes m’excluaient de leurs rangs à cause de ça, mais Godspeed, ça allait pour eux. Peut-être que je devenais bon. J’ai fait du « busking » au Mexique, en Europe et en Amérique du Nord. C’est une bonne façon de se faire de l’argent. Je n’ai jamais eu peur de la scène ensuite. Tellement de gens nous ignorent qu’on ne leur prête plus attention. C’est une expérience très enrichissante pour quiconque doit performer sur scène.

Si on demandait à Esmerine d’écrire une trame sonore, quel type de film aimeriez-vous voir associé à votre musique ? Quelles images avez-vous en tête ¬lorsque vous jouez vos pièces ?

Bruce : Un bon film ! N’importe lequel, mais un bon ! Ce n’est pas à moi de s’occuper des films, mon domaine c’est la musique. Je pense souvent à des images ou même à des histoires quand je joue, mais jamais à des films. Les images m’inspirent à mieux jouer et me procurent des émotions. J’essaie de ne pas penser à ma liste d’épicerie ou à ce que je vais manger après le spectacle quand je joue.

Beckie : Pour le premier album, j’avais constamment en tête des images en rapport avec l’eau, d’où la pochette représentant un quai et un lac. Pour Aurora, c’est plus souvent qu’autrement de lumière qu’il est question. Je trouverais intéressant que notre musique soit associée à un film surtout basé sur les images. Je sais qu’on peut être surpris de la tournure que peut prendre un tel projet. Je suis très ouverte en général, mais je ne sais pas si ça m’intéresse tant que je n’ai pas vu et ressenti un déclic. C’est définitivement un film axé sur l’image qui m’inspirerait.

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