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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Derrière qui se cache !

Enon

jeudi 22 avril 2004, par Edith Paris

High Society étant un incontournable de l’année 2002, quiconque ignorant toujours Enon devrait se diriger vers Hocus Pocus, troisième album du groupe paru en septembre dernier. Cette formation originaire de New York, aux mélodies excentriques mais à la fois pop et accrocheuses n’a pas fini de nous épater. Le niveau d’énergie des membres du groupe a pour résultat une forte présence sur scène autant que sur leur album. L’écoute comme le visuel est une expérience rare. Entretien avec John Schmersal.

La manière la plus facile de décrire votre son serait de se contenter du simple mot pop. Mais, votre musique est beaucoup plus subtile, plus épicée que cette seule référence. Comment, vous-mêmes décririez-vous votre musique ?

Je dirais que nous sommes un groupe « pop renversant » ! Mais nous sommes aussi un groupe punk du fait que nous sommes très D.I.Y. (Do It Yourself) dans notre approche. Nous voir en spectacle serait plutôt une expérience crue. Nous aimons le fait que nous soyons plus éclatés sur scène que sur nos albums et que ces derniers soient plus clairs. Les disques sont supposés montrer une partie de la personnalité des musiciens, mais il y a beaucoup plus que la simple écoute. Nous tendons à aimer de la musique dynamique ayant plusieurs couches, mais qui semble malheureusement très simple à la surface. Les termes « pop » et « punk » sont actuellement un peu trop exploités et, par conséquent, non significatifs. Mais peu importe ce qu’il reste du punk aujourd’hui (et ça n’a certainement rien à avoir avec Blink 182) et peu importe que la musique pop englobe Blondie tout comme Britney Spears, nous trouvons aisément refuge dans ces deux catégories. La musique pop se compare habituellement à un bonbon insipide. Notre musique, à ce point, se veut facile d’écoute mais, intelligente sous la surface.

Quelles sont vos principales influences ?

C’est difficile à dire, on aime tous beaucoup de choses... Disons que je détesterais simplifier le tout à un simple terme que je qualifierais d’influence majeure... Je vais essayer ! The Fall, Can, Captain Beefheart, Bad Brains, Blondie, Kate Bush, Pretty Things, Guided by Voices, The Kinks, Sly and the Family Stone, Stevie Wonder, Raymond Scott, Suicide, Silver Apples, John Fahey, The Cure, The Police, the Butthole Surfers, The Dead Kennedy’s, Velvet Underground, Jimi Hendrix, Syd Barrett, les vieux Sonic Youth, beaucoup de musique entre les années 67-69 et 79-82. La série Explorer au complet de l’étiquette de disques Nonesuch Records, laquelle consiste à des archivages de sons provenant des quatre coins du monde, nous influence beaucoup.

On sent un léger tournant vers l’Orient dans les mélodies et, plus particulièrement, sur Hocus Pocus. La venue de Toko Yasuda au sein de la formation a-t-elle influencé la sonorité d’Enon, s’est-elle plus imposée après la parution de High Society ?

Il est certain que l’arrivée de Toko dans le groupe a été très importante. Elle ne s’est pas nécéssairement imposée autant que nous pensions. C’était une bonne idée qu’elle ait plus d’opportunité de chanter. On voulait que chacun des deux albums soit distinct et puis, High Society est né un peu plus tôt alors qu’au moment où nous avions terminé l’enregistrement de Hocus Pocus, nous possédions aussi plusieurs pièces où chantaient Toko et John.

Pourquoi Rick Lee a-t-il quitté le groupe ? Son départ vous a-t-il affecté ? Si oui, à quel niveau ?

Rick est très talentueux, mais il ne pouvait pas s’investir dans le groupe autant que nous. Il avait d’autres projets qui lui prenaient beaucoup de temps et lui laissaient peu de place pour Enon, il est donc parti. Il était une partie importante du développement esthétique d’Enon et il nous manque, mais nous continuons sans lui.

Comment composez-vous vos chansons ? Composez-vous entre vous ou plutôt en solitaire ?

Nous composons de différentes manières et croyons que ce processus soit une partie importante pour rendre notre musique diversifiée. Certaines chansons sont très individuelles, alors que d’autres ont pris naissance lors de moment de jams. Il peut arriver qu’une chanson soit d’abord composée individuellement pour ensuite être traitée en groupe, ou inversement. Il s’agit de faire confiance aux autres.

Vos trois dernières parutions sur Touch and Go vous ont donné un peu plus de visibilité que les précédentes. Si jamais un major venait à vous proposer ses services, quelle serait votre réaction ?

Relâchez les chiens !!

D’où vient l’idée de mettre une pièce inédite par mois, sur votre site web ? Pensez-vous un jour faire paraître un album de ces chansons inédites ?

Nous aimons faire de la musique et pensons que la raison est suffisante pour vouloir partager. Nous avons récemment commencé à cacher une chanson par mois sur notre site. De cette manière, les gens doivent travailler un peu pour avoir de la musique. Après tout, la plupart des choses que nous acquérons gratuitement, ou sans effort particulier, est souvent moins appréciée.

Pourquoi avoir appelé votre site Internet enon.tv ? Vous ne trouvez pas que le « TV » en question fait référence à la population de masse, ce qui est un peu contradictoire de votre musique ?

Hum ! Je ne suis pas certain de comprendre ce que tu veux dire ! Dans le futur, ton ordinateur, ton téléphone et ta télévision seront une entité. Le vaste monde du web est bien assez en retard pour le moment, mais un jour, cela sera juste comme une TV. Nous nous préparons donc pour le futur. Pense que notre site est seulement le commencement de notre propre station de télévision.


« Après tout, la plupart des choses que nous acquérons gratuitement, ou sans effort particulier, est souvent moins appréciée. »


Dans les différents textes et entrevues qu’on lit sur vous, on sent un certain ton humoristique (pour ne pas dire sarcastique) dans vos réponses. Vous arrive-t-il d’être sérieux ou est-ce une manière d’indiquer votre mépris pour la gent journalistique ?

Chaque entrevue est différente. Certaines questions sont sérieuses, trop sérieuses, humoristiques, sans humour, et quelquefois, les gens posent des questions sans fondement. Nous essayons de répondre en conséquence, c’est tout ce que nous pouvons faire. Je ne me sens pas obligé de dire toujours la vérité. Les journalistes ne sont pas nos amis et parfois, ils posent des questions qui sont plus personnelles que le simple intérêt d’une nouvelle. Il arrive parfois que nous ayons à répondre plusieurs fois à la même question et c’est seulement divertissant pour moi de mettre un aspect différent à la question. Je peux aussi changer d’idée. Désolé, je suis un autre musicien loufoque ! J’aime aussi croire qu’il y a une part égale d’humour et de sérieux dans notre musique.

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