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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Rock de luxe

ELECTRELANE

mardi 14 mars 2006, par Karine Simard

Depuis 1998, Electrelane a connu quelques changements parmi son personnel. C’est en 1999 que la bassiste Rachel Dalley a intégré le groupe, et Mia Clarke, qui jouait de la guitare depuis seulement huit mois, a été admise à son tour en 2000. Un tout premier album, Rock it to the moon, voit le jour l’année suivante. Et c’est trois ans plus tard, après quelques parutions dont le mini-album I want to be the president qu’Electrelane s’est forgé une réputation internationale en or grâce à l’album The power out. À l’été 2004, Rachel quitte le groupe et Ros Murray est invitée à prendre sa place. Emoragei a rencontré la nouvelle venue lors du plus récent passage des quatre Anglaises à Montréal.

Voilà maintenant un an que Ros fait partie d’une des formations les plus en vue de la scène indépendante. Elle connaissait déjà Emma, Mia et Verity avant de se joindre au groupe. « C’était des amies et elles ont joué à un festival en Espagne lorsque j’habitais Madrid. Je suis allée au festival, au mois de mai 2004. Nous sommes allées voir The Pixies, et pendant que nous les regardions, Verity (chanteuse, claviériste, etc.) m’a demandé si je voulais faire partie du groupe et j’ai dit oui ». Ros n’a pas hésité une seule seconde lorsqu’on lui a proposé d’en faire partie. « En fait, j’ai pensé que ce n’était pas sérieux. Le jour d’après, je me suis levée avec la gueule de bois et j’ai pensé qu’elle avait dit cela en rigolant ».

Au contraire, Verity Susman était parfaitement sérieuse et elle a visé juste puisque l’intégration de la nouvelle bassiste au sein d’Electrelane s’est déroulée à merveille depuis l’an dernier. « C’est une vie totalement différente de celle que j’avais avant et on s’entend aussi très bien. Tout le monde est sympathique et agréable. C’est une ambiance très inspirante ». Avant de se joindre à Electrelane, Ros Murray a fait partie, pendant trois ans, d’une formation du nom de The Rock of Travolta dans laquelle elle jouait du violoncelle. Six membres : cinq gars et une seule fille. « C’était différent, surtout pour faire des tournées ! »

L’une des premières impressions qu’on a des filles d’Electrelane est qu’elles semblent toutes très cultivées. Et c’est totalement le cas. Verity parle très bien le français et l’allemand, Ros parle parfaitement le français, langue dans laquelle s’est déroulée cette entrevue, de même que l’espagnol. En plus de leur passion commune pour la musique, elles partagent le même intérêt pour la littérature. On a qu’à regarder du côté de The power out pour le constater. Par exemple, pour la pièce The valleys, Verity a repris un extrait d’un poème de Siegfried Sassoon afin qu’il soit interprété par le chœur Chicago A Cappela Choir. On retrouve aussi un extrait de The gay science de Friedrich Nietzsche sur la pièce This deed. Quant à la pièce-titre, The power out, elle a été inspirée par le roman de l’auteure Marguerite Radcliffe Hall qui a fait scandale à la fin des années 1920. « Moi, j’adore André Gide. Emma (batteuse) et moi avons lu le même livre en même temps : Les faux-monnayeurs. Aussi, nous avons toutes lu André Breton, un surréaliste ».

L’implication de Ros Murray parmi Electrelane est plutôt récente, mais le reste du groupe travaille ensemble depuis un bon moment déjà. Après trois albums et quelques tournées derrière elles, ont-elles toujours autant de choses à se raconter ? « Oui, surtout lorsque tu vas en tournée. Tout le monde a toujours des expériences et aussi surtout parce que nous venons juste d’avoir trois mois de vacances. Et c’était quand Verity est allée vivre à Berlin, Mia à Prague et tout ça. À cause de ça, nous avions beaucoup de choses à se raconter ». Quant à Emma Gaze, elle habite à Los Angeles, et Ros, à Oxford en Angleterre, après avoir vécu en Espagne et en France. Verity a expliqué un jour en entrevue que de vivre chacune dans des endroits différents de la planète serait bénéfique pour la créativité du groupe. En fait, elles n’aiment pas beaucoup leur ville d’origine, soit Brighton. « Je crois que c’est aussi le fait de faire des tournées et de voir des endroits différents. Et je crois que tout le monde avait besoin de voyager un peu, de voir des cultures différentes ».

Une autre impression partagée au sujet d’Electrelane est que Verity Susman semble tenir le rôle du chef d’orchestre dans le groupe. Mais Ros con¬firme que bien qu’on lui ait déjà fait la même remarque, ce n’est pas le cas. « C’est bizarre parce que tout le monde pense comme ça et tous mes amis ont pensé que Verity a écrit tout ce que Mia et moi faisons. En fait, ce n’est pas du tout le cas parce que chacune vient avec ses idées et même les principes des chansons sont souvent de Mia ou c’est une autre d’entre nous qui vient avec quelque chose. Je crois que c’est parce que Verity a une présence physique qui attire l’attention et aussi parce qu’elle joue plusieurs instruments ».

Pour l’enregistrement d’Axes, paru en mai dernier, les filles ont une fois de plus fait appel au producteur de renom Steve Albini. « C’était bien parce que ce que nous aimons beaucoup de Steve Albini, c’est qu’il n’est pas trop producteur. Et nous sommes arrivées avec nos idées, comme on voulait le faire, et lui il a dit : "Bon, je peux le faire comme ça". Et c’était une ambiance très agréable et relaxe ».

M. Albini est un fan du groupe depuis que Mia Clarke lui a fait parvenir une copie de Rock it to the moon. Le jour même de leur arrivée en studio, elles ont joué l’ensemble des treize pièces qu’elles souhaitaient enregistrer pour le prochain album. Par contre, Ros a expliqué qu’elles ont dû refaire quelques morceaux, mais beaucoup de pièces proviennent de cette première session, telles que One, two, three, lots, bells et Suitcase. Avant la sortie de l’album qui a précédé Axes, les membres du groupe considéraient que le son d’Electrelane était meilleur en concert que sur album. Elles espéraient que cela changerait avec The power out, mais de leur avis, ce ne fut pas vraiment le cas.

« En fait, les autres (Mia, Verity et Emma) parlaient du fait qu’avec The power out, elles n’ont pas joué les pièces en direct avant de les enregistrer. Elles ont joué les morceaux depuis et ils ont tous beaucoup changé. Je crois que pour cela, elles n’étaient pas très satisfaites avec The power out, parce qu’elles auraient voulu avoir les morceaux comme ils étaient après. Mais je crois qu’avec Axes, nous sommes davantage d’accord pour dire que le son est comme en concert, puisqu’on a tout enregistré ensemble dans la même salle ». Personnellement, en tant que fan d’Electrelane depuis quelques années et amoureuse de la musique en général, j’ai les papillons au ventre à chaque fois que je vois la formation en concert. Mais en tant que femme, je ne peux m’empêcher de ressentir de la fierté lorsque je suis témoin de telles performances de la part de quatre merveilleuses musiciennes.

Ros a déjà eu ce sentiment lorsqu’elle a assisté à un concert donné uniquement par des filles. « Lorsque j’ai vu Electrelane avant de jouer avec elles. J’ai toujours pensé que j’avais vu beaucoup de groupes de filles punk pop tels que The Donnas et Kenickie, ce genre-là. Il y a beaucoup de filles qui font ça, mais je n’avais pas vu des filles qui font des choses différentes, qui font de la musique comme Electrelane ».

En fait, Electrelane est une source d’inspiration pour son public du même sexe. « Je sais qu’il y a des filles qui disent qu’après voir vu Electrelane, elles ont eu le goût de jouer dans un groupe. Et ça, je crois qu’il n’y a rien de mieux dans le fait d’avoir un groupe, c’est d’inspirer les autres à faire des choses comme ça. Des gens viennent me dire qu’ils ont aimé notre concert, mais j’aime encore plus entendre la musique qu’ils font (qu’ils vont faire quelque chose) ». Il arrive d’ailleurs que des filles leur remettent leur démo. « Lorsque nous sommes allées au Texas l’automne dernier, il y a des filles qui nous ont donné une photo de leur groupe. C’était trois filles et elles s’habillaient comme les photos de presse de The power out. Je ne me rappelle plus le nom de groupe, mais c’était vraiment bien ».

La plupart des critiques s’entendent pour dire que le plus récent album d’Electrelane s’apparente davantage à Rock it to the moon qu’à The power out. Les membres du groupe en sont conscientes et cela a inévitablement influencé le choix des chansons pour la nouvelle tournée. Dans certaines villes, aucun morceau figurant sur le deuxième album n’a été joué, chose qui peut être frustrante pour certains, sachant que plusieurs fans sont tombés amoureux du groupe avec ce deuxième album. Est-ce que ce serait le cas pour le concert à Montréal ce soir-là ? « Cette fois, on va jouer Birds. C’est juste qu’Axes est très différent (de The power out) et plus près de Rock it to the moon. Lorsque nous avons décidé quels morceaux nous allions jouer, ceux de The power out ne s’enchaînaient pas bien ». Une nouvelle reprise s’est ajoutée à celles interprétées jusqu’à présent en concert, soient The partisan de Leonard Cohen et More than this de Roxy Music : I’m on fire de Bruce Springsteen.

La musique d’Electrelane est simple, élégante, chic ; un son féminin avec de l’attitude… Tout comme les films de la réalisatrice Sofia Coppola ! Après le duo Air (The virgin suicides) et Kevin Shields (Lost in translation) pourquoi ne ferait-elle pas appel aux filles d’Electrelane pour sa prochaine bande sonore ? « Nous aimerions beaucoup faire une bande sonore. Nous en avons beaucoup parlé. Oui, nous voulons faire ça avec un réalisateur qu’on connaît et nous aimons toutes Sofia Coppola. Nous l’avons invitée à notre concert à Los Angeles la semaine prochaine, mais je ne sais pas si elle va venir ; c’était seulement pour l’inviter parce que nous aimons ce qu’elle fait ». Ros m’a avoué que si la réalisatrice leur offrait le contrat, elles accepteraient. Un dossier à suivre…

En terminant, nous avons demandé à la bassiste quelle chanson, parmi l’ensemble des pièces d’Electrelane, correspondait le mieux à l’état dans lequel elle se trouve depuis la sortie de leur plus récent album. « Il y en a deux : Two for joy et Atom tomb ». Quiconque connaît les rythmes d’Axes confirmera que Ros Murray est une femme parfaitement comblée.

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