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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Ne perdez pas vos rêves

DESTROYALLDREAMERS

dimanche 6 mars 2005, par Alexis Charlebois-Laurin

Heureusement pour nous, les quatre membres de Destroyalldreamers ont eu le courage de rêver et de travailler assez fort pour nous sortir un album comme À cœur léger sommeil sanglant. Un disque qui a reçu assez d’attention des radios universitaires et des grands journaux gratuits de Montréal pour nous permettre d’espérer un avenir prometteur pour le groupe. Une preuve de plus que les dettes et la dépression ne devraient pas nous empêcher de chercher à réaliser nos plus grands rêves.

Plusieurs personnes ont avancé que vous aviez pris votre nom de groupe de la pochette de l’album He Has Left Us Alone... de A Silver Mount Zion. Que représente ce nom pour vous ? A-t-il une signification politique, sociale ou au niveau de la vie en général ?

Eric : Pour rectifier, cela a été pris d’une inscription sur le CD de He Has Left Us Alone…, et non la pochette. L’origine de la prise de ce nom remonte à l’époque qui pré-date la formation du groupe, soit lorsque Shaun et moi s’essayions à la musique sur une base hebdomadaire. Pour une raison quelconque, la phrase « Destroy all dreamers with debts and depression » nous amusait dans notre contexte quotidien, car à l’époque, Shaun était endetté et j’étais dans une phase dépressive. De plus, l’idée de former un vrai groupe de musique était complètement superflu. Dans un certain sens, nous étions les rêveurs et c’est peut-être ce nom qui nous a poussé à aller plus loin. Les gens nous demandent toujours pourquoi nous voulons détruire les rêveurs... mais dans le fond, ça peut juste être un nom ironique, un jeu de mots, un oxymoron sans réponse claire et ouvert à l’interprétation. On enregistrait nos « jams » et on les transférait sur CD-R, nous avons tout simplement décidé d’opter pour le nom de projet Destroyalldreamers. Lorsque les deux autres membres du groupe se sont joints à nous, nous avons tenté six mois de « brainstorm » et de vote afin de trouver un nom différent pour éviter cette association, mais nous n’avions jamais trouvé quelque chose que nous aimions en commun. Par la suite, nous avons enregistré notre démo et il était temps de construire notre site Web. Il nous fallait absolument un nom de groupe afin de pouvoir avancer dans nos démarches de groupe et je l’ai finalement gravé dans la pierre à ce moment-là. Mais qui aurait cru qu’un jour nous sortirions un vrai album ?

Selon vous, est-ce que votre musique est lente, sombre et déprimante comme pourraient le dire certaines personnes et comme peuvent le laisser sous-entendre des noms de pièces comme Sombrer dans la folie ou si c’est une musique qui devrait plutôt faire rêver comme le propose des titres comme Victoire sur le soleil et The Sky Was Glorious for a Moment ?

Michèle : Je ne considère pas notre musique comme étant déprimante.

Mathieu : Selon-moi, c’est une musique personnelle, c’est-à-dire qu’elle est autant personnelle pour nous que pour les auditeurs. Tout le monde en fait ce qu’il veut. Notre musique touche l’oreille de l’auditeur et peut provoquer un sentiment quelconque qui l’amène vers des images rattachées au sentiment en question. C’est une vision très philosophique de la musique que j’ai et je la préfère à celle beaucoup plus technique et mathématique... Donc, je peux dire que notre musique a une fonction qui peut faire rêver. Chacun interprète les sons, les notes comme il le veut, comme il le sent. Si notre musique fait déprimer quelqu’un, elle peut aussi en réjouir d’autres. Personnellement, la musique dite « déprimante » me fait réfléchir, rêver, et même sourire. Sur notre album, il y a un bon nombre de pièces qui ne sont pas lentes et « déprimantes ». Je pense à Victoire sur le soleil qui a un bon rythme soutenu et rapide, tout comme la pièce Sombrer dans la folie qui est, à mon avis, une pièce très pop. Si vous êtes d’accord avec ma vision de la musique ou si vous voulez en savoir plus sur cette vision, il vous faut lire le livre de J-J Rousseau : Essai sur l’origine des langues. Vous allez vous sentir compris et vous allez savoir de quoi je parle.

Quels ont été les groupes qui vous ont le plus influencés musicalement et qui ont, selon vous, le plus marqué la scène post-rock ou peu importe le nom que l’on peut donner à la scène à laquelle on peut vous associer ? Puis, si vous pouviez retourner dans le temps, quel(s) groupe(s) aimeriez-vous voir en spectacle, à quelle(s) époque(s) et à quel(s) endroit(s) ?

Shaun : Il est difficile de répondre à cette question en tant que groupe puisque nos horizons musicaux sont très divers, même s’ils se rejoignent par moment. Pour ma part, j’ai commencé à jouer de la batterie en 1993 à cause de Jimmy Chamberlain des Smashing Pumpkins. Son style de jeu est ce qui m’a tout de suite attiré vers cet instrument pendant mon adolescence. Mais ma plus grosse influence reste l’excellent groupe Slowdive et tous les groupes « shœgazers » anglais du début des années 1990.

Eric : Loveliescrushing, My Bloody Valentine, et dans la scène post-rock, Godspeed…, Mogwai, Explosions in the Sky...

Mathieu : Sonic Youth, Glen Branca, Bark Psychosis...

Michèle : The Cure, No Doubt, Rasputina...

Shaun : Côté concerts, j’avoue que j’ai plusieurs regrets : je m’en veux encore d’avoir manqué Cocteau Twins au Métropolis en 1994 ! Slowdive, également, à Toronto la même année…mais sans le sou et sans auto, c’était comme pas évident. Il y aurait aussi la prestation de Drop Nineteens en 1992, à la Brique... mais j’étais encore malheureusement trop jeune. Je vais arrêter là parce que je vais déprimer si j’y pense trop !

On dit qu’il y a un certain engouement pour les groupes rock montréalais au niveau international présentement. Qui est-ce que vous croyez qui a causé cela, ou bien encore croyez-vous que c’est vraiment plus marqué qu’avant ou que certaines personnes exagèrent sur ce point ?

Shaun : Ça me rappelle l’engouement quasi obsessionnel que Seattle avait connu pendant la période grunge. S’il y a autant de bons groupes ici, c’est en partie parce que quelques journalistes ont proclamé Montréal comme haut lieu de la vie culturelle et musicale, ce qui a pour effet d’attirer les artistes en quête d’une vie meilleure, qui à leurs tours produisent des œuvres superbes qui attirent l’attention des médias et des créateurs sur Montréal. Ainsi de suite et la roue tourne. Je crois que c’est une très bonne période pour Montréal en ce moment et qu’il n’en tient qu’à ses artistes de poursuivre cette effervescence.

Avez-vous l’impression que votre album À cœur léger sommeil sanglant est bien reçu et est-ce qu’il semble connaître assez de succès pour que vous puissiez aller le promouvoir à l’étranger ou du moins au-delà du Québec et de l’Ontario ?

Shaun : Ce qui est très passionnant en ce moment pour les petits groupes indie, c’est l’accessibilité aux marchés étrangers via Internet. C’est beaucoup plus facile ainsi de faire de la promotion et surtout de recevoir du « feeback » direct de personnes situées aux quatre coins du globe. Je pense que ça nous permet d’être plus à même de juger du succès d’un album de cette façon que de toujours se fier sur les listes des stations de radio. Par exemple, nous avons reçu de très bonnes critiques sur différents webzines indépendants. C’est certain que nous aimerions vivre de notre musique et voyager. C’est ce que je trouve le plus important... rencontrer du monde, parler avec eux avant et après les concerts, toucher des gens de cultures et d’origines diverses, leur faire ressentir des émotions. Je ne suis pas à ma place dans un studio ou dans mon local de pratique. Je veux sortir et jouer de la musique ailleurs. C’est ce qui compte vraiment.

Que pensez-vous de la scène musicale indépendante de Montréal présentement en terme de groupes, magasins, bars/salles de spectacles et revues musicales ?

Eric : Je vais à 40-50 « shows » par année et je crois que la scène musicale montréalaise est très active en ce moment et elle est en train de se bâtir une réputation sur l’échelle mondiale. En même temps, ça peut créer beaucoup d’illusion : quantité vs qualité, mais ça dépend des goûts, de l’ouverture d’esprit des gens, etc. Le terme « scène musicale » ne désigne pas la même chose pour tout le monde. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la musique et l’intérêt de la musique ne se limitent pas seulement à cette scène comme le pensent ceux qui y participent activement. Ceux qui font le plus de bruit ont tendance à ne pas remarquer ce qui se passe ailleurs. Il y a beaucoup de groupes très intéressants qui n’ont pas encore réussi à se faire connaître, mais ils s’essayent... et c’est souvent avec ces groupes que je recherche à faire contact et établir des liens, ceux qui sont dans l’« underground » de la scène indépendante, et j’aimerais qu’un jour on ait notre propre espace dans la scène, notre propre communauté, une grande famille de groupes qu’on aime et qu’on veut supporter. Dans notre cas, je crois que nous réussissons à initier et à faire s’intéresser des nouveaux visages à la scène. Je ne crois pas que la majorité de nos « fans » se comptent dans ceux qui sont passionnés par le post-rock ou l’indie-rock. Je crois que la musique que nous faisons est plus accessible pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’univers de la musique instrumentale : on y compte des « fans » de tous genres : pop, rock commercial, métal, trip-hop, punk, goth, 80s, ambiant, shœgaze, etc. Ça permet donc de rassembler des gens qui peuvent être très différents dans un même endroit et c’est une très bonne chose pour la société en général. Quant aux bars et salles de spectacles, je pense qu’il faudrait plus de salles comme la Casa del Popolo qui est pratiquement la seule salle gratuite et facile d’accès. Mais peu importe le nombre, la quantité et la qualité des bars, il faut trouver un moyen de faire sortir les gens de chez eux. Après tout, Montréal est une ville pauvre. Ceux qui fréquentent la scène sont jeunes et souvent sans sous. D’un autre côté, il faut aussi trouver un moyen pour les groupes qui veulent se produire et créer des évènements pour les gens. Je remarque beaucoup de « shows » qui se donnent dans des lofts dernièrement. C’est une bonne initiative, mais ça donne l’impression que c’est limité aux gens de la scène, donc ça ne donne pas le goût d’aller seul à un « party » où on ne se sent pas invité.

Croyez-vous que la musique gratuite qui circule librement sur Internet va vraiment tuer l’industrie du disque et de la musique ou qu’au contraire, cela va lui donner un essor. On dirait que malgré ce que l’on dit, il n’y a jamais eu autant de groupes que présentement. Etes-vous d’accord avec cela ?

Michèle : Je pense que la musique gratuite qui circule sur Internet va surtout nuire aux « labels » indépendants : il est évident que les « majors » vont perdre en revenus, mais pas de là à dire que ça va tuer l’industrie. À mon avis, c’est une bonne chose de pouvoir écouter avant d’acheter, mais cela ne devrait pas empêcher les consommateurs de musique d’encourager « monétairement » les artistes qu’ils apprécient. Le transfert de pièces sur Internet devrait se faire de manière plus responsable. Pour ce qui est du nombre de groupes qu’il y a présentement, je ne pense pas qu’il y en ait plus qu’avant, seulement c’est plus facile de se faire le moindrement connaître par l’intermédiaire d’Internet. Cela ne veut pas nécessairement dire que ces groupes génèrent des revenus importants ou vont gagner en popularité.

Tant qu’à être dans les questions à la sauce du jour, aussi bien y aller à fond. Un « major » vous appelle demain matin et veut vous signer en vous promettant plein de belles choses. Que dites-vous ?

Mathieu : Tout dépend de l’étiquette : on ne signera pas avec n’importe qui. Tout dépend aussi de l’offre : on ne signera pas n’importe quoi. Pour nous, certains « labels » indépendants ont l’allure de « majors », ou de mini-« majors ». Matador est pour nous un « major », une étiquette que tout le monde connaît et qui offre beaucoup de choix de qualité. Je suis totalement en désaccord avec le principe de se faire payer un enregistrement professionnel et parfait si on perd nos droits sur NOTRE musique. L’argent ne crée rien, il ne fait que rendre tout du pareil au même. Ce qui est tripant avec les enregistrements « amateurs », c’est que c’est différent. Il y a là une qualité unique qui vient directement du technicien de son et de celui qui fait le mixage. J’ai l’impression que Patrick Lacharité a créé autant que nous sur cet album. Il a créé une ambiance sonore qui lui est propre tout en respectant notre musique.

Croyez-vous qu’un festival musical comme Under The Snow est important pour la santé de la scène musicale montréalaise et qu’il sera bien reçu par le public ?

Eric : Pour les groupes, c’est comme une sorte de convention où les musiciens peuvent créer des liens et des contacts. Le festival attirera l’attention des médias et des gens, ce qui est le but. Vu de loin, ce n’est qu’une série de spectacles présentés par le même promoteur au cours de quatre jours, mais les spectacles sont pour le public des rassemblements sociaux et espérons que ça va encourager les gens de sortir de chez eux. Je pense qu’il y a assez de variétés de styles de musique pour que le festival soit bien reçu par le public, mais encore là, c’est le public qui doit faire un effort et qui doit surtout faire preuve d’ouverture d’esprit. Dans le contexte de la scène musicale, le festival est important car ça permet de diversifier un peu les choses. Je pense que ce nouveau festival aura sa place à Montréal, surtout en hiver, car ça remplira les trous du calendrier et personne ne se pilera sur les pieds.

P.-S.

EN SPECTACLE : dimanche, 6 mars 2005 Sala Rossa

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