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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Récupération musicale et artisanale

Daddy Mojo

samedi 16 juin 2007, par Jean-François Rioux

Un artiste québécois du nom de Lenny Piroth-Robert commence à faire jaser à l’extérieur du Québec. Le jeune peintre dans la vingtaine gagne en reconnaissance de plus en plus pour ses portraits mélancoliques. Voilà que ce dernier, en débutant la création d’un simple instrument pour son plaisir, un Cigar Box Guitar, a créé une demande inattendue et s’est dorénavant mis en marche dans la confection de ses jolis instruments à la sonorité entre un banjo et une « slide-guitar ». Plusieurs artistes l’ont approché, des grands magazines et également des compagnies célèbres. Aujourd’hui, le peintre change temporairement de passe-temps pour créer sa ligne d’instruments bien originale qui servent autant pour leur look décoratif que pour le son particulier qu’ils dégagent.

- Qu’est-ce qu’un Cigar Box Guitar ? Quand, comment et pourquoi as-tu conçu ton premier Daddy Mojo Cigar Box Guitar ?

C’est un instrument qui tire ses origines dans les années 1920-30 (surtout durant la Dépression) lorsque plusieurs musiciens n’avaient pas les moyens de s’acheter de « vrais » instruments. Beaucoup d’entre eux ont commencé à improviser leurs propres instruments avec des matériaux qui étaient faciles d’accès (boîtes de cigares, manches à balais, etc.). J’ai construit mon premier CBG après avoir découvert certaines musiques country/blues des années 1920-30 et en voulant essayer de recréer le genre de son qui est si particulier et propre à ces années du début de siècle.

- Aurais-tu cru il y a une dizaine d’années que tu obtiendrais autant de succès en concevant un instrument du genre ?

Non, jamais de la vie... J’ai construit mon premier CBG un dimanche après-midi simplement pour briser la routine hebdomadaire à mon atelier de peinture. Les premières personnes à qui j’ai parlé de ce projet se sont plutôt carrément foutus de ma gueule !

- Tu as eu un article dans Playboy magazine, comment sont-ils tombés sur toi et est-ce que cela a donné un résultat ? Était-ce pour tes Pine Up Cigar Box ?

Quelques mois après avoir fabriqué mon premier instrument, j’ai commencé à annoncer et à en vendre quelque-uns sur Internet. J’ai réussi à développer une certaine clientèle de cette façon, et éventuellement, un pigiste qui écrit pour Playboy m’a contacté pour me dire qu’il serait intéressé à faire un petit article sur Daddy Mojo. Nous avons fait l’entrevue au téléphone et j’ai ensuite expédié 3 guitares a leur siège social à Chicago pour qu’elles soit photographiée pour le magazine. l’article est paru dans l’édition du mois d’août. L’expérience « Playboy » a été assez incroyable...je n’aurais pas pu demander mieux ! Quelques jours après la parution de l’article j’ai été bombardé d’appels et de courriels provenant des quatre coins du continent nord-américain. Ça m’a fait réaliser qu’il y a peut-être après tout une place sur le marche pour ces instruments « fait maison ».

- Combien as-tu de lignes d’instrument présentement (de séries), leurs noms et pourquoi portent-elles ces noms ?

Présentement, j’ai cinq modèles :
- le standard : instrument de base à quatre cordes ;.
- le Resonator : inspiré des guitares Resonator et Dobro qui est construit avec un cône en aluminium qui donne une sonorité nasillarde et typiquement « bluesy » ;
- le Cyclops : tel que le modèle Resonator, mais avec simplement un seul « soundhole » au lieu de deux. Inspiré de la très cool guitare Cyclops créée par la compagnie Dobro dans les années 1930 ;
- le F-hole : un modèle Resonator version « haute gamme » avec un pont et un sillet en os (au lieu de métal), un contrôle de volume, ainsi que deux ouvertures style violon ;
- le cinq cordes : guitare à cinq cordes avec un contrôle de volume ainsi que pont et sillet en os.

- Certains artistes te font des commandes en ce moment. Qui et comment sont-ils tombés sur tes instruments ?

Ouais, j’ai rencontré Dumas un soir dans un party... Moi je savais pas qui il était et il me demandait ce que je faisais dans la vie. Je lui ai parlé de mes instruments. Il est passé à mon atelier le lendemain et m’a placé une commande pour deux guitares. Ce qui est génial avec Dumas, c’est qu’il amène sa guitare un peu partout avec lui ! Maintenant, presque à toutes les semaines, j’ai un musicien qui m’appelle en me disant : « Ouais, j’ai vu Dumas avec un Cigar Box Guitar et j’aimerais bien venir te voir... ». C’est vraiment cool ! Je suis aussi en train de faire une guitare « custom » cinq cordes pour le guitariste canadien Harry Manx. Et la semaine dernière, le musicien/producteur Rick Howarth m’a placé une commande pour quelques instruments. Ah oui ! Je suis aussi en train de discuter avec l’assistante de Michel Bélanger (le « big boss » de chez Audiogram) pour un instrument éventuel. J’arrive pas encore à y croire !

- Crois-tu pouvoir vivre quelques temps de ce travail ? Combien de temps cela te prend pour confectionner un simple instrument ?

Avec toutes les commandes qui ont étés générées par l’entrevue avec Playboy, je réussis en ce moment à vivre de ce travail... Je me considère très très chanceux ! Fabriquer une guitare peut prendre entre huit et vingt heures de travail dépendamment du modèle.

- Tu en joues, est-ce que tu composes avec cet instrument des pièces entières ?

Oui, j’ai composé quelques pièces avec mes instruments, mais honnêtement, en ce moment, je n’ai pas beaucoup de temps pour faire de la musique.

- D’où t’est venu Daddy Mojo et qu’est-ce que cela veut dire exactement pour toi ?

Lorsque je cherchais un nom, je voulais quelque chose qui faisait référence au passé et aussi au folklore musical country/blues/folk. Je voulais aussi un nom un peu ludique... qui ne se prend pas trop au sérieux. Daddy Mojo me semblait parfait.

- Est-ce que l’espérance de vie d’un instrument peut être aussi longue que celle d’une guitare ? Est-ce un instrument fragile ? Est-ce possible de faire du « live » avec ?

Les boîtes de cigares que j’utilise sont faites en bois (et non en carton), donc, l’espérance de vie d’un instrument est quand même assez longue. En ce qui a trait aux performances « live », oui absolument ! En fait, plusieurs de mes clients se servent déjà de leur Mojo pour quelques pièces dans leur « live set ».

- Toi qui es peintre de grand talent, penses-tu créer des séries limitées de tes instruments en créant toi-même les couleurs et dessins sur ceux-ci ?

Pas vraiment pour l’instant. La créativité amenée en faisant ces instruments est très différente de celle que je retrouve à travers la peinture. Pour l’instant, je suis tout à fait satisfait en les laissant exister individuellement.

- Combien de sortes de boîtes de cigares tiens-tu en ce moment ? Pourquoi ces sortes : pour l’esthétique de la boîte ou tu prends absolument n’importe les-quelles ? Fumes-tu le cigare !?

J’ai environ une cinquantaine de boites à mon atelier en ce moment. J’essais de faire une certaine rotation dans les marques de boîtes que j’achète pour toujours en avoir des différentes à offrir. Toutes les boîtes se retrouvent aussi sur notre site web pour donner au monde l’occasion de faire la sélection eux-même. Je choisis les boîtes avec beaucoup d’attention...ce qui m’importe surtout c’est leurs dimensions (de bonne taille sont importantes pour créer un instrument qui projette un son intéressant). Je me soucis ensuite de la construction et du design (couleur, motif, etc.).

- Certains ont quatre cordes, d’autres cinq. Est-ce que l’accordement conseillé est semblable à celui de la guitare, de la basse, du banjo, du yukulele ou un autre instrument à cordes ?

Comme plusieurs types d’accordements sont possibles sur un CBG, j’inclus une fiche avec quelques suggestions avec chaque instrument. Ce sont surtout des accordements ouverts qui sont souvent utilisés pour jouer avec un « bottle neck slide ».

- As-tu des objectifs que tu veux atteindre avec tes produits artisanaux ? Voudrais-tu que les CBG se retrouvent en boutique ?

En ce moment, j’essais de prendre les choses une à la fois. La plupart de mes ventes se font encore directement avec le client. Vendre en boutique m’intéresse, mais j’aimerais que mes instruments se retrouvent dans les petits magasins de musique spécialisés et non dans les grandes surfaces commerciales.

- Comptes-tu sur beaucoup d’aide autour de toi, amis(es), famille, etc ?

En ce moment, je suis tout seul à l’atelier ! Mais éventuellement, si le budget le permet, j’aimerais bien avoir quelqu’un pour répondre aux clients par courriel et téléphone, et aussi, peut-être, quelqu’un pour m’aider avec la fabrication...

- La peinture a pris le bord un peu depuis que tu obtiens du succès avec les CBG. Crois-tu que ta vie de peintre est en danger, en courte sabbatique ?

Je dois avouer que depuis le succès de Daddy Mojo, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à ma peinture. Mais je suis toujours en train d’y penser... c’est inévitable, cela fait presque 10 ans maintenant que je suis peintre et on dirait que même lorsqu’il y a des périodes creuses où physiquement je ne suis pas en train de peindre, mon cerveau est quand même en train d’assimiler tout ce qui se passe au quotidien et autour de moi et le traduit inévitablement d’une certaine façon...

- Tout ce que tu touches est pratiquement réussi d’avance, tes idées sont originales et ton style est pratiquement unique en peinture et en instrument. As-tu de nouveaux projets qui s’en viennent ou que tu chéris ?

Je travaillerai bientôt sur un projet de murale pour une compagnie américaine qui m’a demandé de développer une peinture grand format pour leur siège social. C’est une façon de travailler qui est entièrement nouvelle pour moi... J’ai bien hâte de voir ce que ça va donner !

Site de Lenny : www.lennypirothrobert.com
Site de Daddy Mojo : www.daddy-mojo.com

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