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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

Incursion sous la neige !

CLUES

En spectacle à Montréal le vendredi 12 mars 2010 à la Sala Rossa

jeudi 11 mars 2010, par Yannick Valiquette

Pour plusieurs, le premier album de Clues aura été la surprise de l’année 2009. Avec son mélange de rock et de pop aventureux, complexe, mélancolique et surtout profond, la troupe montréalaise a réussi à se hisser au sommet d’un genre que certains considéraient pourtant épuisé. Tout juste de retour d’une tournée française, Clues revient à Montréal pour fouler les planches du Sala Rossa dans le cadre du festival Under the Snow. Emoragei a profité de l’occasion pour s’entretenir avec le multi-instrumentaliste Brendan Reed avant que le groupe reparte à la conquête de l’Europe.

Q : Vous revenez tout juste d’une tournée que vous avez faite en France, ça s’est bien passé ? Est-ce que les réactions ont été bonnes ?

R : Ça s’est vraiment bien passé. Nous avons vu l’océan, nous avons trouvé le château et nous avons aussi vu le loup. La plupart des salles étaient bien remplies et à part quelques soirs où nous nous sentions malades, on a joué comme on voulait. L’audience semblait vraiment ouverte et excitée de nous entendre. Ceux qui venaient nous parler après le show étaient clairement passionnés par la musique, bien informés et très agréables. Après avoir passé deux semaines à faire le tour de la France, on a senti les différences, on a rencontré des gens intéressants et c’était unique de tourner tout seuls dans un pays plus petit que le Québec.

As-tu senti que votre musique était perçue différemment en France qu’elle l’est ici à Montréal ou même en Amérique du Nord ?

Je pense que oui. Peut-être que les gens sont un peu plus sceptiques ici et en Amérique du Nord en général. Écoeurés de la redondance, suspicieux des guitares. Et aussi il y a nos amis à Montréal qui nous ont vus dans d’autres bands ou à des shows et ils sont donc moins excités de nous voir.

Je posais la question parce qu’ici nous avons la scène indie rock qui est toujours forte et qui semble absorber à peu près n’importe quel groupe qui joue un rock le moindrement aventureux, ce qui fait que beaucoup de gens semblent se blaser du terme et prennent maintenant la scène comme pour acquis. Est-ce que c’est quelque chose que tu as remarqué ou qui te préoccupe d’une certaine manière ?

J’ai entendu des amis dire « indie rock » pour désigner quelque chose de mauvais, pour des groupes qui utilisent des guitares et des claviers en même temps, pour des chanteurs aux voix émotionnelles, pour des amis de groupes punk qui ont été au collège ou encore pour des groupes qui ne sont pas métal, mais qui « crinquent » les amplis quand même. Un terme chargé de significations qui est devenu un peu insignifiant maintenant. J’imagine que c’est en grande partie de notre faute, en tant que musiciens qui composent, si c’est le bordel présentement. À force de répéter les idées des autres, de recycler leurs sons et de les jouer nonchalamment… Tout le monde s’y est mis. Les gens trouvent ça plus difficile d’aimer des groupes, on a trop copié tout le monde trop longtemps.

Clues s’est rapidement forgé une réputation live assez enviable, au point où plusieurs critiques mentionnent qu’il faut absolument vous voir en concert pour vraiment expérimenter votre musique. Est-ce que c’est quelque chose sur quoi vous avez dû travailler ensemble ou bien la chimie s’est installée dès le départ ?

On essaie juste d’être bons, pourquoi voudrait-on nous voir sinon ? Il y a quelques shows que j’ai vus dans ma vie qui m’ont vraiment marqué. On traîne notre écran vidéo, on essaye de mettre la foule à l’aise, on a quelque chose à prouver. On essaye juste d’être à la hauteur.

Quelle relation entretenez-vous avec le studio d’enregistrement et le live ? Est-ce qu’il y a un aspect que vous aimez plus que l’autre ?

J’ai toujours dit que je préférais être en studio que sur un stage, mais c’est vrai qu’il y a eu quelques grands moments en concert. C’est incroyable de pouvoir monter sur scène et de mettre le paquet pendant que tout le monde te regarde. Tu fais des erreurs, tu essayes de transmettre, de te connecter aux autres et d’expliquer ta musique dans un bar miteux où certains voudraient que tu continues pendant que d’autres voudraient que tu t’arrêtes. Travailler sur un album est quelque chose de plus secret et évolutif. Pour nous qui aimons écouter des albums avec nos écouteurs et pas seulement être sur un stage, travailler sur un album est une chance inouïe parce que tu peux faire ton propre son, ton propre champ magnétique. La musique que j’ai aimée vient souvent de groupes qui n’existent plus depuis longtemps ou qui ne font tout simplement plus de tournées. Le seul moyen d’être en contact avec eux est par le biais de leurs albums. Je me fous de ne plus les voir en jeans en dessous des flashs de photos et des lumières jaunes et rouges qui éclairent le stage. Mais il y a quand même eu des moments, où le simple fait d’être là, de regarder des groupes et de vivre cet instant de cirque, qui sont devenus des souvenirs très clairs que j’aime me remémorer.

Est-ce que vous profitez des concerts pour expérimenter de nouvelles idées ou de nouvelles avenues ? Est-ce que vous vous laissez de l’espace pour l’improvisation ?

Comme il y a eu pas mal de va-et-vient au sein du groupe, ça a pris un certain temps avant de pouvoir créer une unité solide pour jouer les pièces de l’album. Apprendre de nouveaux instruments, de nouvelles parties, etc. Ben et Nic jouent surtout des claviers sur les pièces qui avaient originalement de la basse et des guitares. On se concentre donc surtout à jouer ce qui a été écrit. On se laisse quand même de l’espace pour improviser, surtout durant les sections plus répétitives, mais certainement pas autant qu’on le voudrait. C’est quelque chose sur quoi on travaille. Des fois je pense qu’on se sent attaché aux chansons, à leurs séquences et à leurs besoins. Il y a des moments qui sont plus libres, mais on cherche activement à s’ouvrir là-dessus.

Comme vos arrangements sont de nature assez complexe, je me demandais comment se déroulait votre processus d’écriture. Est-ce que vous composez tous ensemble ou bien chacun travaille ses parties de son côté et vous vous rencontrez par la suite ?

Il y a eu quelques compositions qui sont nées durant les pratiques, mais la majorité du premier album a été composé à la maison sur piano et guitare, à la manière de Nick Cave. Notre prochain album prend forme à partir du temps passé à jouer ensemble et à enregistrer des démos. Il est plus libre et l’écriture est plus collaborative.

Votre premier album est sorti sur Constellation Records, un label surtout reconnu pour ses artistes aventureux et expérimentaux. Votre musique comporte aussi son lot d’expérimentations, mais il est aussi assez proche d’une structure plus pop, du moins comparativement au reste de leurs groupes. Qu’est-ce qui vous a amené à signer avec eux ?

Don et Ian sont venus voir quelques shows et puis on a tout simplement parlé ensemble pour se rendre compte que nous avions envie de travailler ensemble. Au début, on ne savait pas trop si on cadrerait avec CST ou si on serait libre de faire un album pop, si c’est ce que nous avions le goût de faire, mais ils nous ont vraiment fait confiance et ils nous encourageaient à commencer notre travail sans penser au reste. Ils nous ont offert un support incroyable à chaque étape du travail et honnêtement, je pense qu’on n’aurait pas pu s’en sortir en tant que groupe sans leur amitié et leur vision.

Comment perçois-tu la guerre des formats qui fait rage en ce moment ? Comme Constellation fait un effort considérable pour mettre les formats physiques en avant-plan, on pourrait croire que c’est la même chose pour Clues, mais je sais aussi que tu travailles sur le site de VillaVillaNola (qui se concentre sur la distribution de musiques indépendantes en mp3), alors je me demandais si le groupe prenait une certaine position sur le sujet.

Pour ce qui concerne le partage de ce que tu fais, le format digital est dur à battre. Pour ce qui est de vendre des disques, de livrer la culture, d’emballer des récits, de payer les comptes ou d’aider les artistes, c’est vraiment une autre histoire. La majorité du groupe est toujours attaché aux albums physiques. À savoir s’ils devraient être produits en masse, si c’est rentable, ou si les gens veulent encore de l’objet, je ne sais pas. Nous sommes clairement dans une phase excitante de l’évolution de la fabrication et de la distribution d’albums. Et il est clair aujourd’hui que tout le travail et le contrôle créatif tombent de plus en plus entre les mains des groupes eux-mêmes et de leurs amis, qui n’ont souvent pas besoin de se faire payer. Enfin, ils devraient l’être, mais ils ne le sont pas toujours.

À part peut-être pour situer l’historique du groupe ou pour le mettre en contexte dans la scène montréalaise, c’était plutôt surprenant de voir le peu d’emphase qui a été mise sur les connections qu’ont Clues avec The Unicorns ou encore Arcade Fire. Est-ce que les comparaisons ou les attentes étaient quelque chose que vous craigniez au départ ?

Honnêtement, on n’a pas vraiment beaucoup parlé de ça. On essaye juste de faire nos albums, de jouer nos concerts et d’éviter les critiques. C’était intéressant de parler aux gens qui venaient nous voir, spécialement durant la dernière tournée, parce qu’ils aimaient ces groupes et faisaient donc une connexion automatique. Dans le passé, il m’est arrivé de souhaiter qu’il n’y ait pas d’histoire derrière le groupe, mais dans le fond, on s’en fout. On est fiers de nos erreurs du passé, des contributions, des amitiés, des chansons… Et puis nous sommes toujours vivants et Clues est notre groupe. Les gens cherchent des nouveaux groupes qu’ils peuvent aimer à long terme. Si nous étions seulement Arcade Fire 2, on ferait juste échouer à essayer de recréer. The Unicorns ont dit tout ce qu’il avaient à dire pendant qu’ils étaient actifs et personne ne fait du Arcade Fire mieux qu’eux-mêmes. Que les gens détestent ou aiment ces groupes ne les empêcherait pas d’aimer Clues, ou ce que nous sommes en train de devenir. Quand Les Angles Morts étaient en tournée, les affiches promotionnelles mentionnaient souvent « ex-Arcade Fire » en dessous de notre nom. Des gens venaient en pensant qu’ils retrouveraient ce genre de son, mais ils se retrouvaient plutôt devant de l’instrumental lourd bourré de feedback. Nous étions un bon band, mais leurs oreilles saignaient et c’était drôle, mais en même temps c’était une fausse représentation pour eux et pour nous. Je suis content que Clues soit pas mal passé à travers ces histoires. Ça nous a pris un an pour créer notre propre impact, et c’est comme ça que ça devrait être.

La question obligatoire : quels sont les plans pour Clues en 2010 ?

On espère finir un nouvel album, un nouveau EP qui sera gratuit, quelques 7 pouces et on travaille aussi sur certains projets vidéos. On retournera en Europe en juillet. Finalement, nous sommes aussi à la recherche de nouveaux membres.

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