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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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OSER CESSER D’AVOIR PEUR

Billy Ze Kick

lundi 10 février 2003, par Nicolas Pelletier

Je suis un des privilégiés qui a eu la chance de découvrir Billy Ze Kick d’une des façons les plus charmantes et les plus agréables. J’étais en France en plein pack-sac trip du haut de mes vingt balais en 1993, lorsqu’une amie m’est arrivée avec cette cassette d’un groupe que connaissaient ses amis, aussi de Rennes, dans l’Ouest de la France. « Écoutes ça, tu vas te marrer ! Ils sont génial (sic) et marrants, tu vas adorer ! Mais tu me redonnes ma cassette, d’ac ? » spécifia-t-elle.

Elle ne s’était pas trompée ! Un an avant qu’ils soient repris par un distributeur majeur qui les lança en grande pompe en France, nous étions une bande d’ami(e)s qui apprenaient par cœur les rigolotes ritournelles via cette cassette auto-produite. J’y découvrais un humour moqueur et la description d’un quotidien halluciné et festif… comme le mien à cette époque, au cas où vous ne l’auriez pas encore deviné ! Les « O.C.B. », « Le chant du psylo » (le fameux hymne aux champignons magiques qui supplient « mangez-moi mangez-moi mangez-moi ») et autres « Jean-Mich Much » me charmaient, tout comme cet étrange langage qu’est le verlan. Petit Québékos en voyage chez les cousins tricolores, j’ai dû demander de me faire traduire les « mon kébri est naze » pour éventuellement comprendre que « son lighter ne marchait pu ». Bref, le choc culturel à son meilleur !

Puis, ce fut la folie en France pour Billy Ze Kick : 600,000 singles et 400,000 albums vendus, les gamines qui crient lors de leurs spectacles, alors que « Mangez-moi » devenait le tube de l’été 1994. La joie, quoi ! Au moment où toute la France chantonnait « O.C.B. occis carto blindé ! », les médias retournent leur succès en scandale en faisant réaliser aux parents inquiets que leurs gosses écoutent des propos jasant de drogues illicites ! La France puritaine et hypocrite fait retirer Billy Ze Kick des ondes radios et s’en fut de la lancée du groupe.

Ze Retour !

Huit ans plus tard, après un album solo malheureusement passé inaperçu, Billy reforme les Gamins en Folie avec quelques anciens et quelques nouveaux, mais toujours avec Monsieur Bing aux commandes des samples et des musiques, pour lancer un nouvel album « Verdure et libido », enfin arrivé dans nos bacs québécois grâce à LOCAL Distribution.

C’est d’ailleurs dans les locaux de la SOPREF (merci Cynthia !) qu’a débuté cette rencontre avec Nathalie - alias Billy Ze Kick herself ! - où nous avons jasé de leur aventure.

Emo : « On remarque d’abord que ce nouvel album est davantage tourné vers le Monde, alors que le premier donnait plus l’impression de blagues entre copains (« encraoudi, encraouda », etc) »

Billy : « Tout à fait ! C’est vrai que nous avons vieilli depuis 8 ans et nos préoccupations ne sont plus les mêmes. Bien sûr, nous ne renierons pas la botanique qui nous botte (« Ma Plante ») mais j’avais également beaucoup de choses à dire vis-à-vis notre époque, par rapport aux horreurs qui s’y produisent quotidiennement ».

Emo : « Verdure et libido » s’attaque aux « Serial pollueurs », à la sur-consommation, aux patrons pourris et à la morbide routine qui déprime le travailleur…

Billy : « Oui. En France, nous sommes bombardés de publicités débiles et insipides qui poussent les masses à la consommation sans besoin et nous sentons également un grand contrôle de l’opinion public par les grandes compagnies. J’avais envie de m’exprimer sur ces sujets, entre autres, et de me battre à ma façon. »

Emo : « Est-ce que les sujets des chansons précédentes (les pétards, la fiesta, etc) t’ont posé des problèmes avec les autorités ? Tu t’affiches clairement comme une consommatrice de joints… ? »

Billy : « Justement, non ! Aussi étrange que ça puisse paraître, jamais les keufs sont venus cogner à ma porte ou quoi que ce soit. C’est de la foutaise, ce n’est que des conneries propagées pour faire peur aux citoyens qui aiment la beu sans déranger personne. Il faut simplement vivre comme on en a envie et cesser d’avoir peur. Les industriels n’ont certes pas de problème moral à polluer notre planète et à exploiter la main d’œuvre sans qu’aucune loi ne leur barre la route ! Il faut choisir sa cible.

Emo : « Ceux qui percevaient les Gamins en Folie comme un groupe de rigolos seront-ils surpris des propos de cet album ? »

Billy : « Pas vraiment. Je crois que nous avons conservé un ton humoristique et auto-dérisoire, même si nous évoquons des problèmes planétaires fort sérieux. Je crois que la plupart de nos fans ont aussi grandi avec les mêmes soucis et apprécient que nous nous affichions sur ces sujets sans aucune auto-censure. »

A ce moment, quelques Gamins tirent la tête et sortent doucement de leur cachette. Ils interrogent Billy du regard…

Billy : « C’est bon, les gamins, c’est un des nôtres, venez ! » (rires)

Et c’est ainsi que l’entrevue se transforma en apéro… grâce au bon vin français importé directement d’un producteur local.

En fait, ça a tellement bien cliqué entre eux et ma copine et moi que nous avons passé le restant de la soirée ensemble. Nous avons profité d’un spectacle d’ Abel à La Place à Côté pour continuer cette intéressante discussion qui a largement dépassé le cadre musical. et Mon ami, l’auteur-compositeur-interprète Marc Dagenais se joint également à nous.

Tranquillement, les Gamins se dégênent et nous découvrons les charmantes Iza Boza et Britney Soaz, le philosophe percussionniste Sylvain et le théâtral chanteur-danseur Joni Bob, dont la prestation sur scène avait été fort remarquée. Une bande fort colorée en apparence, mais très terre à terre dans la réalité.

Comme chacun de ses membres séparément, Billy Ze Kick et les Gamins en Folie est un groupe qui gagne à être connu non seulement pour leur excellente musique groovante et leurs habiles textes, mais surtout pour la réflexion qu’ils nous amènent à avoir sur la société dans laquelle nous vivons et sur les choix que nous faisons chacun et collectivement.

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