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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Au cœur de Jason Bajada

BAJADA, JASON

Montréal, le 15 novembre 2011

jeudi 17 novembre 2011, par Cynthia Quellet

L’auteur-compositeur-interprète montréalais Jason Bajada sortait début septembre son 4ème album studio : The Sound Your Life Makes. Presque 3 ans après Loveshit, recueil d’émotions pures d’un homme au cœur à vif, il agrémente cette fois son univers mélancolique, de lueurs d’espoir et d’envolées lumineuses. Notre Jeff Tweedy local à la plume brillante, nous réchauffe une nouvelle fois de sa voix enveloppante et de ses mélodies folk-pop enjôleuses.

À quelques jours de son concert au Théâtre Corona - entrevue avec un artiste naturel, sincère et généreux.

Vous sortiez The Sound Your Life Makes votre 4ième album studio il y a quelques semaines. Plus de deux ans après Loveshit, composé pour faire revenir un amour perdu, dans quel état d’esprit étiez-vous cette fois ?

JB : En fait pour faire l’album, au niveau technique en studio j’étais un peu parti avec l’esprit de faire quelque chose de différent, de faire une suite logique sans tomber dans le Loveshit Volume 2, qui dans le fond était déjà prêt, tellement j’avais de chansons qui restaient des sessions de Loveshit. J’ai opté pour me diriger plus vers un genre de réveil « gueule de bois », juger l’extérieur, regarder autour… Envoyer une énergie plus positive et en même temps un genre de « on recommence à zéro ».

Un nouveau départ en quelque sorte ?

Oui, un nouveau départ un peu mais ce qui fait en sorte qu’on peut se planter aussi. Alors les chansons tristes sont là quand même et les chansons rythmées sont beaucoup plus rythmées. Ça parle aussi de voyage… il y a d’autres angles d’approche.

Vous continuez tout de même d’interpréter les chansons Loveshit ; finalement, est-ce qu’on parvient à guérir d’une relation dont on continue de chanter les plus vives émotions ?

Ce qui guérit nos émotions et le cœur dans ces moments là, c’est vraiment le temps. C’est la seule chose que je peux voir. J’ai jamais cru qu’écrire des chansons sur une relation ça guérissait. Ça faisait passer le temps, ça créait un univers. En fait c’est créer quelque chose de très beau avec quelque chose qui est un peu plus sombre, plus mélancolique.

Et continuer de les chanter c’est en quelque part entretenir cette douleur ?

Oui c’est ça. Sur le nouvel album il y a une chanson qui s’appelle Pain’s a Pet, c’est vraiment ça. À un moment donné on arrive à un point où on réalise que la douleur n’est plus vraiment là mais on était rendu tellement habitué à l’entretenir… C’est un cliché mais, c’est vraiment vrai. Moi je me suis retourné quelques années plus tard et j’ai réalisé que j’écrivais encore des chansons sur cette relation alors que j’étais vraiment rendu ailleurs. C’était plus devenu comme une habitude, j’étais un peu une caricature de moi-même. Puis j’ai réalisé que je n’avais plus vraiment mal. Je pense qu’on prend plaisir à rester dans cette douleur là. Elle est un peu réconfortante. Au moins on se levait le matin, on pouvait compter sur le fait qu’elle soit là, qu’on puisse écrire sur ça. Pour faire une entrevue, on savait qu’on allait parler de ça… On est rendu qu’on joue le rôle alors qu’on en n’est plus là. Il faut finir par passer à autre chose.

Vous travaillez actuellement sur une chanson en français. Comment abordez-vous ça ?

J’ai toujours écouté la musique en anglais. Les cours de piano, la télévision, les bouquins et la musique c’était en anglais. Ma langue maternelle c’est vraiment l’anglais donc au fil des années c’est ce vocabulaire que j’ai développé. J’ai jamais lu en français par exemple, j’ai toujours lu les livres en anglais. J’ai des amis francophones, j’ai suivi l’école en français par la suite, mais ma culture je l’ai vraiment toute gardée en anglais. Oui, je suis capable de m’exprimer en français mais l’écrire dans un esprit vraiment plus poétique et musical, c’est très nouveau pour moi. C’est comme recommencer à zéro. En fait pendant quelques semaines, là, récemment, je me suis vraiment plongé dans un univers plus francophone. J’ai toujours aimé la musique française mais là j’y ai vraiment porté plus attention, quand je voyage pour les spectacles ou les entrevues, j’écoute de la musique française dans la voiture.

Ça vient d’où cette envie de faire une chanson en français ?

Ben j’ai toujours voulu le faire et je trouve que le temps est approprié. C’est un bon temps, je commence à être prêt. La seule raison pour laquelle j’attendais c’est que j’ai toujours eu cette crainte de la première. Il faut casser la glace et commencer avec une chanson. Je l’ai fini hier en fait.

Quand pourra-t-on écouter le résultat ?

Je ne sais pas, j’aimerais beaucoup l’endisquer, en faire un single.. Quand j’aurais le temps d’entrer en studio !

Vous avez invité les country Ladies of the Canyon à participer sur 3 titres de votre dernier opus. Comment vous avez eu envie de travailler ensemble ?

Ah ben ce sont des amies. Ça fait 3 ans qu’on se connait. Ça fait plus de 10 ou 15 fois qu’on se voit en spectacle. On est juste devenu très très proches. Je sais pas, c’est vraiment une très belle amitié qu’on a développé. Elles m’ont accompagné aussi au cours d’une petite tournée ontarienne il y a deux ans comme en étant mon band. Non vraiment, j’adore les Ladies of the Canyon, en plus d’être les meilleures amies au monde. Je fais de la co-écriture aussi avec Maia. C’était essentiel. C’était impossible que je n’aie pas au moins Maia sur l’album et puis par la suite Jasmine et Anna ont suivi. (Elles feront d’ailleurs une apparition sur scène au Théâtre Corona)

En parlant de collaboration, quels sont les artistes avec qui vous auriez envie de travailler ?

Tous plein… J’essaye de ne pas trop y penser ! Ça serait trop facile de dire Paul McCartney, des rêves ultimes comme ça…

Après avoir joué en Europe il y a quelques années, vous aviez déclaré avoir envie d’y retourner. Est-ce que c’est toujours le cas ?

Oui bien sûr.

Quelles sont les différences par rapport aux scènes d’ici ?

C’était quand même particulier la fois où j’ai joué en Europe. C’était en première partie de Robert Charlebois et Dumas. C’était pas vraiment une tournée organisée, il y avait 4 ou 5 dates ; c’est parce que j’étais en vacances en Europe.… J’ai fait deux spectacles à Paris, à la Cigale et au Bataclan. Je débarque de Montréal comme ça, je rencontre des français et puis je leur dit que je joue au Bataclan : ils n’en revenaient pas ! Par contre quelques jours auparavant je jouais à Berlin dans des tous tous petits cafés. C’était une sensation complètement différente d’un soir à l’autre, j’ai été gâté.

Beaucoup d’artistes travaillent sur du nouveau matériel pendant qu’ils sont en tournée. Est-ce que pour vous, être « sur la route » c’est une source d’inspiration ?

Oui certainement. Le voyage a toujours été une source d’inspiration. C’est vraiment quelque chose de se retrouver sur un nouveau genre de plan quadrillé. Moi c’est drôle c’est toujours comme ça que je pense quand je suis dans une autre ville. C’est comme si je prenais la map de Montréal et que je la mettais sur le plan de Toronto ou de Chicago. Je m’approprie vraiment la ville : ça c’est mon nouveau Saint-Laurent, ça c’est mon nouveau… C’est comme ça que je comprends mes Nord/Sud. Je me laisse aussi inspirer par les noms des rues. C’est sûr que c’est vraiment quelque chose qu’on s’injecte, un genre de nouvelle drogue. C’est un nouveau nuage de créativité quand on voyage.

Vous participerez à la soirée hommage à R.E.M. le 2 décembre prochain au Divan Orange. Est-ce que R.E.M. ça représente quelque chose de particulier pour vous ?

Oui, en fait c’est le premier concert que j’ai vu. J’ai vu R.E.M. au Forum à Montréal pour la tournée Monster. C’est un bon ami à moi qui organise la soirée, il m’a demandé si je voulais en faire partie, c’était comme automatique. C’est "Automatic for the people".

Quels sont les albums qui ont le plus tourné dans votre iPod en 2011 ?

Savoir lesquels….. J’ai rien qui me vient à l’esprit comme ça. Un truc qui est récent ? (peu importe, quelque chose qui vous a marqué…) Ben je regarde ma table tournante, ça fait une semaine que j’écoute le Velvet Underground, c’est pas très nouveau mais …

J’allais justement vous demander quel consommateur de musique vous êtes : iTuner ? CD ? Vinyle ?

Je suis plutôt vinyle, c’est rendu une drogue un peu. Je trouve vraiment qu’il n’y a plus de place pour les CD. Oui il y a des gens qui les achètent encore et je vais encore faire des CD mais je trouve que le format vinyle est tellement génial. En plus ça vient souvent avec le download en code numérique, à partir duquel tu peux graver des CD. Il n’y a vraiment aucune raison que le CD continue. Même s’ils n’ont pas de table tournante, les gens peuvent le mettre dans leur iPod avec le code. J’aimerais ça voir tous ceux qui achètent des CD, faire la transition au vinyle.

**Ce jeudi soir, le 17 novembre (pendant que les Canadiens seront sur la glace…) Jason Bajada, lui, enchantera le Théâtre Corona !

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