[] [] [] [] [] []

Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

Accueil du site > Entrevues > Avec pas d’casque

Ça fait du bien un peu de changement !

Avec pas d’casque

vendredi 10 août 2007, par Alexis Charlebois-Laurin

Musique simple, textes en français qui décrivent très bien les petites réalités de la vie quotidienne comme peu de groupes le font. Le tout fait avec une écriture très travaillée, et en même temps, pas vraiment. Voilà qui résume bien ma perspective du duo Avec pas d’casque. Pour le reste, ce sera à vous de vous faire plaisir et d’aller écouter leur album Trois chaudières de sang, paru sur Dare To Care au printemps 2006. Entrevue avec Stéphane qui fut, comme il me l’a dit lui-même, parfois évasif, parfois moins, et même enthousiaste à certaines occasions.

- Pourrais-tu nous donner un petit aperçu de ton « background » musical. Je veux dire : avant de faire APDC, tu as bien dû jouer d’autres trucs, avoir d’autres groupes plus ou moins sérieux avec un son différent ?

Il y a bien eu une époque où je chantais des « covers » de grunge avec un « band », mais ça n’a pas duré longtemps. Ça m’emmerdait de chanter les chansons des autres. Quand j’ai rencontré Joël, j’avais déjà quelques chansons qui traînaient dont je ne savais pas quoi faire. Lui, il commençait à jouer de la batterie pour un groupe qui s’appelait The Graïghôry Schäarlz. On faisait une sorte d’échange de services. Au bout de quelques mois, on avait plusieurs chansons. On a décidé de les enregistrer.

- Nomme-moi donc ton album « acoustique » préféré ?

Difficile de répondre, mais sur l’île déserte j’apporte Bone machine de Tom Waits sans hésitation.

- Tout le monde vous compare à Mara Tremblay et Fred Fortin. Mais quelqu’un m’a fait remarquer à quel point votre son et plusieurs de vos arrangements de guitare ressemblent beaucoup à l’album One foot in the grave de Beck, allant même jusqu’à dire que c’était presque une copie musicale traduite en français. Est-ce que c’est une insulte ou un compliment pour vous ? Est-il vraiment une de vos influences qu’on oublie de citer ?

Je pense que c’est impossible de faire le genre de musique qu’on fait sans avoir été influencé par One foot in the grave. C’est un album important. Il y a quelque chose de « lousse » dans le son de ce disque. Pas tout croche, juste « lousse ». Quelque chose de brut. Même chose chez les Moldy Peaches et certains disques de Will Oldham. Il y a un côté artisanal qui me plaît bien dans cette approche de la musique. C’est ce côté là qu’on recherchait : des structures et des arrangements assez simples, ne pas essayer de rendre les choses parfaites.

- Est-ce que tu aimerais que ce soit ta musique ou tes textes qu’on remarque le plus ? Est-ce qu’il y en a un des deux sur lequel tu passes vraiment plus de temps et d’efforts ?

- Il est certain que pour Trois chaudières de sang j’ai passé plus de temps sur les textes que sur la musique. On est beaucoup plus critique sur la qualité des paroles en français qu’en anglais. J’ai l’impression que les attentes sont plus élevées. Les structures musicales sont, quant à elles, assez simples et renvoient à la base du country. N’importe qui peut jouer nos chansons en plaçant les accords C, F et G dans le bon ordre. On ne réinvente rien. On essaie juste de le faire du mieux qu’on peut. Le prochain disque sera peut-être très différent, peut-être pas.

- Justement, tes textes, comment tu t’y prends pour les construire ? On dirait souvent des phrases raboutées qui ont peu de sens ensemble à première vue, mais qui en ont en fait plus qu’il ne semble quant on s’y attarde. Est-ce que c’est moi qui essaie de trouver du sens où il n’y en a pas ?

- Un ami en arts plastiques m’a déjà dit qu’une étude avait démontré que les visiteurs dans les musées passaient en moyenne plus de temps à lire la fiche descriptive d’une toile qu’à regarder la toile elle-même. C’est comme si on avait peur de se tromper dans notre lecture de l’œuvre alors qu’il n’y a pas nécessairement de bonne réponse. En ce qui me concerne, ton interprétation de mes textes est aussi valable que mon intention de départ. L’important, c’est que ça te parle. Mes textes sont construits comme des montages. En montage, on prend des images qui n’ont pas nécessairement de liens ensemble et on les juxtapose pour raconter quelque chose, pour créer une émotion ou donner un sens. Je fais un peu la même chose. En plaçant deux images de natures différentes côte à côte, on en obtient une troisième. J’essaie de choisir les mots pour leur sens, mais aussi pour leur musicalité.

- Est-ce qu’il y a des sous-entendus que tu aimerais nous expliquer à des phrases comme : « Penses-tu qu’un jour on pourra retourner visiter la cabine du pilote ? » et « J’ai barré ma TV au canal 10 pour me rappeler qui faut que je pense à rien » ?

Quand j’étais jeune et qu’on prenait l’avion, il était possible d’aller visiter la cabine du pilote. La vue était incroyable et il y avait beaucoup de boutons. C’était très impressionnant. Depuis le 11 septembre 2001, c’est maintenant interdit pour des raisons de sécurité. Trois chaudières de sang, ça parle de ça. D’un monde en mouvance. Si je m’inspire beaucoup du quotidien et des petites choses, c’est pour traduire un écœurement plus généralisé. Quand tu apprends qu’un million de personnes regardent La poule aux œufs d’or chaque semaine, ça te donne envie d’écrire quelque chose comme « J’ai barré ma TV au canal 10 pour me rappeler qui faut que je pense à rien ». J’essaie toutefois de ne pas être trop cynique. Le cynisme nous empêche d’avancer. J’essaie donc de garder un peu d’optimisme dans les textes, et ça, c’est le bout qui me demande le plus d’efforts.

- Pourquoi un nom comme Avec pas d’casque ? Pourquoi un titre comme Trois chaudières de sang ? C’est Joël qui a choisi le titre Trois chaudières de sang. Je pense qu’il aimait bien le contraste entre l’agressivité de ce titre et nos chansons. Ce n’est que plus tard que j’ai composé Débouler ensemble qui fait mention des trois chaudières de sang. Pour ce qui est du nom du groupe, il vient inévitablement un moment où on sent le besoin de nommer le projet sur lequel on travaille. J’avais entendu cette expression et ça m’était resté dans la tête. J’aimais bien l’idée d’un nom qui ne commence pas par « LES-quelque-chose ». Parfois, je trouve que c’est un bon nom de groupe, parfois non. Mais ce n’est qu’un nom de groupe, alors tout va bien.

- Est-ce que tes textes sont pas mal tous autobiographiques ? As-tu déjà fait des trous dans un mur à grands coups de poings et as-tu déjà vu quelqu’un mettre l’égoïne dans le divan, brûler des appareils avec du gaz et fendre des dossiers de chaises ?

- La majorité des textes partent de moi ou de gens qui m’entourent. Ils traduisent aussi des fantasmes comme celui de tout démolir dans Vas-y, par exemple. J’imagine que les « trous dans le mur à grands coups de poings » entrent aussi dans cette catégorie.

- Comment se sont passées les choses pour le clip de la chanson En attendant que ça paye ? Vu que t’es dans le domaine du film, est-ce que c’est toi qui es arrivé avec le concept et tout le tra-la-la ?

Nous avons deux projets de clips en ce moment. Nous avons fait une demande de subvention pour En attendant que ça paye et nous attendons la réponse. Entre temps, nous avons décidé de faire un clip nous-même pour Dans les bras de la femme bionique. Comme Joël fait aussi de la vidéo, nous avons coréalisé le clip qui a été tourné en super-8. C’est assez long à développer. Je n’ai même pas encore reçu les images. Mais c’était assez difficile de trouver des concepts pour mes propres chansons. Je trouve qu’il y a déjà beaucoup d’images dans les paroles.

- Tu as reçu dernièrement du financement de la part de Téléfilm Canada pour un film nommé Continental, un film sans fusil. Peux-tu nous parler un peu de l’histoire et de la place que ce projet occupe (et occupera) dans ta vie au cours des semaines/mois à venir ? Quand pourra-t-on voir ce film selon toi ?

J’essaie de ne pas trop parler du film pour l’instant. Un film c’est fait d’images et de sons, et pour le moment, ce n’est encore qu’un paquet de feuilles brochées ensemble. Je peux simplement dire que c’est le plus gros projet auquel je vais m’attaquer et ça risque de m’occuper une bonne partie de l’année.

- A-t-on besoin de plus de films sans fusil ?

Oui, s.v.p.
- A-t-on besoin de plus de groupes qui décrivent des choses banales et la petite réalité de la vie ?

Ça dépend toujours de quelle façon c’est fait. Ce qui est intéressant, ce sont les points de vue. C’est de trouver un angle nouveau pour parler d’une réalité qui nous est commune.

- Es-tu quand même assez productif côté écriture musicale ?

Ça vient par phases. Je n’ai pas de tiroirs pleins de chansons terminées. J’ai surtout beaucoup de notes qui traînent sur mon bureau.

- La priorité pour toi, c’est quoi ? Musique ou cinéma/création vidéo ?

Ce n’est pas très réfléchi, je dois dire. La musique me permet de rester actif. Il y a quelque chose de plus spontané, de plus direct, alors que le cinéma demande plus de temps et d’intervenants. Les deux se complètent d’une certaine façon.

- Sortie d’album à laquelle nous devons absolument porter attention prochainement ?

Le prochain Torngat et celui de Michel Moussette.

- Mot de la fin ?

Pourrais-tu m’expliquer une fois pour toutes qu’est-ce que le emo ? Les définitions qu’on me donne sont très contradictoires. Est-ce que Simple Plan est un groupe emo ? Merci.

- Pour moi, le mot « emo » a toujours voulu dire « émotion » et peut donc être utilisé à pas mal toutes les sauces. Allez donc lui donner votre définition si vous les voyez en show. Ça risque de les intéresser. Ou peut-être pas…

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0