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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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UN RENDEZ-VOUS PRÈS DE CHEZ VOUS

Arab Strap

samedi 6 septembre 2003, par Arnaud Cordier

« … et le jour où je ne m’imaginerai plus ce que sera la suite, je devrai sûrement arrêter de faire des disques… » - Aidan Moffats

Un best of Arab Strap ! Pas vraiment le genre de la maison. Pourtant, à l’écoute de Monday at The Hug & Pint, le duo de Falkirk convie l’auditeur à une introspection discographique, laquelle trouverait ses racines sur les quatre précédents efforts. Ce rendez-vous au pub du coin n’a rien d’un point de chute malsain, une tribune pour mieux cracher ses poumons, une rencontre entre deux baises ou une obligation récurrente. Ce dimanche-là brille par sa surprenante diversité, sa densité jusqu’ici inachevée. Les deux comparses sont revenus dans une forme impressionnante, une vigueur que leurs albums solos ont su nourrir. Lucky Pierre pour Aidan Moffat et un album éponyme pour Middleton, des à-côtés qui arrivaient au bon moment, car après sept années de vie commune, les habitudes se prennent et s’éloignent difficilement. Un vieux couple que l’on attendait peut-être pas aussi vert. Quelques mois après la concrétisation de Hug , comment le jugent-ils ? Que feront-ils après une tournée nord-américaine intensive ? Et leur vie dans tout ça ? Un bon nombre de questions auxquelles ils ont répondu avec gentillesse, espièglerie et franchise. Le capitaine Haddock a perdu un sosie à Montréal mais ce jour-là, on a gagné un Aidan Moffat en grande forme et un Malcolm Middleton concentré et concis.

ERI : Quels étaient les plans avant de rentrer en session d’enregistrement pour Monday at the Hug & Pint, un album qui tranche avec la plupart de vos autres sorties ?

- M- En fait, on ne peut pas dire qu’il y avait réellement de plans, de préparations proprement dites. L’album est un document de tout ce que l’on fait depuis ces 7 dernières années : la partie joyeuse de notre premier album, l’innocence de notre deuxième et tout ce que l’on a appris en studio jusqu’à Red Thread, un travail plus sur la production qu’autre chose. L’album provient d’un état inconscient pour moi et il apparaît comme un disque frais, je crois.
- A- Je crois que j’étais vraiment critique envers nos premiers albums. Il y avait beaucoup de choses que je voulais essayer comme les chœurs, par exemple. Jamais je n’aurais pensé 2 ans auparavant intégrer des voix derrière la mienne. Je voulais vraiment essayer des choses que je ne voulais pas faire avant et je suis vraiment content du résultat. Je suis quelqu’un de très carré en studio et je me rends compte de ce que j’aurais pu faire ces 7 dernières années (sourire).

ERI : Êtes-vous fiers de Monday at The Hug & Pint ou est-ce difficile d’être encore très satisfait d’un disque enregistré plusieurs mois auparavant ?

- M- Je suis extrêmement fier de tout ce que nous avons fait. Fier de voir que nous continuons encore à faire ce que l’on aime aussi. Mais quand tu écris une chanson, que tu l’enregistres et que tu la joues peut-être 5 mois après, tu perds des sentiments envers elle à cause du temps. Tu ressens un vide et c’est pourquoi tu repars enregistrer quelque chose d’autre constamment.
- A- J’en suis franchement très fier. C’est probablement le meilleur album d’Arab Strap. Mais j’imagine toujours ce que sera le prochain et le jour où je ne m’imaginerai plus ce que sera la suite, je devrai sûrement arrêter de faire des disques. Je suis simplement très excité à l’idée d’écrire des nouvelles chansons, d’enregistrer. Cela tient aussi au fait de jouer tous les soirs les mêmes chansons et cela me rend vraiment dingue (rires). Je veux toujours écrire quelques nouvelles chansons pour que nous puissions avoir du nouveau à jouer sur scène mais cela prend pas mal de temps.

ERI : Est-ce difficile de recréer l’énergie de l’album sur scène ?

- M- Nous n’essayons jamais de recréer ce que nous avons joué en studio et donc ce qui se retrouve sur le cd, on ne veut plus jouer encore une fois ce qui a été fait durant cette période. Quand nous jouons live nous nous assurons de ne pas tomber dans la copie. Nous sommes en intimité avec la public, l’ambiance est totalement différente, les gens doivent sentir que nous jouons, chantons pour eux et non pas pour agir en groupe qui est là pour faire son boulot, en background, comme des robots. - A- En fait, cela dépend de la formation que nous utilisons, elle dicte notre manière d’évoluer sur scène et la direction des chansons. Cette année, nous avons eu trois formations différentes. Cela dépend de la version d’Arab Strap présente le soir au concert, cela décidera de ce que nous jouerons ou pas, rien n’est formaté trop d’avance.

ERI : Je suppose que vous n’avez pas eu de temps pour entreprendre de nouvelles choses durant votre tournée avec Bright Eyes ?

- M- Non, cela serait trop dur. Composer durant une tournée n’est pas nécessairement la meilleure chose à faire à cause des trajets, soundchecks et tout ce qui entoure la route et toutes les émotions qui s’y rencontrent. Par contre, je crois que nous emmagasinons les idées durant ces périodes et une fois à la maison, on compose avec le recul adéquat et ce, jusqu’à l’autre album. C’est un peu ce que nous avons fait ces dernières années.
- A- Hummmm…je suis complètement d’accord avec ce qu’il a dit ( rires ).

ERI : Vous n’avez pas pensé à Mike Mogis pour la production puisqu’il intervient sur l’album avec Conor Oberst ?

- A- En fait, on les connaît depuis le dernier album, ils ont fait une tournée avec nous en Europe et ils étaient à Glasgow au moment d’enregistrer, ils ont participé à certaines pièces.
- M- On produit toujours nos albums, c’est une sorte de règle. On a le même ingénieur depuis les 3 ou 4 dernières sorties.
- A- J’aurais voulu Springsteen ! ( Rires ) Si c’est le boss, tu penses.

ERI : Avant le plus récent album d’Arab Strap, vous avez enregistré chacun de votre côté un album . Était-ce plus un besoin qu’un défi ?

- M- Pour moi, ce n’était pas un défi. C’était quelque chose que je voulais réaliser depuis longtemps mais je n’avais jamais eu le temps de le faire, ni la confiance. J’écrivais de toute façon pour un jour le sortir.

ERI : Est-ce que tu en as retiré beaucoup de joie ?

- M- oui…l’année dernière fut une des plus belles années de ma vie.

ERI : À cause de cet album ?

- M- En bonne partie oui ( un peu gêné ).
- A- Je ne pense pas que j’en avais réellement besoin mais je suis ravi de l’avoir fait. J’avais besoin de faire quelque chose. Je m’ennuie très rapidement quand je rentre à la maison, c’est immanquable. Depuis que nous avons commencé cette tournée j’ai déjà trois projets d’album ( rires ). Seulement un risque de voir le jour car j’avais déjà commencé à écrire des textes, apparemment un album pour Arab Strap. J’ai des idées toutes les 10 minutes et c’est énervant. Je suis toujours tenté de faire quelque chose.

ERI : Quand vous n’êtes pas en train de jouer ou d’enregistrer, vous devenez dingues ?

- M- Oui !
- A- En tout cas, sur la route, on devient fou dans ce bus.
- M- C’est pas dingue, mais pendant 8 ans de notre vie, la musique a été le centre de tout, à dire vrai on n’a pas connu autre chose. A part bien sûr rencontrer des gens, la musique représente une grande partie de notre vie.
- A- J’ai plein de choses à faire durant mes périodes creuses, ce n’est pas un problème. Je me tiens pas mal occupé le plus souvent que je peux. Non, je ne deviens pas fou ( sourire )…heu je pense que je prends parfois, en fait un peu trop de plaisir, souvent, mais c’est un peu de ce que traitent les albums.

ERI : En écoutant votre album, avec son titre significatif, je me suis vu également à la tabagie du film Smoke de Paul Auster ( film de Wayne Wang ). Un endroit où les gens passent du temps, discutent de leur vie, de leur quotidien. Votre album m’a donné l’envie d’aller éventuellement prendre un pot dans ce pub, ce Hug & Pint. Est-ce que cet effet était voulu ?

- A- Je connais Auster, d’ailleurs, j’ai commencé à lire un de ses bouquins durant la tournée. En fait, je crois que ça provient de la culture écossaise. Le pub est un endroit où les gens se réunissent, racontent plein d’histoires. La musique écossaise tire ses influences, ses racines dans la tradition folk, les contes populaires, la mythologie celtique. C’est un endroit parfait pour entendre des histoires. Je pense aussi qu’il y a aussi un lien profond avec l’alcool, je ne sais pas trop pourquoi.

ERI : On peut souligner l’aspect social crucial de ces multiples rencontres, ces réunions. Seriez-vous capables d’être seuls sur une île ?

- A- Je veux me retirer dans une ferme quand j’en aurais fini avec la musique, quand je serai vieux, me couper des autres avec, bien sûr, une bonne télévision par satellite, l’Internet, des bandes dessinées et …heu un magasin de disques ( rires )…ça serait bien je crois.
- M- Oui, mais je n’irais pas jusqu’à me couper du monde, je pense que je préférerais un tout petit village avec peu de gens, un peu comme mon village d’origine.
- A- Peut-être qu’on pourrait acheter notre terre, avoir notre propre ville avec un magasin de disques et de b.d. et on irait tous au Hug & Pint. Mais on n’oublierait pas le bar avec les danseuses. ( rires )

ERI : Vous avez enregistré 5 albums et un live depuis 1997. C’est excessivement productif.

- A- Plus un album solo chacun.
- M- Cela ne me semble pas trop productif. Je pense que l’on pourrait faire mieux, car on a encore beaucoup de temps libre. On ne travaille en fait que 6 mois par année.
- A- Quand je ne fais rien du tout, pas d’activité en tant que telle, je m’ennuie facilement. Il faut que je bouge ( corps, esprit ). Je n’aime pas rester assis et rien foutre. J’aime savoir que j’ai des activités de prévues. Bien sûr, parfois je me prends une semaine sans rien mais je suis certain qu’en rentrant de tournée, je trouverai quelque chose à faire.

ERI : Si on vous demandait de faire la programmation d’un festival ( All Tomorrows Parties par exemple ), quels groupes choisiriez-vous ?

- M- Je pense que le samedi soir, il y aurait Queensryche en tête d’affiche, ensuite Pat Benatar pour le vendredi soir et dimanche peut-être L.A.Guns. Bien sûr, Aidan pourrait choisir d’ouvrir en première partie pour n’importe quelle soirée.( gros sourire )
- A- Je n’ai absolument pas d’idée. Il y aurait une longue liste de formations que j’aimerais avoir. Je pense que j’aimerai beaucoup avoir Slint et un bon Neil Young, ce serait super.
- M- Des trucs comme Songs : Ohia et définitivement Cat Power.
- A- Ou alors Gladys Knight. J’adorerais tellement ça, je suis sérieux.
- M- Si c’est toujours possible, j’aimerais ouvrir avec Gwar le vendredi après-midi. Queensryche joue à Londres quand on rentre, si je peux j’irai les voir, c’est sûr.

ERI : Est-ce que tu as été élevé avec ces groupes ? Tu les aimes toujours autant ?

- M- Je les ai ignorés pendant longtemps mais je suis retombé sur les cd et je me suis dit : Putain, c’est bon ! À ce moment-là, j’écoutais des trucs comme Dylan et les Beatles, je suis revenu à mes vieux disques de Queenryche, c’est excellent !

ERI : C’est bientôt les festivals durant l’été, est-ce que vous aimez vous y produire, tourner devant plein de gens différents avec plein de groupes, des amis ?

- M- Non, en fait, les festivals sont chouettes mais notre musique ne correspond pas à ce type d’événement. Tu sais, jouer dans un chapiteau au fond du terrain en pleine journée, c’est pas génial pour nous.
- A- Je pense qu’il y a une grande différence entre les festivals sur le continent et les festivals en Grande-Bretagne. Par exemple, je sais que notre set et line up de Malcom et moi, un drum machine, un violoncelle et un violon pourrait fonctionner en Espagne. Ailleurs, je ne pense pas, en festival bien sûr. Mais en général, les festivals ne sont des priorités pour Arab Strap, cela ne nous réussit pas beaucoup mais on est ouvert, on ne se focalise pas sur eux.

ERI : Vous avez hâte de rentrer à la maison ?

- M- Oui, 6 semaines c’est très long mais de toute façon, je sais qu’on va s’ennuyer après une semaine et on va vouloir faire d’autres concerts et bouger.
- A- Dès que je rentre à la maison, je vais écrire un hymne disco et je deviendrai célèbre avec mes titres disco et je serai riche et je dépenserai des millions de livres pour avoir Springsteen comme producteur de nos disques ( rires ).

Ce dimanche soir allait confirmer le besoin incessant de ne rien prendre pour acquis, le duo se présentait en quatuor avec une violoncelliste et une violoniste. Un set qui laissait les nouvelles chansons prendre le dessus sur leur discographie, des pièces réarrangées pour cette tournée, une formule qui déclenchait, dès les premières notes, une sensation de plénitude empreinte de subtilité et de simplicité. Monday at The Hug & Pint n’a pas fini de revivre avec ses auteurs, peu un importe sa forme, on a pris rendez-vous avec Arab Strap au pub du coin…un dimanche.

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