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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Direct et sans détour

100 DEMONS

mardi 26 octobre 2004, par Alexis Charlebois-Laurin

Le moins que l’on puisse dire c’est que Pete Morcey, le nouveau chanteur de 100 Demons qui vient de faire paraître un album sur Deathwish Inc, n’a pas la langue dans sa poche. La musique pesante et agressive du groupe complète très bien le discours de Morcey qui ne nous prédit pas un avenir des plus brillant pour l’Amérique. 100 Demons ne cherche pas à plaire mais simplement à faire ce qu’il a à faire. Âmes sensibles s’abstenir.

100 Demons est de retour avec un album très agressif, rempli de sincérité et qui reçoit pratiquement juste des bons commentaires jusqu’à maintenant. Pourquoi pensez-vous que c’est encore important de jouer ce genre de musique ? Vous semblez être dans la trentaine et vous faites encore cela. Qu’est-ce qui vous fait continuer ? Est-ce que c’est plus que juste de la musique agressive pour vous ?

Jouer dans ce groupe est juste quelque chose qui se fait naturellement. Hardcore, métal, punk ou peu importe la musique que l’on joue, c’est ce qui marche pour nous. Faire ressortir notre agressivité et nos émotions à travers la musique est quelque chose que ne peut pas faire tout le monde. J’ai 32 ans et je joue dans un groupe depuis que j’en ai 14. C’est tout ce que j’ai toujours connu. Évidemment, c’est plus que de la musique pour moi mais la musique a créé ce que ma vie est jusqu’à ce jour. La musique m’a permis de rencontrer la majorité de mes amis et m’a permis de continuer à voyager dans le monde.

La scène du Connecticut a définitivement eu un impact sur le son de la musique hardcore, avec des groupes comme Integrity, Ringworm et Hatebreed venant de cette région. Non seulement ces groupes ont un son très agressif influencé par la scène métal mais ils ont aussi une vision sombre et pessimiste de la vie et du monde dans lequel nous vivons. Pouvez-vous expliquer cela ? Pensez-vous que ça représente le genre de vie que vous avez là-bas ? J’ai toujours vu le Connecticut comme étant une région très industrielle et je crois que la photo que vous avez dans votre album le représente très bien. Est-ce que c’est ce que vous avez essayé de faire ?

La majorité des gens aux États-Unis pensent que le Connecticut est un endroit où vivent les riches. Parce que l’État a un des comté les plus riches aux États-Unis et a des communautés très fermées, les gens pensent que la vie ici est l’équivalent de vivre dans une station touristique. C’est loin de la vérité. Quatre-vingt-dix pourcent (90%) de l’État est dans une crise économique. Toutes les grandes villes sont éclaboussées par des scandales politiques ou sont tellement pauvres qu’elles sont menacées par une reprise de l’État. Là où nous vivons, à Waterbury, surnommée The Brass City, on touche pas mal le fond du baril en terme de qualité de vie. La ville était très industrielle à l’époque des grandes manufactures mais, aujourd’hui, c’est pas mal une ville de centres commerciaux médiocres et de magasins à un dollar. Dire que les jeunes et les groupes venant de ces régions ont une vision très négative n’est pas assez fort. C’est dur de venir et de grandir dans cet environnement et de s’en sortir mentalement intact. Nous n’essayons pas vraiment de représenter nos vies avec cette photo, c’est juste ce que nous sommes.

Comme je l’ai dit auparavant, vous êtes définitivement plus vieux que la moyenne des fans de hardcore. C’est toujours intéressant d’entendre des vieilles histoires. Qui vous a introduit à cette scène ? Quels groupes vous ont vraiment marqués en premier pour voir quelque chose d’assez important dans la scène hardcore pour que vous commenciez à vous impliquer ? Est-ce qu’il y a des gars qui vous y ont introduit ou qui étaient déjà là quand vous êtes arrivés et qui sont encore là aujourd’hui ? Quels groupes ou personnes pouvez vous regarder et vont vous motiver, avec le travail qu’ils mettent dans cette scène, à rester impliqués dans celle-ci ?

J’ai commencé à vraiment m’intéresser à la musique quand j’avais environ 10 ans et à m’intéresser au punk, métal et hardcore aux alentours de 13 ans. J’ai été introduit au heavy metal par des jeunes dans mon quartier et au hardcore pas longtemps après par d’autres amis. Étant du Connecticut, nous avions toujours des bons shows. J’étais là vers la fin de groupes comme Black Flag et Dead Kennedys et puis ensuite j’ai vu tous les groupes straight edge comme Youth of Today et Side by Side. Autour de 1986, j’avais la tête rasée et j’ai été introduit à la culture skinhead aux États-Unis. Des groupes américains comme Cro-Mags et Agnostic Front sont des groupes qui m’ont vraiment fait aimer tout ce que cette musique représente. D’autres groupes comme Blitz et The 4 Skins m’ont vraiment touché quand j’étais jeune. Il y a seulement quelques personnes qui sont actives sur cette scène depuis que je suis jeune. Mais si tant de gens viennent et partent de cette scène, cela fait en sorte que si quelqu’un est là pour plus d’une année, on dirait que tu la connais depuis toujours. Quelques-uns des groupes qui existent présentement que je peux vraiment apprécier sont nos bons amis du Connecticut, Hatebreed, The Distance et des nouveaux groupes comme Fall from Grace et Pale Horse. Ce sont tous des groupes qui travaillent très fort et qui se soucient vraiment de ce que cette musique représente et ont beaucoup de choses à dire. Portez-leur attention si vous le pouvez.


« J’écoute rarement la télé mais ce soir je l’ai fait. Je me suis surpris à faire un doigt d’honneur à mon téléviseur. »


Comment la signification du hardcore est-elle différente au point où vous en êtes présentement dans votre vie comparée à quand vous étiez jeunes ? Qu’est-ce que vous faites dans le « vrai » monde pour payer vos comptes et avoir une vie décente pour vous et votre famille (si vous en avez une) ?

Quand je grandissais, le hardcore était très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Il n’y avait pas un million de sous-divisions dans la musique. Il y avait en gros une scène avec une tonne d’idées mais une seule scène néanmoins. Il y avait vraiment un élément de danger impliqué. Je ne veux pas dire du danger comme recevoir un spin kick dans la face à un show mais du danger de façon mystérieuse. Les gens semblaient plus individualistes à l’époque. Tu étais connu du monde extérieur. Tu montrais ce en quoi tu croyais. Je ne dis pas que ce qui se fait aujourd’hui est banal mais les choses étaient différentes. Tout le monde dans le groupe a un emploi en quelque sorte. D’émondeur à électricien. Deux des gars ont une famille et le reste de nous fait ce qu’il a à faire pour vivre.

Le hardcore a beaucoup évolué. Les labels sont très bien organisés, plusieurs albums sont distribués pratiquement partout sur la planète et la production fait sonner les groupes très professionnellement, ce qui est une bonne chose, selon moi. Avant, c’était pratiquement impossible de penser qu’un groupe hardcore passe à la télé ou sur les grosses radios. Aujourd’hui, cela semble plus réalisable que jamais. Ceci étant dit, qu’est-ce qui, selon vous, garde les groupes hardcore « hardcore » ? Qu’est-ce qui vous rend différent des autres groupes de musique agressive nü-metal et ce genre de merde ?

Hardcore est un mot tellement utilisé à toutes les sauces de nos jours. On dirait que tout ce qui a de la guitare pesante est catégorisé hardcore. Ce qui garde cette scène en vie, ce sont les gens qui sont là avec leur groupe et qui créent un réseau à l’extérieur du regard de l’Amérique commerciale. On ne se fait pas dire quoi faire. On ne se fait pas dire quoi jouer. Nous sommes seulement exactement ce que nous voulons être. Pour moi, ce qui nous sépare de n’importe quel groupe nü-metal ou des groupes rocks commerciaux c’est que nous sommes en contact avec la foule. On ne se pense pas mieux que n’importe qui et nous n’avons pas peur d’écrire ou de chanter ce que nous voulons peu importe que les gens soient d’accord avec nous ou non.

Pour poursuivre avec la question précédente, est-ce qu’il y a des groupes que vous aimeriez que les gens n’associent pas à la scène hardcore ? Des groupes qui ne représentent pas votre définition du hardcore. On voit des vétérans de la scène partir des groupes avec un son qui est plus près de leurs racines pour exprimer le fait qu’ils n’aiment pas la direction que la scène hardcore a prise. Je parle de groupes comme The Promise, Terror, Final Word, Rag Men et ainsi de suite. Pensez-vous que le son représenté par des groupes comme Poison the Well, FATA et autres est une menace pour la scène ? Ou pensez-vous qu’il y a assez de place pour différents genres dans le hardcore ? Simplement dit : que pensez-vous de l’état de la scène hardcore présentement ? Est-ce que ça vous préoccupe ou c’est juste un débat inutile pour vous ?

Il y a tellement de musique que j’écoute qui est tellement loin du hardcore, je suis sûr que les gens seraient surpris. Au cours des années, mais pas depuis cinq ans environ, j’ai chanté de la musique classique. Après qu’un de mes vieux groupes se soit séparé, j’ai pris cette direction après avoir rencontré un coach de chant. Cela m’a mis sur la voie pour près de sept années à chanter, performer et recevoir une éducation de chant classique. J’ai mis ça de côté pour détruire ma gorge davantage. Beaucoup de la musique qui se fait de nos jours est très loin de ce que le hardcore était originalement mais ça a évolué. Je ne déteste pas ces groupes et je ne désapprouve pas ceux qui partent des modes. Ce sont les groupes qui volent ces sons après leur apparition. Les groupes qui voient quel son est populaire et qui le volent pour leur bénéfice. L’état du hardcore sera toujours débattu. Dans les pages du Maximum Rock’n’Roll, du milieu des années 80 jusqu’à aujourd’hui, j’ai lu et entendu tout ça. Ça existe encore. La musique underground existe encore. Les kids sont encore là.

Pouvez-vous me dire comment vous vous êtes retrouvés sur Deathwish Inc ? Comment vous avez déniché votre nouveau chanteur et ce qu’il apporte au groupe ? Comment aide-t-il à rendre 100 Demons meilleur ? Quand vous enregistriez, sentiez vous que vous étiez sur quelque chose de gros ? Que cet album « tuait » ?

Nous avons signé un contrat avec Deathwish simplement en parlant aux gars à qui ça appartient. Nous nous connaissions depuis des années et ils voyaient comment allait le nouveau line-up et le groupe et ils étaient vraiment intéressés à sortir le nouvel album. Puisque je suis le nouveau chanteur, je vais te mettre au courant. Je connais les gars du groupe depuis le début des années 90. J’ai joué dans un groupe qui s’appelait Higher Force avec Rich et Bubba de 100 Demons et Sean Martin d’Hatebreed. Pendant que 100 Demons jouait, j’étais dans un groupe Oi ! appelé Forced Reality. Nous faisions pas mal de reunion show à la fin des années 90 car nous nous étions séparés en 1989. 100 Demons a perdu Bruce, le chanteur original, et a essayé d’autres gars qui ne faisaient pas l’affaire. Éventuellement, je n’ai plus eu de groupe et on m’a demandé de chanter. Je n’avais jamais chanté dans un groupe comme ça mais je pense que tout s’est bien passé. Je sais qu’en arrivant dans ce groupe j’ai ajouté quelques éléments qu’ils n’avaient jamais eu au niveau des voix. Il y a plusieurs styles de chant qui ont été ajoutés et qui semblent avoir très bien fonctionné. Quand le CD a été terminé, nous étions très satisfaits du résultat final. Nous voulions faire ça du mieux que nous le pouvions. Nous avons déjà des chansons d’écrites pour le prochain alors, soyez prêts !

Comme je l’ai dit, vos textes sont assez sombres. Vous semblez avoir une vision pessimiste du monde. Est-ce que c’est dû à certaines expériences que vous avez eu personnellement ou si c’est juste une façon de décrire ce que notre monde est devenu ? Comment vous sentez-vous à propos de l’état du monde aujourd’hui ? Je ne parle pas nécessairement de l’Irak ou ce genre de choses mais de la façon dont les gens vivent en Amérique présentement. Que pensez-vous de l’Amérique ? Pouvez-vous élaborer sur ce sujet ?

« I was born with this fault they call rage ». C’est une phrase dans une des nouvelles chansons, Something Terrible, sur le CD. Quand je grandissais, j’étais très dur à contrôler. J’avais tendance à faire ce à quoi je pensais avant de vraiment réfléchir à cet acte. J’ai eu de durs moments et je me suis calmé au cours des années mais cette colère n’a jamais vraiment disparu. Elle s’est juste apaisée. Quand nous nous préparions pour cet album, il y avait des choses que je devais faire sortir de moi-même et qui ont été libérées en studio. Les choses qui se passent autour de moi sont présentes dans les nouvelles chansons. L’état dans lequel nous vivons, ce qui est pas mal de la merde. Nous sommes entourés par tellement de commercialisation dans notre culture, c’en est dégoûtant. J’écoute rarement la télé mais, ce soir, je l’ai fait. Je me suis surpris à faire un doigt d’honneur à mon téléviseur. Qui croit en cette merde ? Ce n’est pas les gens que je connais. Ce n’est pas les sans-abris qui se promènent dans nos rues. La classe moyenne supérieure est en train de mourir en Amérique et la classe moyenne des travailleurs est rendue tellement loin du milieu qu’il va y avoir de gros problèmes dans les années à venir. Notre richesse est en train de s’assécher et quand ça va arriver, je crois que personne ne sera prêt.

Les derniers mots de votre album sont : « My life, my crew. FUCK YOU !!! ». Certaines personnes vont y voir une phrase très « kitsch ». Je refuse de voir cela comme ça. Je pense que les groupes comme vous représentent plus que des paroles simples. Est-ce qu’il y a quelque chose de central que vous essayez d’exprimer avec 100 Demons ? Jusqu’à quel point ce groupe, cette scène, votre « crew » sont-ils importants pour vous ? Jusqu’où êtes vous prêt à aller avec ce groupe et à faire des concessions dans le « vrai » monde (famille, travail, argent, enfant) pour amener ce groupe à son plus haut niveau ? Est-ce que 100 Demons est là pour rester ?

Ces mots ont en fait été écrits par le chanteur original et récemment réenregistrés pour le nouveau CD. Je vois ces paroles comme Bruce les voyait. Dire qu’elles sont inadéquates n’est pas vrai. C’est ce qui nous entoure. C’est notre vie, c’est ce qui nous garde en santé mentalement et c’est ce que nous sommes. Des plus basses profondeurs, certains de nous sont remontés pour essayer de faire de nous de meilleures personnes. Certaines personnes disent que les groupes comme nous ont des textes simples. J’ai lu la critique d’une fille de 16 ans sur notre nouveau CD disant que mes paroles étaient « de base ». Ces mots sont directs et droits au but. Est-ce qu’il faut que j’écrive de la poésie abstraite pour me faire comprendre ? Est-ce qu’il faut que j’essaie que les gens aient toujours à réfléchir ? Je décris quelques-unes des émotions humaines les plus simples. Si ça c’est simpliste et « de base » j’imagine que je suis un imbécile.

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