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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Douce brise

WOLFE, CHELSEA & KING DUDE

Il Motore, 22 janvier, Montréal 2013

jeudi 24 janvier 2013, par Frédérick Galbrun

Si(x) certains étaient assez fous pour braver le froid, d’autres étaient assez fous pour tomber en amour, en pâtir et en faire des chansons. Mardi soir dernier, au Il Motore, s’arrêtait la tournée Nord-Américaine de deux âmes esseulées, partageant les affres de la solitude et de la noirceur du cœur dans des chansons folk, chargées d’écho, de « reverb » et de « delay ». Chelsea Wolfe et TJ Cowgill (alias King Dude), sont deux figures relativement nouvelles dans les réseaux de musiques alternatives. La première a bénéficié de bonnes critiques d’albums et les comparaisons avec Zola Jesus lui ont été plus profitables que nuisibles. L’autre continue d’être plus populaire en Europe malgré la sortie d’un excellent album de ballades noires cette année. L’association entre les deux artistes de la côte ouest américaine est naturelle, les deux partagent une esthétique semblable et ont collaborés ensembles sur la sortie d’un sept pouces, sorti tout récemment.

Si(x) King Dude s’est produit en première partie, il aurait pu très bien se passer de ce rôle ingrat et assumer à lui seul l’entièreté du spectacle. Malgré le peu de mots prononcés, il démontrait une plus belle aisance que sa compagne et surtout plus de charisme. Sa mise en scène était parfaite ; deux chandelles allumées sur le devant de la scène et à l’arrière un drapeau américain en lambeaux, battus et noirci ; comme le rideau d’un théâtre de drames, rappelant malgré moi des images de guerre civile, peut-être en raison de la guerre que Cowgill mène avec lui-même. Il crée un folk satanique où l’amour est une plaie qui s’infecte et où la noirceur de la gangrène déteint jusque sur les vêtements. La douleur prend corps dans ses chansons et se tient fière devant l’auditoire. Pour ce spectacle, King Dude a puisé diverses chansons de son répertoire, se fiant principalement à son plus récent album « Burning Daylight », paru à la fin de l’année dernière sur le label Dais. Il nous a tout de même honoré en interprétant l’excellente « Lucifer’s The Light of The World », tirée de son album « Love » paru en 2011. King Dude était accompagné parfois à la guitare et sur quelques percussions par un acolyte tout de noir vêtu lui aussi.

Si(x) pour sa part, Chelsea Wolfe s’est présentée en trio, accompagnée de Ben Chisholm au synthétiseur et de la violoniste Andrea Calderon, nous étions là pour ses yeux charbonneux et ses épaules dénudées. Wolfe se présente pour plusieurs comme la nouvelle égérie d’une scène folk gothique qui mise énormément sur l’esthétique sombre, macabre et ésotérique. À l’écoute de se chansons, on l’impression que la vie est une suite de situations oppressantes, qui s’empilent les unes sur les autres et qui, en s’accumulant, viennent s’ajouter à une lourdeur déjà omniprésente. Elle joue la carte de l’artiste mal dans sa peau ; regarde très peu le public, laisse ses cheveux sur son visage et a un langage non verbal qui révèle peu de plaisir. D’ailleurs, un sourire aurait été malvenu dans cette soirée où le noir était à l’honneur. Wolfe a joué principalement des chansons tirées de son plus récent disque « Unknown Rooms : A Collection Of Acoustic Songs », un élan plus folk dans son parcours, qui empruntent énormément à Mazzy Star. Un des très beaux moments du spectacle, fut sans contredit lorsque TJ Cowgill est monté sur scène pour accompagner Chelsea Wolfe pour deux morceaux. On a particulièrement retenu la superbe « My Mother Was The Moon », chanson tirée du plus récent disque de King Dude. La plupart du temps, Wolfe s’est contentée de susurrer ses chansons, les fredonner, mais elle devient beaucoup plus intéressante quand elle pousse sa voix, ce qu’elle a fait avec parcimonie, se risquant seulement dans des aigus à une reprise. La sur-utilisation d’effets dans la voix crée une aura envoûtante dans la musique de Wolfe mais la magie s’est vite brisée lorsqu’elle a changé de micro pour chanter « Sunstorm », seule au synthétiseur. Car Chelsea Wolfe sans effets et sans l’esthétique l’accompagnant, n’a pas grand-chose à offrir de plus qu’une autre. Il faut cependant garder une oreille attentive car la chanteuse se démarque surtout sur disque, d’autant plus qu’elle fait saliver certains amateurs avec la sortie en février d’un disque sur l’excellente étiquette britannique Latitudes. (Photo de F. Galbrun)

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