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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

VERVE, IRONIE ET SYNCOPES

WHY ?

En concert à la Sala Rossa, le 26 mars 2008

jeudi 3 avril 2008, par Nicolas Pelletier

Dès que Why ? s’élance sur la scène de la Sala Rossa, en ce froid mercredi soir, on réalise que leur performance va être quelques coches au-dessus des groupes qui ont réchauffé (ou tenté de réchauffer) l’ambiance. Le quatuor basé en Californie et mené par le poète et percussionniste Yoni Wolf a effectivement rapidement démontré son savoir-faire avec son indie rock folk unique, sur lequel Wolf « rappe » avec une verve assez soutenue.

Ayant tourné en support de Yo La Tengo l’an dernier, Why ? en était à son premier passage à Montréal en tant que tête d’affiche. À les voir aller, chaque membre de Why ? maîtrise complètement son instrument et semble à l’aise dans la construction de chaque chanson. Dans cette zone de confort, Yoni Wolf peut se permettre de livrer ses textes avec le sérieux et le mordant qui le caractérisent, accentuant souvent le rythme en agrippant divers maracas, cymbales, caisse claire ou claviers donnant une liberté accrue à son très frisé frangin, le batteur Josiah Wolf. Why ? exploite une kyrielle de détails musicaux qui rendent ses performances fascinantes à regarder. Leur musique est solide, efficace et captivante dès la première écoute.

Contrairement à leur tout récent album Alopedia, sorti il y a à peine trois semaines et qui met surtout les mots de Yoni en valeur, leur performance scénique laisse une plus grande place aux excellents musiciens qui entourent le parolier. Bien sûr, les propos ironiques et acerbes de Yoni demeurent le centre d’attraction de Why ?, et avec raison : on n’avait pas entendu un « street poet » de ce calibre depuis John Darnielle (Mountain Goats), voire depuis Lou Reed. En concert, on a davantage la chance d’apprécier le talent flamboyant de Josiah, merveilleux percussionniste et xylophoniste (oui ! Il joue les deux instruments simultanément), adepte des syncopes et rythmes originaux, ainsi que des discrets multi-instrumentistes Doug McDiarmid et Matt Meldon, dont la jambe fracturée semblait faire encore souffrir.

Peut-être un peu moins agressif qu’il y a un an au National, Why ? a définitivement gagné en confiance. Le verbomoteur qu’est Yoni est un véritable phénomène en soi : sa poésie est urbaine et acerbe, mais elle est aussi foncièrement humaine et personnelle. Vraiment intéressant !

Deux mots, en terminant, sur Cryptacize et Sister Suvi, les deux groupes qui ont précédé Why ? ce soir-là à la Sala. Sister Suvi mettait en vedette la fort expressive Merrill Garbus, une Vermontoise maniant le ukulélé électrique (!) qui nous a donné quelques bons moments lorsque sortis du brouillon dans lequel ils nagent parfois. Mais Cryptacize, de Californie, était d’un mortel ennui. La voix de Nedelle Torrisi est angélique, mais ce trio a la mauvaise habitude d’assassiner toute montée musicale en égrenant maladroitement deux ou trois accords au beau milieu d’un refrain, brisant tout rythme. Pénible.

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