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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Clair obscur

TIMBER TIMBRE

Samedi 3 décembre 2011, Église Saint-Jean Baptiste, Montréal

mercredi 7 décembre 2011, par Vanessa Hauguel

Le spectacle se voulait bien à l’image de leur esthétique enracinée dans leur blues sombre et marécageux.

Une ambiance étrange, début d’hiver, église trop grande, trop pleine, la foule fébrile, un peu morose mais contente d’être finalement au chaud, est dans l’attente de l’extase. La première partie avec une Agnès Obel est absolument éblouissante, soutenue par un décor et une acoustique qui donne une autre portée à sa musique, plus portante encore, sa voix passait sans doute au travers des murs.

Le son, entre le froid et le chaud, à la fois fragile et herculéen d’Agnès et du violoncelle ont imprégné l’air et allaient droit à la foule comme un vent incontournable. Une Riverside et Philarmonics renversantes, à faire pleurer les statuts font oublier les quelques problèmes, ou plutôt insatisfactions d’Obel avec le son, puisque le public est charmé et n’y voit que du feu. Elles quittent, laissant la salle comme après une hécatombe, encore ébahie.

L’église Saint-Jean Baptiste est ensuite plongée dans une atmosphère assombrie, bien à l’image de l’esthétique du blues marécageux de Timber Timbre et de Creep On Creepin On. Pendant que la scène se plonge dans le noir et que de petites lanternes rouges accrochées à leur micro annonce une tonalité plus obscure, Obelisk retentit et Timber Timbre se glisse sur scène. Ouverture en grand, avec Bad Ritual. La salle prend des airs cinématographiques et fantasmagoriques.

Les jeux de lumières fantomatiques illuminent le dôme, détourne l’attention et impressionnent plus que le spectacle en soit ou presque. Les réverbérations de la guitare de Simon Trottier et la voix tonitruante de Taylor Kirk résonnent et emplissent l’église d’une intensité palpable.

Cela dit, derrières ces réverbérations, un son indésirable se fait entendre et Kirk ne semble pas en mesure de s’en débarrasser et assez déplorable, l’équipe de son non plus…Malheureusement, celui-ci demeurera omniprésent tout au long du spectacle, si ce n’est que pour un petit moment de répit pendant Magic Arrow, ces quelques difficultés et problèmes techniques, quoique bien gérés par Kirk, parviennent à nous faire décrocher d’une ambiance qui aurait pu nous emporter bien plus loin dans les bas-fonds de Timber Timbre. L’ambiance tant recherchée se défait un peu : on passe d’un ton sérieux creepy à un running gag entre Kirk et le public sur les problèmes de son, le tout dans une église aux airs grandioses, ne l’oublions pas.

Même si le groupe ne se prend aucunement au sérieux, l’ambiance qui à priori devait être plus grave et qu’il semblait avoir installé bien soigneusement, en prend un coup. Peut-être qu’il en aurait fallu d’un peu moins pour que le fil entre chaque chanson, qui s’enchaîne dans un ordre plus ou moins fluide, ne se brise pas. Ou du moins, pour que le rythme qui se fondait jusqu’à se confondre, ne crée pas chez certains l’aphasie.

Cela dit, pour d’autres c’est l’apothéose, un spectacle plus-que-parfait. Pour ma part, spectacle aux belles ambitions et intentions, mais pas tout à fait accompli peut-être. Cela n’empêche pas quelques moments de grâce, plusieurs suivant pendant Magic Arrow ou encore avec Woman, où certaines passes sont d’une intensité remarquable et frôlent un sentiment apocalyptique. Si l’on reste en apesanteur sans atteindre l’apogée tant attendu, c’est peut-être parce qu’ils se surpassent déjà, trop vite, et que cette apogée devient impossible. On assiste à quelques moments de musique grandiose certes, où la justesse de Kirk et Trottier se suivent et se mêlent avec une complicité et une synergie belle à voir.

Malgré les interventions et les moments où Kirk s’ouvre au public, avec bonhomie et humilité, une partie de la foule semble demeurer en dehors, quoique moins frileuse vers la fin, une partie du public demeure en attente d’un grand brasier ; bien assis, un peu solennels, cordés sur ces bancs dans l’immense église devant ce beau spectacle, quelque peu affables, tandis que d’autres en sortent plein la berlue. Peu importe, si ce n’était qu’une mince étincelle ou un brasier, Timbre Timbre a su réchauffer l’église Saint-Jean Baptiste au grand complet et nous mettre en haleine pour plus encore.

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