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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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6, 7, 8, 9 et 10 février 2007

The Arcade Fire

dimanche 18 février 2007, par Jean-François Sénéchal

Après Londres, avant New York : Montréal. La bande de Win Butler et Régine Chassagne s’est arrêtée dans la métropole pour donner une série de cinq concerts à guichets fermés, les 6, 7, 8, 9 et 10 février. Grâce à l’incroyable engouement dont profite Arcade Fire depuis la parution de leur premier album, Funeral, les billets se sont envolés dans les quelques minutes qui ont suivi leur mise en vente. Les prestations furent données dans une salle aux dimensions réduites, l’édifice de la Fédération ukrainienne, sise rue Hutchison, dans le Mile End. Cette ancienne église convenait parfaitement à ces concerts de rodage précédant la sortie du bien nommé Neon bible, album on ne peut plus attendu, prévu pour le 6 mars.

L’insistance de la formation à se produire dans des salles à taille humaine a cependant eu pour effet de limiter les billets disponibles, de créer un effet de rareté et d’engendrer une véritable flambée des prix pour les billets revendus sur le Web. Cependant, cinquante laissez-passer supplémentaires furent mis en circulation la journée même de chaque concert. Les billets étaient uniquement disponibles à la boutique de musique indépendante L’Oblique, et les fidèles ont bravé les rigueurs hivernales pour faire la file plusieurs heures avant l’ouverture du magasin. Si ces billets ont permis à 250 personnes de plus d’assister aux concerts à un prix raisonnable, l’effet de rareté n’a pas été supprimé pour autant.

Les files d’attente nocturnes, créées par cette mise en circulation tardive de quelques billets, ont eu pour résultat d’accroître la médiatisation de l’événement. Elles ont également participé à la construction de ce que certains journalistes perçoivent désormais comme « le mythe Arcade Fire ». Ce mythe prendrait notamment racine dans les rapports mitigés qu’entretient Arcade Fire avec le succès et les médias, tout comme dans son désir de demeurer une formation elle aussi à taille humaine. Le résultat : une image d’authenticité et d’indépendance extrêmement séduisante. Mais la formation pourra-t-elle longtemps résister à la pression inexorable qui s’exercera sur elle ? Car si elle se veut encore le petit « band » convivial du Mile End, elle est dorénavant, et peut-être bien malgré elle, un phénomène d’ordre mondial. Or, pour l’instant, la perception que la formation a d’elle-même est paradoxalement, par ses effets indirects, l’un des ingrédients de son succès.

Mais toutes ces considérations passent à côté de ce qui fait la véritable force d’Arcade Fire, surtout perceptible sur scène : Arcade Fire, c’est avant tout une énergie, une volonté de vivre et de chanter ensemble. Ici, la mélodie est fusionnelle, les bouches partagent le même cri, les musiciens jouent coude à coude. Les instruments sont échangés, le concert a une valeur « communielle ». Aussi, au début ou à la fin des concerts, les musiciens ont l’habitude de jouer hors de la scène, non pas devant, mais « dans » la foule. La musique devient inclusive, fusion de tous et chacun dans une même totalité. L’expérience religieuse et musicale primaire.

Et le programme ? Il était principalement composé de morceaux tirés de Neon bible. Les quelques pièces qui circulaient depuis quelques mois sur le Web, notamment les excellentes Black mirror et Black wave/bad vibrations, ont eu droit de cité. De l’écoute de ces pièces se dégage l’évidence d’un constat : Neon bible s’annonce comme un très digne successeur de Funeral. La tonitruante Wake up, tirée de Funeral, peut-être la pièce la plus fusionnelle du répertoire d’Arcade Fire, est bien sûr demeurée un morceau incontournable, de même que Neighborhood 3 (Power out) et Rebellion (Lies). Certains auditeurs ont également eu droit à une surprenante digression quand Chassagne a entamé Poupée de cire, poupée de son, le vieux succès de France Gall.

Habitant littéralement une scène pleine à craquer, les dix musiciens ont offert des prestations d’une durée moyenne, mais, comme à leur habitude, d’une grande intensité. En fin de soirée, les sourires étaient béats et les esprits bien remplis. Plusieurs avaient cette impression d’avoir participé à une expérience unique et d’être pour un instant entré dans un monde où tout est encore possible. Jeudi soir, à la sortie de la salle, une neige légère tombait. Tiens, on en avait oublié le froid et la noirceur.

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