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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Tattie Toes et Alasdair Roberts

SUONI PER IL POPOLO 2012 (4)

Du 6 au 23 juin 2012, Montréal

samedi 23 juin 2012, par Frédérick Galbrun

Mercredi 13 juin, la délégation écossaise terminait sa série de prestations au Suoni avec le groupe Tattie Toes (photo) et le chanteur folk Alasdair Roberts.

Tattie Toes est un quatuor qui partage trois membres avec le One Ensemble, sauf que Daniel Padden est remplacé par un joueur de basse électrique, arborant fièrement un chandail des Minutemen. Le spectacle a débuté d’une étrange façon ; la basse et la batterie, seuls sur scène, se sont lancé dans un duo juxtaposant du « slapbass » à la Primus, soutenu par des roulements et ricochets proche du free-jazz. J’ai été surpris par la confrontation « free-prog » et ma raison ne pouvait que chercher des arguments à opposer à cette mixture indigeste. Les choses se sont replacées quand les autres musiciens sont montés sur scène, en rajoutant une touche mélodique avec de la clarinette et du violoncelle. Les quatre musiciens sont alors entrés dans une zone plus proche du folk/free-jazz, avec des lignes de basse musclées et rythmiques. D’ailleurs, la présence de la basse électrique à l’avant-plan donnait lieu à une sorte d’anachronisme esthétique, parfois intéressant mais surtout questionnable. D’autant plus que le leader affichait cet air de « je m’en foutisme » emprunté au punk, qui sied mal à des musiciens grisonnant. Tattie Toes descendent en ligne directe du mouvement Rock In Opposition, fortement habités par l’esprit du groupe Henry Cow. Le bassiste faisait d’ailleurs penser à Fred Frith dans la façon dont il jouait son instrument, surtout comment il préparait sa basse avec des tiges de métal pour en tirer des sons involontaires et aléatoires. Il nous a quand même offert un beau moment en jouant avec un ensemble de cloches, accordées sur différentes tonalités. Sur disque, Tattie Toes sont accompagnés d’une chanteuse à la voix particulière, qui réfère de façon encore plus évidente à Henry Cow et Dagmar Krause. Heureusement pour moi, celle-ci était absente pour ce spectacle. Un groupe qui ne serait pas hors-propos dans un festival rétrograde comme le FIMAV…

Pour sa part, Alasdair Roberts s’est amené seul sur scène avec sa guitare. Celui-ci a sorti plusieurs disques sur l’étiquette Drag City et il y avait fort à parier que son spectacle allait être de qualité. Sauf que l’offrande allait être dépouillée des arrangements particuliers qu’on a pu entendre sur certains de ses albums et se rapprocherait plus des ballades de son disque « Spoils ». Avec un prénom comme le sien, on peut difficilement mieux incarner le folk rural britannique, où l’Écosse transpire dans l’accent, les inflexions de chant et les mélodies. Ce folk se distingue particulièrement de celui américain, car ses racines plongent dans les entrailles de l’invention de la langue et les références remontent à l’époque médiévale. En tant que fidèle héritier de John Renbourn et Pentagle, Roberts a entamé un monologue de textes poétiques, épiques, se rattachant à une mythologie guerrière et terrestre propre à l’Angleterre pré-industrielle. Les pièces empruntées au répertoire folklorique oscillaient entre la berceuse et la chanson à répondre et l’adaptation de certains textes médiévaux mettait en relief un aspect ringard, dont je ne pouvais faire abstraction. Roberts devenait beaucoup plus intéressant quand il s’éloignait de l’idiome traditionnel, pour revenir vers un folk plus moderne. Il a d’ailleurs alterné entre différentes pièces de son répertoire et des chansons du folklore, partageant aussi avec l’auditoire des nouvelles compositions qui paraîtront sur son prochain disque…mais le résultat ne m’a pas convaincu.

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