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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Seul ensemble

SUONI PER IL POPOLO 2012 (3)

Du 6 au 23 juin 2012, Montréal

mercredi 20 juin 2012, par Frédérick Galbrun

Mardi 12 juin à la Casa Del Popolo, avait lieu le concert de Sarah Kenchington et du One Ensemble. J’anticipais grandement la performance du One Ensemble (photo) car il s’agissait d’une rare chance de voir ce groupe à l’œuvre. D’emblée, je suis un grand fan du groupe Volcano the Bear dont fait parti Daniel Padden, l’homme derrière cet ensemble unaire. Ce spectacle marquait aussi la sortie de leur nouvel album « Oriole », sur l’étiquette britannique alt.vinyl.

À mon arrivée, le One Ensemble était installé de façon circulaire sur le plancher de la Casa, occupant presque tout l’espace. Quatre musiciens jouant du violoncelle, clarinette, percussions, dont Daniel Padden qui se partageait entre la clarinette et la guitare acoustique. C’est ce dernier qui semblait diriger le groupe dans les compositions. Les autres musiciens s’échangeaient des courts thèmes musicaux, qu’ils répétaient de façon cyclique. J’ai été frappé par la récurrence du thème de la circularité ; circularité au niveau de la disposition physique, de la musique, mais aussi par le O qui débute le nom du groupe. À cet instant, les choses ont fait plus de sens ; à travers les échanges de lignes mélodiques entre la clarinette et le violoncelle, les déplacements du percussionniste dans le reste de la salle de la Casa et un chant écossais très près du folklore. Le One Ensemble nous entraînait dans un tourbillon où on était exposé tour à tour à la familiarité de la musique folk, l’intensité de l’improvisation et l’étrangeté d’une forme de musique de chambre, mise en relief par la répétition des motifs. Les membres du One Ensemble faisaient corps, dans une cohésion soutenue par les schèmes et les crescendos, où culminait parfois un chant s’apparentant à un cri, émanant de l’axe du cercle. Les quatre musiciens étaient des rayons de ce cercle et cherchaient l’algorithme dans le déploiement de leurs angles, afin de trouver le chemin le plus court vers l’extase. Ils sont parvenus à nous faire vivre un moment chargé d’intensité, digne d’un très grand spectacle.

Par la suite, Sarah Kenchington s’est installée derrière une machine de sa création qui trônait sur la scène de la Casa ; une espèce d’orchestre de tuba et d’euphonium, relié à une chambre à air de voiture, remplie par deux soufflets de matelas gonflables activés par les pieds. Le tout était surmonté d’un clavier de machine à écrire dont les lettres frappaient une peau de tambour ; sorte de tatouage percussif permettant de laisser une trace rythmique derrière le souffle désharmonisé de l’ensemble. Debout derrière sa machine, Sarah Kenchigton ressemblait plus à un savant fou qu’à une musicienne. Pour une première pièce, elle s’est fait accompagner par les deux clarinettistes du One Ensemble afin de créer une mélodie du souffle ; libre, indomptable et abstraite. Visuellement, la création de Sarah Kenchigton m’a fait penser à une énorme bête mécanique, s’étant échappée d’une autre époque. Une rencontre entre le baroque et l’ère industrielle, donnant l’impression d’entendre une pièce jouée avec un harmonium en cuivre désaccordé. La pièce qu’elle a joué en solo mettait en relief le bruit des soufflets sur lesquels elle alternait ses pas et encore, l’image de la bête, à bout de souffle, qu’on fait respirer de façon artificielle. Une bête agonisante qui menaçait à tout instant de rendre son dernier soupir. Après avoir versé de l’eau dans le tuba, on aurait cru qu’elle redonnait vie à l’animal, lui permettant de reprendre des forces, mais celui-ci semblait plutôt tenter de communiquer par des gargouillis sonores tenus, qui faisaient penser aux saxophonistes Evan Parker ou Colin Stetson, lorsqu’ils utilisent la technique de respiration circulaire. Il faut souligner aussi le très beau duo qu’elle a fait avec Alasdair Roberts au chant.

Finalement, le One Ensemble est monté sur la scène de la Casa pour une deuxième performance, toute aussi intéressant que la première. Les pièces étaient cependant plus rythmées et intenses, jouées avec moins de retenue que dans la première partie. J’ai été impressionné reçue par le jeu libre et déchaîné du violoncelliste, mais l’impression précédemment était encore trop vivide pour me laisser toucher à nouveau.

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