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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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À bout de souffle

SUONI PER IL POPOLO 2011 (4ième partie et fin)

Semaine du 19 au 26 juin 2011, Montréal

lundi 27 juin 2011, par Frédérick Galbrun

Au fur et à mesure qu’avance le mois de juin et que s’enchaînent les spectacles à un rythme effréné, la fatigue et les obligations commence à reprendre tranquillement le dessus.

Casa Del Popolo19 juin

Je n’avais pas prévu me rendre au spectacle de Lichens et Soft Circle ; les deux s’adonnent à un genre musical qui ne m’attire pas vraiment. Je me suis tout de même déplacé, prenant mon rôle de chroniqueur au sérieux. Heureusement car j’ai pu assister à la première partie du groupe local Souffle, duo formé de Jean-Sébastien Truchy (ex Fly Pan Am ) et Ricardo Lucchesi de Ghost Limbs. J’avais entendu des choses intéressantes sur une prestation passée et j’étais intrigué de les voir en show. Je savais qu’ils mettaient de l’avant le côté performance théâtrale en invitant deux actrices sur scène pour donner une profondeur visuelle. Pour ce spectacle, les deux performeuses étaient tout de blanc vêtues et ont commencé par laver des vêtements sur un lavoir à main pour ensuite progressivement se centrer sur elles-mêmes. À l’aide d’éponges et de brosse à récurer, les deux jeunes filles se sont compulsivement frotter les cuisses et le haut du corps avec une eau teintée, rougeâtre foncée. Le rituel m’a fait penser à un acte obsessif compulsif, m’induisant même des images de junkies en manque, se grattant jusqu’à arracher les bouts de peau cicatrisés de leurs ulcères. Voilà pour l’aspect visuel. Musicalement, Souffle s’est avéré un mélange agréable de beats et de noise mais rien de particulièrement excitant. Cela aurait pu être compensé par les cris et vocalisations distortionnées de J-S Truchy mais ceux-ci n’ajoutaient rien de bien nouveau. Quand Soft Circle a commencé sur scène, j’ai regretté ma décision d’être venu. Auparavant duo composé de Ben Vida et Hisham Bharoocha, c’est uniquement ce dernier qui s’est présenté à la Casa del Popolo. Les premières pièces étaient des rythmiques fades sur des de nappes percussives électroniques jouées sur un synthé, superposées les unes sur les autre. J’ai décroché après à la troisième pièce, ratant du même coup le set de Lichens…tant pis.

Casa del Popolo 20 juin.

Une soirée vraiment intéressante se profilait à la Casa pour ce lundi soir, où enfin on pouvait assister à une performance live de la montréalaise exilée sur la côte-ouest américaine Geneviève Castrée, aka Ô Paon, ex-Woelv. Cette dernière nous a offert des disques très intéressants chantés en français qui valent la peine d’être découverts. En plus de Ô Paon, il y avait au programme le trio britannique Dead Rat Orchestra et le guitariste montréalais Eric Chenaux.

Dès le début du spectacle, Dead Rat Orchestra m’a beaucoup impressionné. Un trio de mutli-instrumentiste, qui joue un folk improvisé, agrémenté d’échantillons et de fields recordings. Les trois musiciens se sont montrés très imaginatifs. Seul bémol, les pièces qu’ils ont jouées m’apparaissaient souvent comme des embryons de chansons, qui tardaient à naître et à se développer et bien souvent¸ elles ne le faisaient pas. Par la suite, Ô Paon est montée seule avec sa guitare et a livré ses chansons fragiles comme des berceuses, d’une voix encore timide malgré quelques envolée intéressantes. De belles chansons apaisantes, méditatives pour la plupart. Eric Chenaux nous a montré pour sa part qu’il était un habitué ; il a sorti cette année son troisième disque sur Constellation et son expérience de scène, son aisance, est palpable. Pour la première pièce, il était accompagné des musiciens du Dead Rat Orchestra, mais s’est retrouvé seul par la suite pour finalement clore le spectacle avec eux. Car si j’ai bien compris, Chenaux a déjà tourné avec eux au Royaume-Uni. Ce dernier n’a pas la meilleure voix, mais il prend des risques à la guitare qui rendent sa musique excitante et intéressante. Il mélange allègrement folk et free-jazz pour créer des morceaux séduisants qu’il n’a pas peur de faire éclater en milles morceaux. Il se permet souvent des moments d’improvisations le rapprochant du jazz ou de la recherche artistique d’un Derek Bailey. De plus, j’ai rarement vu quelqu’un utilisé les effets sur sa guitare d’une façon aussi risquée, mais très bien réussie. Une très belle soirée.

J’aurais aimé voir plus du Suoni, la fin s’annonçait palpitante au niveau free-jazz, mais comme mentionnées plus haut, les obligations ont repris leurs droits sur un festival qui, après 11 ans, se veut encore un tour de force. Le Suoni Per il Popolo, c’est près de quarante spectacles répartis sur 20 jours, probablement un de seuls festivals du genre au monde. Encore une fois j’y ai fait des découvertes intéressantes et pu voir des groupes que j’attendais avec impatience. Mes moments forts ont définitivement été les spectacles de Bill Orcutt, Volcano the Bear, Locrian et Dead Rat Orchestra. Bill Orcutt restant probablement un des meilleurs shows vu cette année.

À la prochaine

Frédérick Galbrun aka Khyro lekhyroscope.blogspot.com