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Pour l’oreille attentive

SUONI PER IL POPOLO 2011

Du 5 au 25 juin 2011

vendredi 3 juin 2011, par Frédérick Galbrun

Du 5 au 25 juin prochain aura lieu la onzième édition du festival Suoni Per Il Popolo. 11 années passées à défier les normes, les conventions et les goûts acquis. Les gens derrière la programmation de ce festival osent, en prenant une avenue délaissée par tant d’autres, soit celle de la musique expérimentale. Dénomination floue, à la limite fourre-tout car définir l’adjectif « expérimental » est une tâche ardue. D’ailleurs, lorsque ce mot est associé à celui de musique, on peut tout aussi bien redéfinir ce que musique veut dire. Voilà donc un festival de musiques libres, libres du consensus social, d’un statu quo culturel qui finit, pour bien des amateurs, généralement en cul-de sac.

Pour les néophytes, l’initiation sera difficile, le passage demande d’être ouvert d’esprit, de ne rebuter aucune expérience sonore et surtout, de suivre son instinct. Pour les autres, ceux qui nécessitent un guide, une lanterne, voici une sélection de spectacles qui ont retenu mon attention cette année :

Tout d’abord, le série de concerts intitulée « Musique Illuminée » amène son lot de performances qui promettent d’être intéressantes. Pour cette série, il sera question de musique et d’arts visuels, plus précisément de vidéos, films et d’images en direct. Pour ceux pour qui l’audition n’est pas une fin sensorielle en soi. Plusieurs concerts méritent qu’on s’y arrête.

Le 5 juin à la Sala Rossa, Lisa Gamble, du projet Gambletron, a rassemblé un groupe de près de 20 musiciens qui improviseront les trames sonores d’un paquet de petites expériences visuelles. Les musiciens seront répartis en différents groupes et devront alors s’adapter à un contexte visuel inconnu ainsi qu’à des partenaires d’improvisation impromptus.

Dans cette même série, le 8 juin à la Sala Rossa aura lieu la rencontre de deux titans ; Shalabi Effect et Volcano the Bear. Shalabi Effect ne devrait pas nécessiter de présentation mais ce groupe demeure encore trop méconnu. Figure de proue d’une musique improvisée psychédélique à Montréal, le quatuor Shalabi Effect est composé de Sam Shalabi à l’oud, Will Eizlini aux tablas et électroniques, Alexandre St-Onge à la basse et électroniques et Anthony Seck à la guitare. Cependant ce groupe a l’habitude de se produire avec des invités et dans des formats variés. On peut donc s’attendre à tout. Volcano the Bear est une visite rare et exceptionnelle. Originaire d’Angleterre, ce trio ne s’est jamais produit à Montréal. Il s’agit d’un de mes groupes favoris, groupe qui devrait plaire aux fans des Sun City Girls ou autre trouble-fêtes musicaux du genre.

Finalement, le 15 juin, c’est le projet de Radwan Moumneh, Jerusalem In My Heart qui sera sur la scène de la Sala Rossa. Spectacle gratuit, les rares prestations de Jerusalem In My Heart sont des évènements en soi qui se déroulent souvent à guichet fermés sans tapage médiatique, De la musique moyen-orientale psychédélique, menée d’une main de maître par M. Moumneh, tant au niveau musical que visuel. À ne pas manquer.

Maintenant, pour le reste du festival :

Le 7 juin, à la Casa Del Popolo, le guitariste Bill Orcutt du groupe Harry Pussy est un incontournable. Il a fait paraître en 2009 et 2010 deux albums de guitare solo qui ont été encensés par la critique. Son jeu est intense, assonant et abrasif. Il paraît que live, c’est d’une intensité palpable.

Pour les amateurs de jazz, ils auront l’honneur de voir le 8 juin le saxophoniste/pianiste Charles Gayle dans l’intimité de la Casa. Gayle est une légende du free-jazz qui a survécu aux années soixante. C’est un honneur et un coup de maître de la part du Suoni que d’offrir aux aficionados du genre un spectacle d’un artiste de cette trempe.

Une autre légende, est le guitariste japonais Keiji Haino qui jouera le 10 juin à la Sala Rossa. Habitué des festivals tels le FIMAV, il sera curieux de voir cet excentrique personnage dans le cadre du Suoni. Dans le registre noise, le lendemain à la Casa on retrouve le groupe Borbetomagus. Certains disent qu’il s’agit d’un des groupes les plus intenses de notre époque. Béliers qu’on écorne, les saxophones de Jim Sauter et Don Dietrich entrent dans un combat sans merci avec la guitare de Donald Miller, où la victime risque fort d’être le spectateur terrassé.

Pour ceux qui se sentent moins explorateurs dans l’âme, le dimanche 12 le Il Motore recevra la chanteuse folk Alela Diane, qui sait conjuguer sa superbe voix à sa personne. Son dernier passage à Montréal lui a permis de solidifier sa base d’admirateurs. Pour du folk à l’esthétique largement inspirée des années soixante.

Même s’il a joué au festival de Jazz de Montréal l’année dernière, le chanteur syrien Omar Souleyman revient à Montréal, en salle cette fois-ci. Je suis très curieux devoir quelle tournure prendra ce spectacle à l’intérieur d’une Sala Rossa qui risque d’être trop petite pour accueillir les nombreux fans du chanteur aux lunettes d’aviateur.

Le 14 juin la Casa del Popolo accueille le chanteur du groupe Lungfish, Daniel Higgs. Il y a trois ans, j’ai eu la chance d’assister à un spectacle solo de M. Higgs à l’ancienne Casa. Rarement un spectacle ne m’a autant transporté que celui-ci. Un homme, un banjo, une voix et une présence absolument hypnotisante. Pour du folk minimal hautement inspiré de mysticisme.

Finalement, le 22 juin, il ne faut pas manquer le spectacle du groupe de free-jazz The Thing. Ce n’est pas la première fois que ce groupe se produit à la Sala Rossa et cette année risque d’être tout aussi mémorable. Accompagné du saxophoniste Joe McPhee, le trio dirigé par le saxophoniste Mats Gustafsson en jette. Ils n’hésitent pas à piquer des mélodies aux White Stripes et à d’autres groupes rock pour créer une musique physique, mélodique et entraînante. Pour aller plus loin que le free-jazz.

Au niveau local, Le Suoni Per Il Popolo se présente comme une vitrine intéressante pour de nombreux groupes montréalais contribuant à la foisonnante scène expérimentale. Outre ceux déjà mentionnés, on retiendra la chanteuse folk Molly Sweeny le 6 et le duo garage/punk/noise/freak Tonsstartssbandht le 9 au Il Motore. Les amateurs de noise y trouveront leur compte avec Whilst le 14 et lors du Wyrd Fest le 20 à la Sala Rossa. Soulignons aussi le projet solo de Roger Tellier-Craig (ex Fly Pan AM et Pas Chis Chic), Le Révélateur, le 21 et le groupe prog/noise Léopard et Moi le 23, les deux à la Casa del Popolo.

Bon festival.

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