[]

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Concert > RICHARD YOUNGS + LE FRUIT VERT

Particules flottantes

RICHARD YOUNGS + LE FRUIT VERT

Vendredi 13 octobre 2013, Casa Del Popolo, Montréal

mardi 17 septembre 2013, par Frédérick Galbrun

Lorsqu’a débuté la promotion du concert de Richard Youngs à Montréal, mon cœur s’est enflammé, m’enjoignant à tout mettre en place pour assister à ce spectacle. Cet incontournable de la musique alternative ne traverse l’Atlantique que très rarement, sa dernière performance dans notre ville remontant en 2005, alors qu’il ouvrait pour Silver Mt. Zion. Ce trublion de la scène expérimentale britannique est un touche-à-tout ; véritable figure iconoclaste il a, depuis 1982, fait paraître une multitude d’albums passant du folk, au rock progressif, de la guitare acoustique à l’électronique, en transperçant sa démarche de « drones » et d’expérimentations plus obtuses. Au début du mois de septembre il a fait paraître un énième album sur l’étiquette américaine Ba Da Bing Records, « Summer Through My Mind » se voulant un album qualifié de « country ». Tout ce précédent devant servir de justification à une tournée nord-américaine attendue depuis longtemps.

Son passage à Montréal a été défriché par le duo local Le Fruit Vert, composé de Marie-Douce St-Jacques et de Andrea-Jane Cornell ; deux figures discrètes de la scène musicale montréalaise mais qui y sont impliquées depuis des lustres. Andrea a été directrice musicale ainsi qu’animatrice à CKUT pendant des années, alors que Marie-Douce s’est fait connaître comme chanteuse et claviériste au sein du groupe Pas Chic Chic. Les deux sont également colocataires depuis 15 ans et en 2011, elles ont décidé de mettre à profit une complicité réelle dans un projet artistique. Soulignons que le label montréalais Los Discos Enfantasmes devrait sortir un premier album pour le duo, en format cassette. Pour cette soirée, les deux comparses se sont attelées à leurs claviers et divers instruments pour créer une musique onirique, répétitive et planante, dans l’esprit de ce retour nostalgique aux synthétiseurs analogiques. Le duo a offert un mélange de claviers, de mélodica, de voix et de bandes préenregistrées pour nous faire pénétrer dans un univers particulier, étrange, qui dépasse le cadre usuel de cette rencontre entre acoustique et électronique. La rencontre se fait d’une façon qui apparaît plus spontanée, ce qui permet au Fruit Vert de prendre certains risques et d’éviter de se satisfaire d’une sonorité uniforme et homogène, se donnant naissance dans les aspérités et discontinuités s’échappant des deux longues pièces éthérées qu’elles nous ont offert lors de cette soirée.

Richard Youngs s’est présenté seul sur scène avec sa guitare acoustique et l’épithète « country » qui dirigeait nos attentes a pris une signification plus folk. Seul, dénudé d’effet et d’artifices, Youngs s’est présenté sous son aspect le plus touchant, le plus humble, nous permettant d’apprécier le côté lyrique et poétique de son œuvre. Car après l’avoir entendu de nombreuses fois sur disques, c’est sa voix qui d’emblée de détache et devient reconnaissable entre milles par sa familiarité. En feuilletant ses mots dans un cahier posé devant lui d’une main parfois hésitante, la planification aléatoire du spectacle contrastait avec les accords répétitifs et hypnotiques de guitare. À l’intérieur de ce paradoxe entre les structures Youngs a ponctué les chansons à la guitare avec de superbes a capella : en maintenant une ligne directrice de chansons tristes, belles et subtiles, nous permettant de réaliser comment, le chanteur est habité d’une créativité extraordinaire et d’un bagage musical des plus particuliers. Sa performance s’est construite de chansons tirées de ses différents albums ; on a été particulièrement happé par la superbe « Spin Me Endless In The Universe », provenant du tout nouveau « Summer Through My Mind », laissant présager de très belles choses pour cet album. On a retenu aussi cette version a capella de « Stranded Horses » de l’album « Autumn Response ». Lorsque Richard Youngs a demandé aux spectateurs de l’accompagner sur la chanson « Life On A Beam » (de l’excellent disque « Naive Shaman »), on est resté mal à l’aise, pris d’un rire nerveux, conscient de la difficulté occasionnée par un tel exercice. D’ailleurs, Youngs le savait très bien et nous a fait entrer pour un moment dans un monde absurde de participation du public où, grâce à de l’autodérision, un moment exceptionnel a été crée en nous demandant de réaliser l’impossible. Car Richard Youngs fait parti d’une catégorie d’artiste qui peut se permettre de faire de telles choses ; ses fans son prêts à le suivre. Après tout, la plupart l’ont suivi dans ses nombreux disques et ses maintes explorations. Dans sa simplicité, il a offert un grand spectacle ; un superbe moment d’intimité entre lui et son public. Encore faut-il être capable d’apprécier le minimalisme de la performance d’un grand artiste. Pour quelqu’un ayant déjà mentionnée trouver l’idée de faire des shows très difficile et exigeant, il est parvenu à nous montrer que les qualités nécessaires pour un spectacle extraordinaire ne sont pas toujours celles qu’on pense.

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0