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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Deux opinions

RESIDENTS, THE

En concert au Club Soda, 29 mars 2011

jeudi 31 mars 2011, par Nicolas Pelletier, Olivier Boivin

Meurtres, chaos et autres proses macabres Par Nicolas Pelletier

Est-ce que les vieux fans des Residents, ceux qui appréciaient Eskimo, Not Available, The 3rd Reich’n’Roll et même The Commercial Album, aiment toujours le mythique groupe californien ? Suivent-ils avec le même intérêt les délires archi-violents, pathétiquement dérangés et autres scènes macabres de meurtres de bébé ? Pas sûr...

Randy, le seul cerveau restant du quatuor (Carlos ayant pris sa retraite) est maintenant déguisé en clown portant une jaquette. Le haut du visage masqué, il a l’air d’un humain (vieillissant), brisant plus que jamais, je suppose, le mystérieux mythe des Hommes Globes Oculaires que personne n’a jamais vus. Ne sachant que faire de son corps d’humain, Ralph fait des pas de danse ridicules, comme s’il se séchait les mains, à droite, à gauche... Pathétique.

Bob et Chuck se chargent de l’ambiance, coiffés d’un étrange tas de dreads, masqués en noir et portant chacun un veston rouge scintillant. Les deux faire-valoir de Randy (qui oscille entre agressivité et maladie mentale) produisent une musique intense et opaque, qui se rapproche plus souvent des films d’horreur de série B que de l’héritage absurde (et souvent humoristique) des anciens albums des Residents. On rencontre vite la surdose d’effets vocaux transformant la voix de Randy.

Reste la mise en scène. On est invités dans le salon de Randy, où trône son feu de foyer et le sofa dans lequel il pose son derrière entre deux titres. Inventif, Randy projette des extraits vidéo de personnages intervenants dans ses lugubres histoires sur des écrans ronds surélevés. L’aspect visuel est sans doute le (seul) point fort de ce spectacle.

Finalement, aucun classique n’a été interprété. Randy, Chuck et Bob s’en tenant au répertoire récent (et noir) de la formation, qui roule sa bosse depuis 1972.

Bref, voilà une expérience musicale qui tourne au vinaigre...

The Residents se préparent pour la résidence de personnages âgés ! Par Olivier Boivin

Plus de 40 ans de carrière, de folies et d’expérimentations avant-gardistes sur plus d’une cinquantaine de disques et de coups de théâtre pour la formation la plus intrigante en matière de rock disjoncté, qui nous promettait une prestation magique au Club Soda. Or, The Residents, ça se reconnaît et se définit sans qu’on n’ait à penser : tout se sent une fois monté sur la scène du Club Soda, c’est l’apocalypse incarné, mais pas à chaque visite. Dans une atmosphère angoissante, démoniaque (des cris, des démons et des fantômes), enivrante (The Monkey Man de l’album Animal Lover) et hypnotisante (basse amplifiée, batterie métallique et rythme pesant), les Residents savent marquer le spectateur à chacun de leur passage en ville, sans intention véritable, contrastés comme toujours entre rage et euphorie.

Sur cette même scène, un personnage principal, un vieux fou autant lucide que sénile, nous émerveille pas ses gestes gracieux derrière un langage grossier, impoli, imposant. Ce vieux vacille entre la vie et la mort (qui s’en vient et qu’il ressent), entre l’illusion et l’éveil. Deux arrangeurs du son (à tribord une guitare patentée et à bâbord des synthétiseurs disjonctés) amplifient par leur ingéniosité la machine et le mécanisme du chanteur. Vêtu d’une robe de chambre trop grande et jouant avec son bâton de lumière mauve comme un magicien caresserait sa boule de cristal, ce « ti-vieux » ridé aveugle la foule, donnant l’impression d’une quête, d’une aspiration peu saisissable. C’est exactement ce que j’aime chez les Residents, le paradoxe entre la raison et le nihilisme ancré. Visuellement très liché, ce dernier spectacle intitulé Talking Light 2011 n’était pas impressionnant, mais l’ambiance était intéressante.

La foule se faisait discrète, la moitié de la salle seulement était remplie et les applaudissements ne convainquaient personne, mais de l’attention, ils en ont eu. Derrière les membres du groupe, des écrans en forme de cercle projetaient des histoires anecdotiques, racontées par des humains troublés.

Sobre, moins exubérant qu’on aurait pu l’appréhender, le spectacle des Residents d’hier était-il le dernier pour cette formation vieillissante ? Quels sont les véritables projets futurs de la formation ? Difficile à savoir pour le moment. C’est ce phénomène de surprise que l’on chérit tant et qu’ils savent conserver qui rend cette formation si attachante.

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