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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Bon voyage

PELT

Vendredi 14 juin 2013 à la Casa del popolo, Suoni Per il Polo, Montréal

mercredi 19 juin 2013, par Frédérick Galbrun

Une soirée que j’attendais avec beaucoup d’intérêt pour le Suoni Per il Popolo était sans contredit la venue du groupe Pelt à Montréal. Formation américaine qui mélange le folk improvisé, le raga indien, le minimalisme et parfois le « noise », leur disque « Effigy » a figuré au sommet de mon top disques 2012 et leur discographie compte pour incontournable à ma collection. La sortie de ce superbe vinyle double l’année dernière soldait la réflexion entamée par le groupe suite au décès de leur guitariste Jack Rose. Alors qu’on a vu ce dernier à maintes reprises de son vivant sur les scènes de la Casa del Popolo et de la Sala Rossa, le groupe dont il faisait parti n’a jamais foulé le sol montréalais. Par ailleurs, il s’agissait d’un premier concert en 2013 pour Pelt. Ainsi, la construction de mes attentes pour cette soirée s’élevait à un point culminant, menaçant de s’écrouler à tout moment en raison de leur hauteur. Heureusement pour moi ces attentes ont été comblées de façon magistrale, d’autant plus que Pelt se produisait aussi le lendemain au magasin de disques l’Oblique.

Je suis arrivé pour les vingt dernières minutes de la première partie Oryx Lamia, groupe local qui, à première vue, est constitué d’un trio de violon, clarinette et bande magnétique. Je précise à première vue, car le clarinettiste ne s’est jamais manifesté le temps de ma présence, pourtant ont m’a assuré qu’il avait joué avant que je n’arrive. Ainsi, c’est plus le travail du duo que j’ai pu admirer, un travail très intéressant entre le violon et l’enregistreur sur bandes Califone. La ligne entre l’utilisation des effets et les mélodies a été admirablement brouillée en dédoublant le jeu mélodique du violon via la bande magnétique et générant ainsi une sombre symphonie bruitiste. Je regrette seulement de ne pas avoir pu m’imprégner de toute la richesse du projet qui à somme toute piqué ma curiosité.

Ensuite, le quatuor composé désormais de Michael Dimmick, Nathan Bowles, Patrick Best et Mike Gangloff ont pris place devant un piano droit, des gongs, diverses petites percussions, clochettes, bol tibétain, violons, banjo, harmoniums et sruti box. Ils ont rapidement couché des nappes de bourdons sous les coups d’archets, autant au banjo qu’au violon, et les ont démultiplié par l’utilisation simultanée de deux sruti box. Cette multiplication des sonorités continues était impressionnante, d’autant plus que, traditionnellement, le bourdon est plutôt utilisé comme une base harmonique discrète, servant de support aux mélodies. Leur accumulation a crée un effet d’immensité et de puissance rarement entendu en concert avec des instruments acoustiques.

Les lignes mélodiques étaient principalement générées par le violon et le banjo et quand s’intensifiaient leurs rythmiques, on touchait à un genre de folk endiablé et enlevant, plus près des Black Twig Pickers (groupe de Bowles et Gangloff), restant toutefois solidement enfoncé dans l’omniscience des bourdons. Quand certains des musiciens harmonisaient leur voix au bourdon, ils affirmaient encore plus leur filiation comme dignes héritiers d’Henry Flynt, Pandit Pran Nath et du Theatre of Eternal Music d’Angus Maclise. Les membres de Pelt ont démontré que la majestuosité réside dans la répétition, en nous offrant un orchestre de bourdons, donnant une profondeur incomparable aux racines de leur folk.

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