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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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13 septembre 2006

Julie Doiron, Shearwater, Magnolia Electric Co.

Sala Rossa

dimanche 24 septembre 2006, par Jean-François Sénéchal

Un excellent programme triple était proposé aux spectateurs montréalais, le 13 septembre dernier, à la Sala Rossa. C’est tout d’abord Julie Doiron qui s’est présentée sur scène, radieuse et visiblement de bonne humeur. Ancien membre d’Eric’s Trip, la Canadienne a fait paraître au cours des années 1990 et 2000 une dizaine d’albums solos sur plusieurs étiquettes, notamment Sub Pop et Jagjaguwar. Doiron vient également de compléter un album dont la sortie est prévue dans les prochaines semaines. La chanteuse était accompagnée par des musiciens qui semblaient partager avec elle enthousiasme et complicité. La formation a proposé plusieurs compositions qui, tout d’abord magma dissonant, se structurent peu à peu pour donner forme aux mélodies. Parmi les pièces connues du public, on peut noter Snow falls in November, la chanson qui ouvre le dernier et excellent album de Doiron, Goodnight nobody. Une pièce de l’album à paraître, qui augure de bien bonnes choses, a également eu sa place. Dans tous les cas, la chanteuse a fait planer sur la salle sa fragile voix, toujours en équilibre précaire, comme pour suggérer la fragilité de ce qu’elle exprime avec une transparence absolue.

Shearwater a ensuite rejoint la scène pour donner libre cours à son intensité émotionnelle et théâtrale. Le quintet, mené par Will Sheff (Okkervil River) et Jonathan Meiburg (Kingfisher), a fait paraître cinq albums dans les dernières années, la plupart sur l’étiquette Misra. Le dernier en liste, Palo Santo, fut assez bien reçu par la presse alternative au printemps 2006. Sur scène, au pied de chaque membre de la formation était installée une puissante lampe électrique qui diffusait une lumière crue. Seule source d’éclairage pendant le concert, ces lampes ont apporté une dimension tragique et immédiate à la prestation. L’effet était tout particulièrement efficace dans le cas de Jonathan Meiburg. Avec une physionomie filiforme, un visage anguleux et un banjo brillant de mille feux métalliques, il transmettait une grande force émotionnelle aux compositions. Hurlant ses textes désespérés, il semblait être sur le point de s’écrouler à la fin de chaque pièce tellement il s’investissait dans ses morceaux. Le public a apprécié ces grandes et puissantes envolées lyriques.

Pièce de résistance de la soirée, Magnolia Electric Co. n’en a pas été pour autant le point culminant. Ce fut un bon concert, certes, mais il lui manquait néanmoins du mordant, surtout après la prestation de Shearwater. Le concert était cependant supérieur à celui donné il y a environ six mois à Montréal. Problèmes techniques et attitude visiblement désintéressée du leader Jason Molina (ou peut-être était-il trop bourré ?) en avaient fait une prestation quelque peu décevante. D’ailleurs, selon plusieurs spectateurs, la première partie, avec The Destroyer, lui avait volé la vedette. Peut-être la faiblesse (sinon la banalité) des prestations de Magnolia Electric Co. lui vient-elle en partie de ses (trop) nombreuses prestations à travers l’Amérique du Nord et l’Europe. Seulement à Montréal, Magnolia Electric Co. a présenté quatre concerts dans les deux dernières années. Toujours en tournée, la formation semble offrir des performances banalisées par le trop grand nombre. L’album « live » Trials & errors, enregistré à Bruxelles en 2003, avait pourtant prouvé ce qu’était capable Magnolia Electric Co. au début de son existence. Il en va de même pour les albums studios : en proposant de nombreuses parutions en un laps de temps très court (sans compter son matériel solo), Jason Molina semble avoir réduit ses exigences en regard des sommets atteints avec sa formation précédente, Songs : Ohia. Pour le spectacle, Jason Molina et ses acolytes ont proposé plusieurs pièces tirées de leur répertoire en privilégiant le matériel de leur nouvel album, Fading trails, disque inégal et manquant d’unité. Malgré la requête bruyante des spectateurs, le concert s’est terminé sans aucun rappel, mettant ainsi fin à une soirée que le public semble malgré tout avoir appréciée dans son ensemble.

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