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GROUPE D’ART GRAVEL ART GROUP

Gravel Works : Quand la beauté s’écroulera, je suivrai

Performance rock/danse, Tangente (Mtl), le 26 octobre 2008

mardi 4 novembre 2008, par Nicolas Pelletier

Nous vous parlons aujourd’hui d’une performance à cheval entre le rock et la danse moderne, où plutôt mélangeant ces deux arts (chose plutôt rare dans le milieu, bien que ces deux types d’expression sont à la base intimement liés), performance signée Frédérick Gravel, celui-là même qui avait signé la chorégraphie du fameux spectacle Mutantès de Pierre Lapointe, créé dans le cadre des FrancoFolies l’an dernier.

Attiré par la publication d’une critique très élogieuse dans La Presse dont la journaliste avait été impressionnée par l’humour pince-sans-rire de Gravel, le rock de PJ Harvey et de Nirvana, joué live pour ces interprètes souvent nus, sinon vêtus négligemment de jeans, t-shirts et running shoes, votre humble serviteur se précipitait dimanche soir dernier à la dernière de quatre représentations présentées en salle comble, chez Tangente, rue Cherrier.

Mais plutôt que de remarquer les « Jolies filles, mecs sexy et danse qui déménage » dont parlait l’article paru dans le quotidien, c’est plutôt l’impressionnante gamme d’émotions par laquelle passe un couple qui captive et fascine. Gravel s’exprime sur les relations entre hommes et femmes avec une sensibilité et une fragilité d’une surprenante douceur (pour ce qu’on annonçait être très rock), prenant soin d’illustrer plusieurs phases de l’extase et de la souffrance dans l’Amour. Le langage corporel, en duo ou trio, jouait dans les cordes de l’intimité et de la proximité. On y voyait les hésitations, les caresses, les mouvements d’un couple qui se cherche, qui se trouve, qui se perd, qui se jette, comme si l’on avait été témoins d’une union et d’une rupture et de tout ce qui a entre les deux sans avoir à le vivre soi-même. Nous étions témoins de l’intensité émotive humaine, version condensée.

Durant les créations les plus récentes de Gravel, c’était l’abandon, l’intimité, la proximité. L’instant d’après, la pulsion sexuelle - presque violente -, la perte d’équilibre, la maladresse, la dépendance, l’orgasme, la blessure et la réconciliation s’entremêlaient, la chorégraphie mimant à merveille la complexité des relations humaines. L’effondrement, le désarroi, la déception, la crise, la fuite, la déchirure, la main qui frappe, mais aussi la caresse qui réconforte… tout y passait.

Même si ses propos sont réfléchis et analysés, Frédérick Gravel ne manque pas d’humour et d’autodérision. Ces interventions au micro, tel un narrateur tentant d’accoler des explications plus ou moins loufoques aux numéros présentés, étaient teintes d’un ton pince-sans-rire. La lenteur du tableau sur la pseudo « Crise de l’Art Contemporain » était-elle trempée dans l’absurdité pure ou devait-on y lire quelque chose de plus intellectuel au second degré ? Tout en soulignant la performance athlétique des interprètes, gageons sur la première option, bien que ce chroniqueur soit loin d’être un expert en la matière.

Autre moment loufoque : le tableau intitulé « La bière » où tous les interprètes et musiciens quittent leurs fonctions pour s’en déboucher une et écouter un savoureux punk rock des Galaxie 500. Au repos d’abord, puis se laissant ensuite fougueusement entraîner par les solides riffs. Il fallait les voir se lancer par terre sans jamais renverser une goutte de houblon !

Plus sérieusement, l’interprète Francis Ducharme nous faisait aussi vivre les complications d’un homme (é)pris dans un triangle amoureux. Alors que ses femmes (Lucie Vigneault et Ivana Milicevic) s’éloignaient de lui lentement mais sûrement, il s’entêtait à alterner entre ses deux pôles, au point d’en atteindre aucune et de perdre la raison. Il se relèvera.

Gravel avait en plus décidé de mêler les cartes en présentant la finale et le rappel en début de spectacle (!), « question de mettre ce moment de climax derrière nous tout de suite et pouvoir faire autre chose ». Faire manger un sac de frites grasses à Jamie Wright pendant qu’elle joggait était une moins bonne idée : l’interprète dû se réfugier aux toilettes pour évacuer la junk sur-le-champ.

MUSIQUE IMPRESSIONNANTE

Si les guitares électriques, la basse fuzz, la batterie, le jeu de looping, de trompette et vocal des musiciens dirigés par le multi-instrumentiste Stéphane Boucher pouvait peut-être impressionner les habitués du milieu de la danse, le chroniqueur rock, lui, s’attardait surtout sur les audacieux arrangements donnés aux chansons. Le puissant Rape Me, hymne presque posthume de Kurt Cobain, a été livré a cappella par Boucher et les frères Gravel, Frédérick et Hugo.

Le tout dernier tableau nous a donné de voir un magnifique dénudement. Très loin de la gratuité et de la vulgarité. Au son de la très belle chanson de Boucher, Beauty Fails, un air accrocheur tout en douceur, Lucie Vigneault présenta un solo d’une fragilité émouvante. Les musiciens n’eurent d’autre choix que de livrer la chanson sans micros, sans effets ni puissance derrière lesquels se cacher, aussi nus que la belle interprète. Le véritable climax était empreint de vulnérabilité. « Quand la beauté s’écroulera, je suivrai… ».

Ce spectacle alliant danse et musique (on pourrait presque ajouter humour, tellement l’autodérision revenait sans cesse sur le tapis) m’a saisi par là où je ne l’attendais pas. On m’annonçait rock, sexe et délire, j’y ai vu fragilité, douleur des émotions et beauté.

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