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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Allez les filles !

GIRLS

Théâtre Corona de Montréal, dimanche le 25 septembre 2011

jeudi 29 septembre 2011, par Vanessa Hauguel

Révélation ? Check. PAPA faisait la première partie du spectacle tant attendu de Girls dimanche soir au Théâtre Corona. Belle surprise que ce groupe avec une énergie à la Two Door Cinema Club mais avec une prestance plus adulte, plus Cold War Kids, et encore, ils dépassent à certains niveaux ce que ces bands ont de mieux à offrir. Du moins, c’est l’impression, une première impression, que m’a fait PAPA. Assurant les premières parties de Girls dans leur tournée nord américaine, en partie parce que le drummer de Girls est le chanteur de PAPA, mais aussi surtout parce qu’ils retiennent franchement l’attention avec leur attitude enthousiasmante, et qu’ils sont sur scène comme dans leur élément naturel. Leur rock substantiel rassembleur, amalgame la fraicheur des groupes californiens et l’ardeur de ceux de Brooklyn. PAPA a fait resplendir le Corona dans toute sa splendeur. Première partie sans délire certes, mais illuminée par le talent du groupe.

En seconde partie, Nobunny, reconnu pour mélanger punk britannique et pop rock 50’s évoquant fortement l’énergie de The Ramones et The Cramps, semblait survolté, jouant de son rockabily trash habilement, sans toutefois soulever la foule comme il semblait intenter. Il faut croire que le public, en attente de Girls avait peut-être plus l’âme plus à la romance qu’à la déchéance. Évidemment dévêtu comme à l’habitude, le chanteur principal, Justin Champlain, portait ses culottes, bien basses, et son masque habituel. Seuls éléments de mise en scène d’ailleurs, qui n’ajoutent finalement pas grand chose au spectacle. Tant qu’à être crue, oublions les fioritures ou mettez toute la sauce. Les oreilles étaient tendues, mais les pieds raidis nous ramenaient à l’évidence : On pourrait croire qu’ils ont quelque chose à prouver. Qu’ils n’auront peut-être pas prouvé au public présent dimanche. Cela dit, les solides acolytes, guitaristes et mention toute spéciale pour Danimal au drum, ont prouvés qu’ils savent manier leurs instruments comme des moissonneuses batteuses. Le contexte n’était simplement peut-être pas propice, quoique…Ils devront revoir leur méthode et savoir maculer les lieux et secouer l’assemblée un peu plus, et ils auront enfin prouvé qu’ils sont bien des musiciens endiablés tel qu’ils le prétendent.

Girls monte enfin sur scène. Quelques sound check avant de donner le coup d’envoi. Le public est emballé. Ils nous saisissent d’emblée avec Laura, aussi savoureuse que sur disque, et plus encore, et ce malgré les problèmes de sons insistants. Les chansons défilent, passant du premier album au tout récent, Father, Son Holy Ghost dans un ordre étonnement si fluide qu’on croirait les chansons toutes issues du même disque.

Leur présence sur scène, la voix de Christopher Owens et ce qu’ils émanent ensemble, nous plonge de plus en plus dans un espace atemporelle. Les fleurs accrochées à leurs micros, on se balance sur les rythmes exaltés de romantiques ébréchés et éméchés. On s’imagine même parfois dans un gymnase de vieille école secondaire, un sous-sol d’église, avec nos fantômes de jeunesse, ou plutôt avec ceux d’Owens.

L’orgue et cette voix susurrante, nous jette dans une torpeur engourdissante. Quelque part entre Elvis Costello, Iggy Pop et quelques groupes rock jive, l’intensité et les fourmis dans les jambes sont aussi au rendez-vous. Arrive enfin Vomit. Et la chair de poule. Un des coups de grâce de la soirée, avec Hello Ratrace. L’ascension de Vomit atteint des sommets qui transcendent, comme si Sonic Youth se réincarnait soudainement dans ce corps. Un mot : Mystique. Les deux ronds de lumières jaunes derrières eux se transforment en gyrophares. La musique de Girls passe à un autre niveau, métaphysique.

Quelque chose de sacré s’opère autour des ballades d’Owens. Il ne fait pas que les chanter, il les suinte pour mieux nous les partager.

« I’m sick and tired of the way that I feel, I’m sick of dreaming and it’s never for real, I’m all alone with my deep thoughts, I’m all alone with my heartache and my good intentions »

On sent d’autant plus ses angoisses qu’on les entend. Comme une vague qui déferle et se briserait bruyamment sur un récif, Owens se brise dans chaque chanson, créant un courant qui nous emporte avec lui. On frôle constamment le bouleversement, la commotion, même dans ses plus légers refrains, toujours livrés avec une authenticité déconcertante. Moment de grâce partagé.

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