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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

SIX POINT ZERO

Elektra

mercredi 31 août 2005, par François Legault

La sixième édition d’Elektra se terminait dimanche le 15 mai suite à une mémorable prestation de la légendaire formation belge Front 242. Le festival consacré aux arts numériques attire bon nombre de curieux chaque année et se démarque des nombreux autres festivals montréalais tant par l’originalité et la diversité de sa programmation que par son éthique professionnelle qui confère à Elektra un cachet bien particulier. Emoragei a fait partie des invités du festival qui, cette année, a eu lieu au printemps plutôt qu’à l’automne comme à son habitude. Retour sur quelques uns des événements.

Le coup d’envoi du festival a été donné mardi le 10 mai avec une performance du duo électronique Autechre. Etant donné que la vente des billets du concert était conférée au groupe Gillett, l’équipe d’Elektra n’a pu se permettre d’y inviter les journalistes. On dit du concert qu’il a eu lieu dans un noir presque total et que les effets visuels étaient quasi inexistants. On aurait pourtant dû s’attendre à une ahurissante ébauche d’effets visuels étant donné que le festival porte sur les arts numériques. Le duo a préféré servir à peu près la même recette que lors de son dernier passage à Montréal. Néanmoins, les opinions font l’unanimité quant à la qualité du son et du spectacle en général.

Un opéra moderne et expérimental signé Chants Libres était présenté du jeudi au samedi à la station C. L’installation constituée de plusieurs téléviseurs présentait une série d’images qui illustraient les divers témoignages des victimes de l’archange du mal auquel on tentait de faire le procès. Le jeu des acteurs, fort crédible, m’a impressionné. Leurs monologues respectifs étaient accompagnés de sons et d’images qui créaient une atmosphère sombre et embuée. Déjà que l’opéra s’adresse généralement à un public averti, celui-ci demandait une forte ouverture d’esprit.

La soirée de vendredi portant sur le thème de « vidéomusiques » nous réservait son lot de surprises. Tout d’abord, la trilogie des vidéoclips de Plastikman (aussi connu sous le nom de Richie Hawtin) réalisée par Ali M. Demirel était digne de la musique de ce dernier : simple, lente et progressive. Les mouvements des pièces musicales et de l’image s’enchevêtraient à merveille l’un dans l’autre. Servovalve continuait le spectacle dans un même ordre d’idées en organisant les déplacements de diverses formes et images calquées sur la musique électronique qu’ils produisent. Le musicien Scanner qui n’en est pas à sa première visite au festival nous a présenté plusieurs de ses pièces ambiantes accompagnées des effets visuels de D-Fuse. Le côté visuel du spectacle était loin d’être aussi impressionnant que celui des autres artistes invités du festival. Le concert de Scanner a fait plus d’heureux par son côté musical que par les effets qui l’accompagnaient. La pièce maîtresse de cette soirée fut sans aucun doute la performance de UVA, trio d’interprètes visuels qui ont su en mettre plein la vue et l’ouïe à l’auditoire et dégourdir les jambes des plus festifs grâce à leur répertoire techno très savoureux qui incitait à la danse et à la fête. Les projections qui accompagnaient la musique la suivaient à une cadence folle et exhibaient un souci du détail sans précédents. Ces projections particulières sont d’ailleurs censées faire partie de la prochaine tournée de U2, UVA les ayant spécialement conçues à cette fin. La soirée s’est terminée avec le lancement du second DVD du collectif montréalais Epsilonlab, groupe de DJs et VJs fondé par le compositeur Eloi Brunelle il y a de cela quelques années. Fidèle à sa réputation, l’étiquette a su rencontrer et même surpasser les attentes des auditeurs qui, pour la plupart, n’étaient présents ce soir-là que pour cet événement distinct.

Samedi soir, les membres de Front 242 ont fait vibrer le Métropolis. Ce dernier, plein à craquer, balayait la foule de lumières vives multicolores et d’éclairs lumineux, projections stroboscopiques ajoutant au surréalisme excitant du concert vivant du trio belge. Au sommet de leur forme, les deux chanteurs dansaient sur scène et enchaînaient succès après succès au grand plaisir de la foule qui n’avait de cesse d’en redemander. Avec plus de vingt ans de carrière derrière eux, le groupe affichait une assurance inébranlable et démontrait que l’âge et le temps ne semblaient avoir aucune emprise sur eux. Tous les spectateurs présents ont quitté la salle comme sur un nuage, conscients qu’une page d’histoire venait d’être tournée et qu’il n’y avait nulle part autre au monde où ils auraient préféré être. Ce concert demeurera l’un des meilleurs jamais donnés sur l’île de Montréal.

Plusieurs installations faisaient également partie des distractions présentées par Elektra. Cantique 3, de Marie Chouinard, permettait à deux participants à l’aide d’un écran tactile de modifier les rythmes et sons d’une mélodie à laquelle étaient affiliés les visages d’un homme et d’une femme dont l’expression faciale changeait avec chaque note. Une autre installation présentait une voiture qui, au courant de ses périples, enregistrait divers sons qui étaient remixés par les responsables du projet. Le résultat, bruyant et plus ou moins musical, se faisait entendre via les haut-parleurs de la voiture.

L’édition haute en couleurs d’Elektra 2005 démontre que le festival acquiert avec l’âge une certaine maturité et que chaque édition surpasse la précédente à l’image de la technologie numérique qui ne cesse de progresser. Elektra a une fois de plus su nous prouver qu’il est possible d’allier technologie numérique et art du spectacle.

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