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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Intensité et qualité

CROOKED FINGERS / OKKERVIL RIVER

En concert à Les Saints, Montréal, 11 octobre 2008

samedi 25 octobre 2008, par Nicolas Pelletier

Est-ce que les meilleurs concerts sont ceux auxquels on assiste sans avoir vraiment d’attentes ? N’est-ce pas génial quand le groupe qui assure la première partie livre une excellente performance ? Au point où vous allez vous procurer leur album à la table de « merch » ? C’est ce qui m’est arrivé samedi dernier dans un sombre sous-sol, angle St-Laurent et Ste-Catherine, alors que j’allais voir Okkervil River, que je ne connaissais que de (excellente) réputation.

Mais avant que la première partie ne commence, voilà que je reconnais Eric Bachmann en coulisses. Cet Américain de Seattle a sorti un album folk très solide l’an passé (voir notre critique sur le site) où il laissait apprécier un talent évident en « picking » et un chant maitrisé et mélodique, même si sonnant très « américain ». Que faisait-il là ? Bachmann et son groupe Crooked Fingers assuraient la première partie d’Okkervil River, en support à Forfeit/Fortune, l’album qu’ils venaient de lancer quatre jours plus tôt (voir également notre critique sous peu dans ces pages).

Bachmann et ses trois complices, Miranda Brown, Elin Palmer et Tim Husmann m’ont tout simplement jeté par terre. En support aux solides chansons du grand barbu, la bassiste Miranda (qui a aussi travaillé avec David Dondero, Seth Tiven et Ryan Adams) et la violoniste Elin ont fait un bel usage de leurs magnifiques voix pour enrichir les harmonies de Bachmann. Sur l’épique Man O’War - extraite de l’album solo de Bachmann -, les filles ont accompagné Bachmann seulement de leurs voix, les mains dans le dos, et exploit rare !, ont réussi à livrer la magnificence des harmonies vocales entendues sur l’album. Ceux qui connaissent la chanson peuvent être épatés.

Crooked Fingers est l’heureux mélange des pièces douces du Velvet (pensez à Pale Blue Eyes), de Frank Black (en « unplugged ») et d’artistes plus « américains » comme Tom Petty, Bruce Springsteen ou même John Mellencamp. Bachmann a une livraison vocale assez traditionnelle, vaguement country folk, et la qualité de ses chansons est vraiment à souligner. De plus, Crooked Fingers devraient s’organiser pour enregistrer leurs chansons en format « live » : plusieurs, comme Crowned in Chrome de 2000, ont largement éclipsé la version studio.

WILL SHEFF VOLE LA VEDETTE

Après cette douce mais époustouflante entrée en matière, le sextet d’Austin Okkervil River avait une grosse commande à livrer. Et c’est bien mal connaître le leader du groupe, Will Sheff, que de penser qu’il n’y arriverait pas. Leur leader est une bête de scène qui occupe toute l’attention du public. L’animal est intense, entier, langoureux, un peu poseur, certes, mais tellement occupé à habiter ses chansons qu’on lui pardonnera quelques manières de rock star.

Okkervil River - que je ne connaissais que par leur ex-membre Jonathan Meiburg, aujourd’hui leader des excellents Shearwater, livre un soul power pop, qui semble fortement influencé par les groupes comme The Cure, The Kinks, et dans une certaine mesure, des groupes plus soul comme Midnight Dexys Runners.

Sheff embrasse son micro avec passion. Il possède une verve à la Morrissey, un accent à la Marc Bolan (T-Rex) et des envolées émotives pas si lointaines d’un Rufus Wainwright. Le gars en rajoute, mais pas de cinéma : il a vraiment le cœur à nu.

Bref, voilà une soirée qui fut extrêmement intéressante aux plans de la découverte, de la créativité musicale et de l’authenticité.

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