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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Plus vrai que nature

BARR BROTHERS, THE

Mercredi 22 février 2012 au Club Soda, Montréal

vendredi 24 février 2012, par Vanessa Hauguel

Un début de soirée en douceur avec un Julien Sagot, tout récemment solo, planant. L’atmosphère de ses compositions semi-inquiétantes, semi-sereines, nous laissent, comme un homme à la mer, poussé par un vent, parfois calme, et parfois dans une bourrasque réveillée par la batterie. Un son évoquant des influences passées et actuelles, Bashung, Leloup, Arthur H, autant que Karkwa et les Barr Brothers, sa musique nous fait entrer en scène et en trance. Le film qui commençait à rouler dans nos têtes s’arrête.

Arrive les Barr Brothers, et un accueil fiévreux. Sifflements enthousiastes pour l’entrée du groupe. Sur une introduction instrumentale et sans voix, tranquillement le groupe aux airs tranquilles s’illumine ; dès la deuxième pièce, ils en mettent plein les oreilles.

Leurs parfaits accords, en parfait accord avec le public, ne cessent d’emplir la salle, en extase. Des compositions plus rétro aux tonalités plus rock, ils passent de l’un à l’autre, comme si elles étaient écrites ainsi, ficelées ensemble. Leurs dérapes, ces moments d’improvisations et de zèles qui faisaient sourire tout le monde, se glissent aisément dans le spectacle, le public succombe, chaque petite blague « musicale » fait décrocher un rire, la complicité s’opère pas juste entre frères. Brad, Andrew et compagnie, toujours plus habiles, enfilent les prouesses musicales et toujours cet air humble sur le visage.

Harpe, harmonica et autres armes en main, le groupe est habité de ces instruments qu’ils manipulent avec fougue et grâce. La foule est unanime, les Barr nous font fondre plus vite que la neige au printemps.

Quand les 4 percussionnistes se joignent au groupe, c’est l’apothéose, tous se lèvent, les applaudissements sont déjà dignes du rappel, rien de moins pour le band agrandi. Recelant de moments privilégiés, de la présentation des « fellows » membres, suivi d’interlude, ou d’un prélude, pour des moments plus mélancoliques, le spectacle est si bien rôdé, qu’aucune ficelle ne parait. Authentique, tout simplement. Tout comme leur musique, tout comme eux, laissant transparaitre leurs personnes au travers de leurs interactions sur scène.

Quelques nouvelles compositions, que Cohen et Dylan auraient pu écrire, suivent, coups de grâce ! Brad nous lance un petit mot plus que sincère (avec quelques bons mots de bon français), sur leur ascension plutôt lente à Montréal, du moins jusqu’à cette soirée. On assiste à la récolte de leur labeur.

Sarah Pagé, harpiste à l’origine, forme, le temps d’une chanson, un petit trio avec les deux frères, cette fois à la guitare. De ce trio se dégage une magie qui ne s’opère pas souvent. Si leur complicité a peut-être été renforcée au spectacle hommage à Lasha en ce début d’année, on la sent d’autant plus présente aujourd’hui, unis ensemble dans une amitié qui semble transcender leur projet musical. Le spectacle se termine enfin sur un dialogue entre Page et Barr, entre guitare et harpe, rires et exploits... Les Barr Brothers passent à la consécration, artistes oui, mais surtout des gens derrières ces instruments, qu’on sent si près de nous, montrant aussi de près le talent qui les habite, et qui leur ressemble, plus désarmant et plus vrai que nature.

Le rappel, touchant, sur la triste et solennelle « Cloud », nous laisse d’ailleurs l’œil étincelant. C’était difficile de sortir du Club Soda mercredi dernier, sans être un peu ébranlé, sourire aux lèvres.

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