[] [] [] [] [] []

SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

La mystique rumba

ARTHUR H

Vendredi 24 février 2012 au Club Soda, Montréal

dimanche 26 février 2012, par Vanessa Hauguel

Sur une entrée loufoque du maestro, Arthur H, lampe en main, éclaire, de ce qui semble être une torche, la foule devant lui, scrutant le visage de son public. Des airs de cirque et de cabaret se dessinent déjà dans l’air. Le spectacle s’ouvre, avec un Arthur H à l’avant scène, seul sous la lumière d’un réverbère, mais pas pour longtemps, les autres musiciens apparaissant un à un, comme par magie, sur le temps de la musique. Nous sommes prêts pour l’abandon. Avec Ulysse et calypso, Arthur se déhanche et se dandine, son corps et son âme, possédé par sa verve, nous emmène avec lui dans son lyrisme sensuel.

Sur la basse torride à ses côtés, chapeau et veste de cuir, luisants sous les rayons de lumière verdoyantes et violacées, il nous fait chanter « Keep me up », le public lui répond avec enthousiasme ; on resterait debout toute la nuit avec lui. De sa voix grave, suave et jazz, l’Arthur comme on l’aime, nous love aussi. Trop d’amour ! Dira t-il plus tard, en effet, son côté charnel est délurant ; on le laisse « monter, sans résister ».

Sa voix susurrante et forte, résonne en nous, et ses fines blagues sur Montréal, plus chaude que New-York dit-il, réchauffe l’ambiance. Il nous taquine bien gentiment (son ton un brin arrogant mêlé d’humilité), sur Le paradis il est chinois, nous devenons tous chinois : de Jean Charest à Gilles Vigneault, en passant par Denis en avant de lui ; mais le paradis lui, est bien H.

Sa chanson pour Lasha saisissante, dévoilant l’Homme plus attendrissant et touchant, se lance dans les airs comme une oraison à son amie disparue. Assis sur son clavier, il nous rappelle de bien belles choses, d’être vrai et surtout peut-être, moins « intelligent » et un peu plus baba. L’âme du poète vagabond, bien vivante se fait sentir, et déjà on sait qu’elle reviendra nous hanter. Plus ludique aussi, avec Chem cheminée, le Mary Poppins en lui, empli de blues, on comprend que H joue autant sur les mots, que sur les sens.

Lorsqu’il présente ses musiciens, de façon bien personnalisée, à la fois léger et intense, il nous apprend que les saxophonistes communiquent avec les extraterrestres pour enchaîner l’instant suivant sur ses mélodies plus cafardeuses.

La basse et sa voix qui imprègnent la salle de plus bel, comme dans un « jam session », traversent des airs sensuels et les vieilles ritournelles, c’est la Mystic Rumba d’Arthur H. Oscillant toujours entre véhémence et la mélancolie. H nous dit que des racines lui poussent à Montréal, on aimerait que ce soit vrai. Quand l’Arthur H américain nous interprète Clap Hands de Tom Waits, comme disait son ami poète haïtien, le « mégalomane génial », devient plus génial que mégalomane. Cinq chansons de rappel, pour finir sur la marée haute, la tête pleine et le cœur qui en redemande.

Maîtrisant la musique comme un langage et les mots comme un instrument, sa poésie « nous aisselle, nous transparente ». Arthur « nous pénombre, de ses parallaxes et ses paraboles, ils nous dévertèbre ».

Photo : Claire Farah

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0