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JOURNAL FANTASIA IV

Festival Fantasia, Montréal du 12 juillet au 2 août 2018

mardi 14 août 2018, par Anne-Julie Lalande

Après plusieurs discussions avec des individus ne connaissant pas vraiment Fantasia, j’ai découvert que beaucoup d’entre eux et elles associent uniquement le festival au film d’horreur. Parfois loin d’être des fans du genre, ils et elles sont donc facilement rebuté-es. Et pourtant, dans les quelques films vus depuis le début du festival, il n’y en a que deux que je suis entièrement à l’aise de qualifier de film d’horreur : il s’agit entre autres de Satan’s Slaves (Joko Anwar, Indonésie) et de Cam (Daniel Goldhaber, États-Unis). J’en profite tout de même pour mentionner que la programmation du festival d’abord spécialisé en films asiatiques s’est incroyablement diversifiée avec ses 22 éditions, et que même quelqu’un ne s’identifiant pas à un adepte du cinéma de genre pourra d’une façon ou d’une autre y trouver son compte. De toute façon, dans l’ère culturelle dans laquelle nous nous trouvons (post post-moderne et tout le tralala) les frontières entre les genres et les appellations s’avèrent ultimement limitatives, et sont donc naturellement franchies, créant ainsi de nombreuses oeuvres inqualifiables. Et c’est bien tant mieux.

Film sensation dans son pays d’origine, Satan’s Slaves, remake de Pengabdi Setan (1982), est presque tout aussi terrifiant que le prisé Hereditary, film américain sorti plus tôt cette année ayant causé une véritable onde de choc. Les deux films partagent d’ailleurs une prémisse plutôt similaire. Les deux débutent avec la mort d’une aïeule emportée par la maladie, étant donc alitée à domicile depuis plusieurs mois. Dans les deux films, le décès de cette dernière déclenche une série d’événements surnaturels et inquiétants, mettant en danger la vie des membres restants de la famille. L’ensemble de la réalisation est orienté dans une direction très rétro ; nombreux zoom-ins, musique dramatique, couleurs drôlement agencées — tout qui forme un bel hommage au cinéma d’épouvante des années 70-80 tout en étant esthétiquement ancré dans son époque. Il s’agit d’une histoire de hantise satisfaisante, qui saura plaire à celles et ceux recherchant qualité et frissons. Certains procédés nuisent cependant aux effets de surprises, créant des ‘jump-scares’ un peu forcés et prévisibles, altérant au passage l’efficacité de l’ambiance inquiétante du film. (3.5/5)

Lauréat du meilleur scénario du festival, Cam est le premier film écrit par son réalisateur Daniel Goldhaber, en collaboration avec Isa Mazzei et Isabelle Link-Levy. Sa prémisse en est une qu’il serait facile de qualifier de ‘black mirror-esque’ : une femme exerçant le métier de cam girl, Alice (Madeline Brewer, connue pour The Handmaid’s Tale et Orange is the New Black) se réveille un matin et réalise qu’elle ne peut plus se connecter au compte à partir duquel elle travaille, mais qu’elle y apparaît en ligne malgré tout. Sa ‘copie’ virtuelle prendra bientôt entièrement le contrôle du compte et de la vie du personnage, prouvant que le persona créé en ligne est tout aussi réel que celui ou celle l’ayant créé, voire même peut-être davantage. Le côté Black Mirror s’arrête ici puisque le récit reste fixé dans quelque chose de beaucoup moins fantasmagorique et plus réaliste que la fameuse série, et par le fait même en devient infiniment plus inquiétant et troublant. Ce qui paraît acquis et banal dans l’utilisation des réseaux sociaux a maintes et maintes fois été décortiqué de façon à prévenir les utilisateurs et utilisatrices afin qu’ils et elles fassent preuve de prudence dans la protection de leurs renseignements personnels et dans ce qu’ils et elles choisissent de partager. Ce qui rend Cam aussi efficace est qu’il attaque de véritables angoisses quotidiennes, la peur de s’effacer derrière nos propres créations, malgré un besoin constant d’affirmer son existence. Le film comme tel est le produit d’une peur fondée et réelle face à l’impuissance d’un contenu qu’on croit pourtant unique et contrôlable. (4/5) AJL

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