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JOURNAL FANTASIA III

Festival Fantasia, Montréal du 12 juillet au 2 août 2018

lundi 30 juillet 2018, par Anne-Julie Lalande

Deux de mes découvertes de la dernière semaine au Festival Fantasia sont des premiers longs-métrages, tous les deux très courts, un de 60 et l’autre de 74 minutes, et tous les deux très différents l’un de l’autre.

Le premier, Amiko, suit les amours d’une adolescente du même nom avec beaucoup de candeur et d’authenticité. Après avoir passé une soirée à errer en ville aux côtés de son camarade de classe Aomi, Amiko ne pense plus à rien d’autre que lui, pendant plusieurs mois, sans pour autant jamais lui parler à nouveau. Le jour où elle apprend qu’il s’est fait une copine et qu’il habite maintenant avec elle à Tokyo, elle pète les plombs et quitte son foyer pour aller à sa rencontre. Filmé avec les moyens du bord, un petit budget et une petite équipe, Amiko est orné d’un charme punk DIY irrésistible. L’absence de toute figure d’autorité et de personnage adulte ajoute d’autant plus à l’esthétique rebelle riot grrrl du film, et sa perspective adolescente féminine en est une réjouissante, qui n’est pas sans rappeler celle de Lady Bird, mais sous une essence purement japonaise. Les torrents émotionnels adolescents y sont exploités avec toute l’intensité et l’absurdité qui permettent de les reconnaître comme tels. Désordonné et incongru, Amiko est un petit plaisir qui ne séduira par contre pas tous les publics : il s’agit d’un coming-of-age féminin complètement éclaté, qui se moque des règles du genre et de nombreuses conventions cinématographiques. (3.5/5)

Amiko étant un film rempli d’influences, mais profondément ancré dans son époque et son lieu, Luz, oeuvre allemande du réalisateur Tilman Singer, pour sa part, s’attaque à un autre zeitgeist, en ne cachant jamais ses influences. Un de mes précédents articles portait sur Summer of 84, déplorable effort de genre-revival sans chair autour de l’os. Luz s’illustre comme l’exemple parfait d’un film avec une idée de départ autoréférentielle, enracinée dans la nostalgie du cinéma des mêmes années, mais qui germe de façon à créer quelque chose d’original, utilisant les codes afin de les retourner et de se les réapproprier.

Luz est une chauffeuse de taxi chilienne résidente en Allemagne. Un soir, elle se rend à un poste de police sans raison évidente et est aussitôt interrogée après avoir proféré de nombreux propos incompréhensibles et offensants aux oreilles chrétiennes. En parallèle, un psychiatre est assis dans un bar aux couleurs grisonnantes et sirote tranquillement un cocktail alors qu’une femme s’immisce dans son espace personnel et lui raconte comment son amie Luz s’est jetée d’un taxi en marche et qu’elle requiert son aide en tant que professionnel. S’en suit une histoire de possession et d’hypnose hors du commun, quasi expérimentale, mais calculée, de façon cartésienne, au niveau de la mise en scène, spécifiquement dans le traitement sonore. Son scénario est parfois tellement quasi-essayistique qu’il est difficile de s’y retrouver, et on se demande s’il s’agit d’un effet désiré ou d’une nonchalance d’écriture et de production. Ce qui marquera le public ne réside de toute façon pas dans la diégèse du film, mais plutôt dans sa qualité sonore et visuelle. Tourné en 16mm et donc coloré d’un grain rétro, Luz est un film audacieux et débordant de créativité à la réalisation, d’autant plus lorsque l’on considère qu’il s’agit non seulement d’un premier film, mais bien d’un projet étudiant. (4/5) AJL

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