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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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JOURNAL FANTASIA II

Festival Fantasia, Montréal du 12 juillet au 2 août 2018

samedi 21 juillet 2018, par Anne-Julie Lalande

La section Camera Lucida du festival nous permet toujours de découvrir de nombreux films qui défient une simple catégorisation, qui prennent des risques et qui jouent avec l’idée du genre ou en font carrément fi. D’en découvrir la programmation est donc toujours un grand plaisir et un catalyseur d’anticipation. Microhabitat (Corée du Sud, Jeon Go-woon) et Being Natural (Japon, Tadashi Nagayama) font tous les deux partie de la sélection 2018 de ladite section. Le premier pourrait être qualifié de comédie dramatique, et le deuxième de satire surréaliste.

Miso est une femme d’une trentaine d’années qui se satisfait de très peu dans la vie. Ses plaisirs sont simples : le whiskey, les cigarettes et son amoureux. Elle consomme le tout avec modération, sauf pour les cigarettes, donc le jour où le prix de sa marque préférée augmente considérablement, elle choisit de quitter son logis plutôt que ses habitudes. Dorénavant itinérante, elle liste donc les noms d’amis de son passé avec lesquelles elle formait un groupe de musique, et passe de l’un à l’autre afin d’avoir un toit sous lequel dormir et par le fait même, raviver des souvenirs du passé qui créeront pour certain-es un réconfort et pour d’autres un malaise. Microhabitat est un film étrangement réconfortant malgré sa prémisse critique envers le climat socio-économique coréen. À travers les tentatives et les échecs de connexions humaines entre Miso et tous les autres personnages qu’elle croise et rencontre, il y a une profonde tendresse. La performance toute en douceur de l’actrice Esom y est pour beaucoup, et Jeon Go-Woon signe une réalisation empreinte d’un altruisme pour tous ses personnages et leur milieu, ne tombant jamais dans un cynisme blasé auquel il aurait pu être facile de s’accrocher vu de nombreuses thématiques se rattachant au rejet, à la solitude et à la déception. Malgré une finale qui manque quelque peu de logique interne, Microhabitat est un film charmant, abondant de perspectives féminines originales et rafraîchissantes, qu’il ne s’agisse de celle de sa réalisatrice ou de ses personnages. (3.5/5)

Dans un tout autre registre, Being Natural agit comme une fable surréaliste, voire même plutôt absurde, de la société japonaise contemporaine. Taka est un homme au mode de vie très sobre, qui demande peu à son entourage. Il passe le temps en jouant du bongo et s’occupe de son oncle malade au domicile de ce dernier. Le jour où celui-ci décède, il se voit accorder le droit de rester dans la maison et se fait offrir un emploi par son cousin Mitusaki, fils du défunt. À son grand dam, un couple et leur fille adolescente vantant les mérites de la vie traditionnelle en campagne décident d’employer tous les moyens possibles afin d’acquérir cette maison et d’y ouvrir un café. Le réalisateur Tadashi Nagayama critique ainsi plusieurs comportements empruntés par des colonisateurs à petite échelle, qui déménagent leurs habitudes avec eux, habitudes qui témoignent d’une certaine mauvaise foi vu leurs discours hippie-hipster avant tout gouverné par leur désir de retourner au « naturel ». L’ensemble du film est entièrement basé sur le potentiel absurde des situations, poussant parfois le tout un peu trop loin, créant des images, sous-entendus et métaphores pourtant déjà suffisamment évidents pour ne pas avoir à être répétées de façon littérale. Certains choix scénaristiques s’avèrent également douteux (la raison poussant Taka a finalement quitter la maison en est une qu’on devrait cesser d’utiliser au cinéma puisque d’utiliser une telle narrative est nocif et toxique pour les gens en étant véritablement victime). Being Natural est un OVNI à apprivoiser, et il ne plaira pas à tous, mais sa conclusion marquera probablement de nombreux esprits. Inventive et parfaitement alignée avec toutes les idées en suspens à travers le film, elle permet de faire la paix avec l’abus de bongos et sifflements qui en ponctuent l’ensemble. (3.5/5) AJL

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