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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

JOURNAL FANTASIA 1

Festival Fantasia, Montréal du 12 juillet au 2 août 2018

jeudi 19 juillet 2018, par Anne-Julie Lalande

J’ai débuté mon parcours Fantasia 2018 avec beaucoup d’impatience ce samedi soir pour la première montréalaise du dernier long-métrage du trio RKSS, qui avait confié la première internationale de leur rétro-gore Turbo Kid au festival il y a de cela trois ans. Turbo Kid ayant été un des évènements les plus marquants pour les années dernières années du festival, les attentes étaient élevées pour Summer of 84. Les dernières années de genre-revival dont faisait entre autres partie Turbo Kid nous auront à la fois donné de nombreux petits bijoux et de purs navets. Regrettablement, Summer of 84 se situe quelque part entre les deux, tanguant davantage vers le mauvais côté de la balance.

La formule du genre-revival est simple puisqu’elle est entièrement basée sur la nostalgie. Summer of 84 possède le synopsis parfait pour un tel film : en 1984, quatre jeunes adolescents un peu perdants cherchent quoi faire pendant leur été et finissent finalement par enquêter sur un de leurs voisins qu’ils soupçonnent être un tueur en série. Mais une oeuvre ne peut se construire que sur une base nostalgique, il lui en faut plus pour être mémorable et, surtout, originale. D’autant plus qu’avec les années, les attentes quant à plusieurs enjeux de représentations et le traitement de sujets plus difficiles sont - avec raison - de plus en plus exigeantes. Niveau originalité, il faut avouer que les RKSS et leur duo de scénaristes ont pris quelques risques, principalement au niveau du dénouement et de certaines images graphiques. Mais globalement, il s’agit d’un effort plutôt ordinaire et parfois même plutôt maladroit. Un des éléments qui faisait de Turbo Kid une réussite était qu’il ne se prenait pas au sérieux, mais Summer of 84 ne laisse rien deviner de tel, et son histoire n’est ni suffisamment intéressante, ni suffisamment adroitement écrite pour se le permettre. Certains clichés et certaines narratives ont d’ailleurs tellement mal vieillies qu’elles n’avaient tout simplement pas leur place dans un film réalisé en 2018, éveillant en moi plusieurs malaises partagés par d’autres spectateurs et spectatrices s’étant regardé avec embarras dans plusieurs scènes mettant en scène un personnage féminin complètement irréaliste, reflétant un male-gaze adolescent profondément inapproprié. Le film est malgré tout ponctué de bons moments, et met en vedette de jeunes acteurs plutôt talentueux, mais il aurait gagné à prendre en compte son potentiel camp et diversifier son contenu. (2/5)

Summer of 84 était précédé du court-métrage Fauve réalisé par Jérémy Compte. Ayant beaucoup circulé depuis le début de l’année et notamment récipiendaire du prix du jury de court-métrage au dernier festival de Sundance, Fauve est une expérience cinématographique remarquable dont il ne faut pas trop dévoiler les détails pour en profiter au maximum. D’une direction photo impeccable à un jeu d’acteurs d’une intensité surprenante pour d’aussi jeunes garçons, il s’agit d’une oeuvre viscérale profondément touchante et troublante. À travers une histoire rappelant un court drame à la Maupassant, de nombreux sujets sont abordés tels que la masculinité toxique, l’inévitabilité de la mort et l’amitié, le tout avec énormément de compassion de subtilité. Fauve est une oeuvre poignante et de toute beauté, Jérémy Compte est définitivement un réalisateur à surveiller. Ma soirée aurait pu être entièrement satisfaite une fois le générique de fin entièrement déroulé. (4.5/5) AJL

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