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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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LES YEUX TOUT AUTOUR DE LA TÊTE

13 juillet au 2 août 2017, Montréal

jeudi 20 juillet 2017, par Anne-Julie Lalande

Tel que promis, mon premier compte-rendu de films vus aux Festival Fantasia !

JAPANESE GIRLS NEVER DIE

Les jeunes filles japonaises ne meurent pas, peut-être, mais elles sont confinées à une vie strictement orientée en fonction de leur genre. Fréquemment reléguée à simple génitrice sans potentiel en-dehors de la maternité et du mariage, la femme japonaise est objectivée et est considérée comme accompagnatrice de l’homme sans capacités professionnelles, mais doit toujours continuer à sourire, être belle, renvoyer au fantasme de la jeune écolière (le documentaire Tokyo Idols, également présenté à Fantasia cette année, traite du même sujet). Le film de Daigo Matsui renvoie à l’oppression des femmes par le patriarcat à travers trois récits qui s’entrecroisent : une bande d’écolières sème la terreur en agressant les hommes qui ont la malchance de croiser leur chemin, une femme de 28 nommée Haruko disparaît mystérieusement, et de jeunes adultes placardent le visage de la femme disparue à travers la ville à l’aide de pochoirs. Les trois récits se rejoignent à travers le film, mais l’élément qui les rattache principalement n’est pas spatio-temporel, il s’agit plutôt d’observations sur les répercussions du patriarcat dans la société japonaise.

La structure non-linéaire du film altère sa qualité narrative à un point suffisant pour que le spectateur en sorte confus et désorienté. Malgré de bonnes intentions quant à la dénonciation du mode de vie des femmes et filles japonaises, le film emprunte tellement de directions et évoque tellement d’idées que son message, ou du moins ce qu’on en retient, s’en voit négativement affecté. Certaines phrases prononcées par Haruko sonnent parfois faux par leur naïveté dans le contexte dans lequel elle existe et vit. Une fois le film terminé, de bons coups sont retenus (tels que le jeu des acteurs et actrices, la direction photo et artistique évoquant parfaitement la jeunesse et son usure…), mais n’empêche que le premier sentiment reste celui d’avoir assisté à la projection d’un vidéoclip de Grimes de 1h40. (3/5)

BRIGSBY BEAR

James est un homme dans la mi-vingtaine (difficile à croire considérant la trentaine évidente de Kyle Mooney) qui habite toujours chez ses parents. Sa chambre est tapissée d’éléments divers se rapportant à une émission de télévision qu’il écoute chaque jour sur VHS nommé Brigsby Bear. Brigsby est un ours qui, tel n’importe quel héros de série jeunesse, se tire de n’importe quelle situation, avec comme ajout une morale toujours très précise adressée directement à la caméra (« Remember that curiosity is an unnatural emotion ! » en est une tout de même assez mémorable). James connaît par coeur tous les épisodes et ce qui les entoure, créant une genre de mythologie de Brigsby sur laquelle il tient un blogue. James reviendra (littéralement) à la réalité le jour où il découvrira qu’il est la seule personne sur la planète à regarder et connaître les aventures de son ourson fétiche, puisqu’il a été kidnappé par un couple lorsqu’il n’était qu’un nourrisson et que ceux-ci contrôlaient son comportement à travers les enseignements de Brigsby depuis toutes ces années. Aie-je mentionné qu’il s’agissait d’une comédie ?

Qu’est-ce qui est drôle dans ce film du réalisateur de sketches SNL Dave McCary ? De quoi peut-on rire ? Sans insinuer que le film n’est pas drôle, puisqu’il l’est, il faut tout de même se questionner sur la nature de la comédie…le kidnapping d’enfant devrait-il vraiment servir de catalyseur à l’humour ? Outre ce questionnement, Brigsby Bear est une comédie aux airs de déjà vus (Blast From the Past, 40 Year Old Virgin…) malgré tout assez efficace pour quiconque à l’aise avec son type d’humour. (3/5)

MY FRIEND DAHMER

« There are a surprising number out there who view Jeffrey Dahmer as some kind of anti-hero, a bullied kid who lashed back at the society that rejected him. This is nonsense. Dahmer was a twisted wretch whose depravity was almost beyond comprehension. Pity him, but don’t empathize with him. -Derf Backderf »

My Friend Dahmer est basé sur le roman graphique du même titre écrit et dessiné par Derf Backderf, ancien camarade de classe du tueur américain Jeffrey Dahmer. Le film prend une approche beaucoup plus objective que sa source d’origine, choisissant de se centrer davantage sur la vie familiale du tueur à en devenir plutôt que de fournir une transcription des réflexions et des points de vue de Backderf. My Friend Dahmer aurait été un des films les plus fascinants de l’année s’il ne s’agissait pas d’un récit basé sur des faits réels. Qu’il relate de la vie d’un des criminels les plus perverts du siècle dernier rend son expérience davantage malsain et voyeuriste. Cela n’enlève rien à sa qualité en temps que produit, mais soulève la même chose que Dahmer (film de 2002 avec Jeremy Renner) : s’agit-il d’une tentative d’humanisation d’une figure qui ne mérite pas cette possibilité, qui devrait d’ailleurs même être relégué aux oubliettes ? Mais la curiosité a tendance à l’emporter sur la logique, ainsi, de choisir de représenter un Jeffrey Dahmer encore innocent de ses crimes, adolescent en lente déchéance vers les coins le plus sombres du psyché humain, est une option beaucoup plus envisageable moralement que de présenter et d’écrire ses crimes, ce qui reviendrait à les glorifier, ou du moins les mythifier par leur simple représentation visuelle.

D’accorder un intérêt tellement fort à un cas aussi morbide, au point d’en faire un film (contrairement à Backderf, qui semble davantage exorciser ses démons et se questionner sur l’absence des adultes de la vie de son ancien camarade), témoigne certainement d’un trouble pour le macabre. De mentionner le nom des nombreuses victimes du tueur ou de leur dédier le film aurait par contre pu alléger la conscience de n’importe qui impliqué, artisan ou spectateur, et aurait été un geste nécessaire. (3.5/5)

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