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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

LA DEUXIÈME VAGUE

13 juillet au 2 août 2017, Montréal

mardi 25 juillet 2017, par Anne-Julie Lalande

TOM OF FINLAND

Le nouveau film de Dome Karukoski est un biopic de l’icône queer Tom of Finland, de son vrai nom Touko Valio Laaksonen, artiste homo-érotique ayant débuté sa carrière après avoir servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses dessins explicites auront su donner forme à de nombreux symboles de la communauté gay, telle que l’esthétique empruntée au monde de la moto. Son travail a d’ailleurs largement inspiré d’autres artistes s’identifiant comme queer, notamment Robert Mapplethorpe et Kenneth Anger. Ses oeuvres s’illustrent bien sûr comme ce qu’on pourrait qualifier de pornographie, mais il s’agissait de beaucoup plus que de tracer d’énormes organes et des pantalons de cuir serrés, et Karuokski réussit parfaitement à le traduire dans son film, qui devient un véritable hommage à la vie de l’artiste.

Biopic conventionnel, le film retrace la vie de Laaksonen à partir de ses années sur les champs de bataille jusqu’à l’aube de sa mort, traçant ainsi un arc narratif classique au récit biographique habituel. D’ailleurs peut-être trop classique, ou plutôt « classy » pour son sujet. La raison ayant valu à Tom of Finland de devoir s’affubler d’un pseudonyme plutôt que de signer son vrai nom est bien évidement due la répression et l’oppression que vivaient les homosexuels à l’époque et particulièrement dans son pays (le mariage entre deux personnes du même sexe n’est légal en Finlande que depuis mars dernier). De conserver une image léchée de la sexualité et de la montrer autant en retrait envoie un message quelque peu contradictoire à celui de tolérance et d’espoir pourtant explicitement développé par le film. Cela n’enlève rien à sa fluidité et son efficacité, ni à l’incroyable performance de l’interprète de Laaksnonen, Pekka Strang, mais il faut tout de même mentionner que la pudeur générale du film porte atteinte à l’audace de son protagoniste et son empreinte. (4/5)

SENIOR CLASS

Le coréen Hong Deok-pyo signe avec Senior Class son premier film pour le studio d’animations DadaShow, reconnu principalement pour les films de Sang-ho Yeon, réalisateur de Seoul Station et Train to Busan. Ce premier effort auprès du studio de la part de Deok-pyo est loin d’être mauvais, mais il est malheureux d’avouer qu’il est naïf et offensant. Senior Class commence alors que la dernière année d’université dans une école d’art de ses personnages principaux tire à sa fin. Jung-Hoo a le béguin pour une de ses camarades, Ju-Hee, première de classe à l’aura mystérieuse pouvant facilement passer pour de la froideur et du mépris. Lors d’une rencontre fortuite, Jung-Hoo découvre qu’afin de continuer à pouvoir payer ses études, Ju-Hee se prostitue. Elle lui demandera de le cacher à leurs camarades de classe, ainsi créant un secret permettant de créer un lien entre eux. Ju-Hee est donc le sujet parfait et cliché du male gaze malsain trop souvent entretenu par l’anime coréen, une femme chez qui l’intelligence ne peut pas côtoyer la vertu, automatiquement « slut-shamée », et pas seulement à cause de son emploi.

Plus l’histoire se délite, plus les personnages deviennent détestables, cruels parce que hantés par leurs démons, leurs envies, leur jalousie et leur honte. On voudrait croire qu’il s’agit d’éléments nécessaires à cet anti-coming-of-age, et que son réalisateur tente d’aller explorer les coins sombres des pulsions humaines avec violence, mais il est impossible de ne pas remarquer la texture trop évidemment mince des personnages féminins au détriment de ceux masculins. Les femmes sont punies pour leurs moindres faits et gestes, alors que les hommes ont toujours droit à une justification, qu’il ne s’agisse de leurs tempéraments ou de leurs raisons. Malgré son trait de crayon efficace et sa construction prometteuse, Senior Class aurait pu être dérangeant d’une façon constructive, mais il dérange plutôt à travers la misogynie qu’il traduit malgré lui. (2/5)

FREE AND EASY

Dans le nouveau film de Jun Geng, plusieurs individus se côtoient et se rencontrent dans diverses situations rocambolesques à l’intérieur d’une petite ville chinoise fictive. Un faux moine tente de quémander de l’argent aux passants, un charlatan fait sentir des savons empreint d’une substance qui rend les gens inconscients afin de les voler sans confrontation, un fervent chrétien cherche à retrouver sa mère disparue depuis des années, et plusieurs autres hommes tous aussi farfelus s’ajoutent à la distribution. La réalisation très froide et distancée rappelle celle de notre local Stéphane Lafleur, mais l’humour y est très différent, avec un écart beaucoup plus large entre les personnages et leurs potentielles motivations. Le rythme y est particulièrement lent et les personnages, aussi farfelus soient-ils, sont peu faciles à apprécier et jauger. Free And Easy semble donc porter assez ironiquement son titre, offrant une expérience intéressante, immersive dans la solitude de ses personnages, offrant un message social et politique sur les conséquences de l’individualisme, mais au bout du compte, il en revient à chacun de terminer si l’effort en vaut la peine. (2.5/5)

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