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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

AUTOFICTIONS

13 juillet au 2 août 2017, Montréal

lundi 31 juillet 2017, par Anne-Julie Lalande

La programmation du Festival Fantasia de cette année, principalement celle de la section Camera Lucida, s’intéresse encore et toujours, bien sûr, à sa mission première : la diffusion du cinéma de genre. Mais les horizons semblent s’ouvrir d’année en année, faisant place à des pièces hybrides, utilisant l’horreur dans le but de présenter la véritable horreur d’une situation, ou bien hybrides au point de rendre un titre impossible à catégoriser entièrement…

MOST BEAUTIFUL ISLAND

Most Beautiful Island est la première réalisation d’Ana Asensio. En plus de l’avoir écrit et réalisé, elle y interprète le personnage principal, donnant ainsi une dimension intéressante au récit inspiré de faits vécus ; l’idée principale du film provient de ses expériences en tant que femme immigrée et sans papier tentant de se débrouiller dans la ville de New York. Les évènements mis en scène à l’écran ne lui sont pas vraiment arrivés — elle l’a répété maintes et maintes fois en entrevue, — mais son but n’était pas de traduire son expérience exacte. Il s’agissait plutôt de mettre en image l’angoisse, l’anxiété et l’inconfort de sa condition. Les premières minutes du film sont d’ailleurs très représentatives de l’universalité et de la relativité de cette position ; la caméra circule à travers la ville, passant d’une femme à une autre, s’y attardant juste assez longtemps pour qu’on puisse croire que son arrêt sur le personnage d’Asensio (prénommée Lucienca) pourrait être purement aléatoire et que même s’il s’agit de l’histoire d’une femme immigrée en particulier, son histoire servira à quelque chose de plus vaste qu’explorer son expérience personnelle. Most Beautiful Island devient ainsi un testament du rêve américain, ayant pour encre la sueur, les larmes et le sang de tous ceux et celles qui ont été recrachés par un système qui choisit de les ghettoïser. Le grain du 16mm rappelle le New York des années 70 capté sous la caméra de Scorsese et Allen, mettant ainsi davantage l’accent sur une époque révolue, qu’il est impossible de reproduire malgré la nostalgie s’y apparentant. Malgré ses quelques faiblesses, cette première réalisation d’Ana Asensio s’avère être un thriller efficace, et une nécessité sous l’ère Trump. (3.5/5)

DRIB

Ce premier long-métrage documentaire de Kristoffer Borgli se trouve à jouer dans un terrain semblable à la fiction d’Asensio, révoquant sa qualité de documentaire à plusieurs reprises. Drib est le nom d’une compagnie de boisson énergisante fictive, créée par Borgli afin de taire le nom de la véritable compagnie derrière l’idée originale du film.

Il y a quelques années, un type de vidéo avait fait fureur sur le web ; un homme provoquait des gens afin qu’ils s’en prennent à lui et le battent jusqu’au sang. Il a été dévoilé plus tard qu’il s’agissait d’une fraude et que la victime des vidéos, Amir Asgharnejad, payait ses faux bourreaux et que l’ensemble des vidéos était donc entièrement mis en scène. Mais avant que quiconque ne découvre la véritable nature du phénomène internet, une compagnie de boissons énergisantes avait approché Asgharnejad afin qu’il apparaisse dans leurs publicités. Les choses ont évidemment drôlement tourné, et Borgli y a rapidement perçu un récit digne d’un film.

L’histoire en tant que telle semble donc effectivement déjà parfaite pour un long-métrage de fiction, mais Borgli complexifie les choses en rendant son film indéfinissable en termes de genre. Passant de documentaire tête-parlante, en interviewant directement Amir, à la recréation des évènements avec Amir lui-même tenant le rôle principal jusqu’au moment où la caméra se retourne sur Borgli qui présente des extraits du scénario de son propre film ou qui commente certaines de ses décisions de mise-en-scène, Drib est un véritable OVNI dans lequel il est finalement impossible de démêler le vrai du faux.

La fascination de Borgli pour un certain extrémisme internet remonte à son très beau court-métrage documentaire Whateverest (2012), dans lequel il documentait les allées et venues d’un phénomène de la toile connu pour concocter ses propres mixtures hallucinogènes, frôlant ainsi facilement l’humiliation lorsque sous leur influence. Il semblerait que malgré la célébrité internet des deux sujets, la thématique principale qui les unit réside plutôt dans les limites de l’orgueil, de l’humilité. Quoi de mieux pour critiquer l’industrie de la publicité ? C’est ce que Borgli fait avec cynisme et avec un regard toujours agréablement insolent (et même paradoxal considérant certaines de ses techniques sur le plateau) qui rappelle les dessous essentiellement mercantiles et déshumanisés derrière cette industrie.

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