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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

A GHOST STORY

Sailor Bear, Zero Trans Fat, Ideaman, Scared Sheetless

dimanche 16 juillet 2017, par Anne-Julie Lalande

En exergue du film, Cet extrait issu de la nouvelle A Haunted House résume à elle-seule une large portion des vastes thématiques explorées par cet ingénieux petit bijou ; soit l’incommensurable, les concepts de présence et d’occupation d’espace ainsi que la temporalité et ses éventualités, sans oublier l’appréhension de la mort, inévitable dans un contexte d’épouvante. D’une étendue philosophique et émotionnelle remarquable, A Ghost Story saisi et ébranle par la portée de ce qu’il soulève, et encore plus grace à l’humilité par laquelle il s’y prend.

« Whatever hour you woke, there was a door shutting.

- Virginia Woolf

C (Casey Affleck) décède dans un accident de voiture alors que lui et sa conjointe M (Rooney Mara) s’apprêtaient à déménager de leur maison. À la morgue, M se penche sur le corps de son défunt amoureux et quitte rapidement la pièce. Quelques secondes plus tard, le cadavre se relève, toujours affublé du drap blanc le recouvrant, et retourne vers ce qu’il considère encore être chez lui. À l’allure du fantôme cartoonesque, il se meut à travers la demeure sans jamais pousser un son, observant sa désormais veuve faire son deuil jusqu’à ce qu’elle se mette à tranquillement lui échapper.

Un acteur récompensé aux Oscars portant un drap blanc sur la tête pendant près d’une heure et demie dans un film au budget de 100,000$ était certainement un pari risqué. Et pourtant, ce sont tous ces éléments qui contribuent à sa réussite. A Ghost Story conserve ainsi un ensemble profondément intimiste et personnel, atteignant le sublime avec pudeur et modestie. Il s’agit grossièrement d’un Tree of Life sans prétention. Il est d’ailleurs souvent mentionné que le cinéma de Lowery semble être fortement influencé par l’aspect pastoral des films de Terrence Malick, mais avec A Ghost Story, il affirme son individualité et se détache de futurs observations quant aux ressemblances entre ses projets et ceux du vétéran réalisateur.

Le montage précis et fluide, la direction photo et l’ambiance sonore oniriques, ainsi que le ratio d’image carré mis tous ensemble créent un univers à la fois obscur et lumineux qui évoque la nostalgie, la mélancolie et surtout, l’intemporalité. L’intemporalité marquée non seulement par de nombreuses scènes se suivant les unes après les autres évoquant le passage du temps, sa grandeur et sa nature parallèlement éphémère et éternelle, mais celle qu’on retrouve dans la simple reconnaissance d’un symbole, d’un objet, d’un geste. A Ghost Story pourrait n’avoir aucun dialogue, être vu par quelqu’un qui ne parle aucune des langues y figurant et pourrait en l’apprécier également. Comme quoi le cinéma est un langage en soi, et que Lowery l’utilise à la manière d’un poète, nous hantant par ses images texturées et mélodieuses.

Présenté à Fantasia en présence du réalisateur vendredi dernier le 14 juillet, le film prend l’affiche à Montréal le 4 août. (4.5/5)

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