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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

En conclusion

FANTASIA 2016 (3)

Montréal, du 14 juillet au 3 août 2016

samedi 6 août 2016, par Anne-Julie Lalande

Et voilà, déjà terminé ! Un des festivals de cinéma les plus longs et réjouissants de Montréal est terminé et il faut déjà attendre la prochaine édition afin de s’empiffrer de films de genre de toutes sortes parmi des spectateurs qui rendent l’expérience encore plus satisfaisante par leurs réactions d’une intensité toujours parfaitement adéquate. Alors voici mes dernières critiques pour les films que j’ai pu voir au cours de cette dernière semaine.

EMBERS

Imaginez un monde dans lequel la population entière se réveille chaque matin sans se rappeler de la vieille. Dans ce premier film, Claire Carré imagine un monde post-apocalyptique qui questionne la notion d’identité de la personne en fonction de sa mémoires et des souvenirs qui le forge. Est-il possible de vivre dans le moment présent uniquement et de réapprendre à se familiariser aux concepts nous entourant jour après jour à des moments imprécis ? Suivant divers personnages et leurs histoires bien à elles et à eux, le spectateur est confronté à plusieurs réflexions quant au déterminisme et au principe même de l’identité. Par exemple, un homme profondément violent, meurtrier et dangereux sème la terreur aux alentours, puis se réveille le lendemain comme une victime prêt à tout laisser derrière lui. Nos souvenirs et nos expériences nous définissent-ils ? Ou malgré table-rase inconsciente nous restons les mêmes ? La réflexion est particulièrement intéressante, mais n’est pas assez exploitée faute de consistance. Certaines histoires qui nous sont proposées sont particulièrement captivantes : celles de cet homme loup un jour et agneau l’autre jour et de deux amoureux qui se séparent et se retrouvent fonctionnent très bien, mais d’autres avec du potentiel s’étendent et n’amènent pas aussi loin qu’elles le pourraient. Malgré un sentiment quelque peu inachevé, Embers est une première oeuvre très forte qui se démarque par une superbe direction artistique et qui démontre aisément la forte capacité de mise-en-scène de sa réalisatrice.

AGONIE

Agonie est définitivement l’un des films les moins crowd-pleaser de l’année. Avec une prémisse pourtant intrigante malgré quelques airs de déjà-vu, son écoute mène à une insatisfaction qu’on sent très volontaire de la part de son réalisateur David Clay Diaz. Le film s’ouvre sur une phrase qui trahit la nature véridique du film par le fait qu’il soit inspiré de faits réels. Suivant la vie de deux jeunes hommes adultes qui résident à Viennes qui n’ont rien qui les rattachent facilement entre eux, le film agit comme un point d’interrogation sur le catalyseur de la violence, et plus précisément la violence chez les jeunes. Visuellement calculé de façon presque mathématique, à la manière de Michael Haneke, le film est empreint d’une froideur et d’une extrême lenteur qui dérange et qui prend parfois directement à la gorge. La caméra capte ses personnages de façon à les rendre sujet d’interprétation. Jamais protagonistes ou antagonistes, les deux Viennois provoquent difficilement l’identification du spectateur. Très difficile d’accès et plutôt frustrant, Agonie témoigne la virtuosité de mise-en-scène de son réalisateur et questionne sans cesse sans donner aucune piste de solution afin d’illustrer le vide existentiel et le manque de volonté et de but d’une génération blasée.

TOWER

Tower est également un film profondément frustrant, mais d’une façon complètement différente. Projeté la journée même de du cinquantième anniversaire de l’évènement qu’il raconte et met en scène, Tower porte sur ce qui est considéré comme la première fusillade de masse de l’ère moderne aux États-Unis à l’Université du Texas à Austin le 1er août 1966. Documentaire d’animation, le film agit comme un hommage aux victimes et un plaidoyer de l’espoir et de la solidarité. Son montage entre animation et archive en plus d’un montage sonore d’un réalisme troublant également teinté de nombreuses archives médiatiques créent une ambiance profondément immersive. Véritable film coup de poing, ce film de Keith Maitland prend l’affiche à un moment particulièrement approprié dans l’histoire de l’Occident moderne, tentant de mettre des mots sur une tragédie et tâcher de la décortiquer afin de la comprendre d’une façon ou d’une autre. Malheureusement, selon les dires des quelques représentants du festival présents sur place, une partie de la conclusion a été retirée et change profondément l’essence première du film. Cette partie supprimée rappelait la mise en place d’une loi permettant le port d’arme sur le campus de l’Université en vigueur à partir…du 1er août 2016 ; quelle triste ironie. Cependant, la suppression de cette section (dites bonjour aux lobbyistes) n’altère pas à son message porteur de paix, de profonde humanité et de respect mutuel et en lisant entre-les-lignes, il est évident qu’il évoque le besoin pressant de resserrer les lois quant au port d’arme aux États-Unis. Tower est de loin l’un des films les plus marquants du festival et parions que nous n’avons pas entendu d’en parler.

I AM NOT A SERIAL KILLER

Mettant en vedette le légendaire Christopher Lloyd et Max Records (qui a beaucoup grandi depuis Where the Wild Things Are/Max et les Maximonstres), I Am Not a Serial Killer est une adaptation du bestseller du même titre écrit par Dan Wells. Dans une petite ville du midwest des États-Unis, un tueur sévit et vole certaines parties du corps de ses victimes. John (Max Records) s’y intéresse d’une façon particulière, considérant que son psychothérapeute lui a diagnostiqué un tempérament sociopathe et qu’il envisage parfois secrètement le meurtre devant les gens qu’il méprise. Adolescent pourtant très charismatique malgré ses tendances à la morbidité, John se liera d’amitié avec celui qu’il suspecte être l’auteur de ces nombreux crimes. Billy O’Brien livre un film profondément amusant qui laisse pourtant le spectateur au bord de son siège du début à la fin. Thriller gore vachement efficace, I Am Not a Serial Killer est également teinté d’une bande-originale d’ambiance très agile en plus de mettre en scène des acteurs surprenants dans des rôles qu’on ne leur connaissait pas encore. Max Records a définitivement une belle carrière devant lui, livrant ici une performance empreinte d’un charisme à la fois menaçant et attachant, il apporte toutes les nuances nécessaires à son personnage.

Le film était suivi d’une séance de questions et réponses avec Christopher Lloyd qui répondit généreusement aux questions du public pendant une trentaine de minutes, décrivant ses rôles les plus importants, passant de One Flew Over the Cuckoo’s Next aux films de la Famille Adams et son travail aux côtés de Leonard Nimoy dans la série Star Trek. Plein d’entrain et d’énergie, il a eu droit a une longue ovation bien méritée.

Pour sa vingtième édition, le Festival a su se démarquer avec des invités de marque et des évènements hauts-en-couleurs, qui lui permettent d’acquérir à chaque année davantage de notoriété ; Fantasia est maintenant considéré comme l’un des plus grands festivals de film de genre d’Amérique du Nord ! Avec environ 100 000 participants cette année, l’évènement se porte très bien et se montre à la hauteur de toutes les attentes. Des projections généralement à l’heure avec très peu de retard, des présentations des films intéressantes avec des invités pertinents et parfois légendaires (Takashi Miike, Guillermo Del Toro, Christopher Lloyd et Kevin Smith cette année par exemple).

Bref, Fantasia est un festival qui permet à plusieurs cinéphages et cinéphiles de se gaver de cinéma passant d’un genre à l’autre en satisfaisant tout le monde avec son ambiance invitante et grâce à sa mission première : diffuser le cinéma de genre et permettre à plusieurs films une visibilité qui leur sera difficile d’avoir autrement par la distribution. Ma seule déception réside dans le fait que j’en aurais pris davantage, concilier travail et Fantasia n’est définitivement pas une partie de plaisir ! Mais bon, à l’an prochain !

Je vous conseille de vous tenir au courant des sorties à venir concernant les films dont j’ai parlés qui vous semblent intéressants. Bon cinéma et longue vie au cinéma de genre et au Festival Fantasia !

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