[]

Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

2ième semaine

FANTASIA 2016 (2)

Montréal, du 14 juillet au 3 août 2016

dimanche 31 juillet 2016, par Anne-Julie Lalande

LET ME MAKE YOU A MARTYR

Il est assis évident que sans son casting particulier, Let Me Make You a Martyr aurait passé sous le radar sans que personne ne se pose de question. Afin d’éviter de ne faire qu’une critique négative qui n’apporterait rien d’autre qu’une satisfaction personnelle, mes impressions se résument ainsi : généralement, un film doit éveiller ou capter soit l’attention, la curiosité ou l’intérêt de celui qui le regarde. Aucun de ces éléments de s’applique à ce premier long-métrage de Corey Assaf. Drabe pastiche raté et caricatural de quelque chose entre un esthétique glauque et un épisode de True Detective, Let Me Make You a Martyr semble être le pilote d’une série qui ne serait pas renouvelée. Marilyn Manson et Mark Boone Jr. y livrent des performances très justes, mais vites oubliées. Dommage.

LAZY, CRAZY, HAZY

Cette première réalisation de Luk Yee-Sum représente deux choses qui reflètent bien l’édition du Festival Fantasia de cette année. Par le fait qu’il s’agisse d’un film de la Corée du Sud, qui occupe une place de choix à la programmation, et également qu’il s’agisse d’un début à la réalisation. Lazy, Crazy, Hazy se concentre sur l’histoire de trois jeunes femmes de 18 ans en focalisant sur une thématique principale : la sexualité. Deux d’entre elles se prostituent sans jamais en avoir honte et l’autre, arborant de larges lunettes traduisant maladroitement son caractère pudique et virginal, est effrayée tout en étant fascinée par « la chose » jusqu’à finalement adhérer davantage aux valeurs de ses copines. Lazy, Crazy, Hazy porte merveilleusement son titre ; négativement et positivement. Crazy positivement puisqu’il faut saluer l’originalité visuelle très agréable dans ses teintes pastels et colorées. Mais Lazy et Hazy puisque ce qui fait en sorte qu’au bout du compte, le film ne fonctionne pas vraiment réside en sa paresse ou du moins sa maladresse au niveau de l’écriture. Un scénario très faible combiné à des sous-titres dans un anglais boiteux donnent naissance à un récit qui se veut simple et appliqué, mais qui détourne l’attention du spectateur à force de le laisser nager dans un néant qui s’apparente bien à la versatilité adolescente de ses protagonistes. Malgré une représentation très positive de la sexualité féminine, Luk Yee-Sum signe un scénario faible qui atteint à la crédibilité du film.

I, OLGA HEPNAROVA

Histoire vraie basée sur la vie d’une jeune femme particulière en Tchécoslovaquie dans les années 70, I, Olga Hepnarova sort définitivement du lot parmi la majorité des films pour lesquels Fantasia est le plus connu. Avec une esthétique noir et blanc rappelant de le dernier succès Ida du Polonais Pawel Pawlikowski, lauréat de l’Oscar du meilleur film étranger il y a quelques années, I, Olga Hepnarova est d’une austérité frappante. Suivant le parcours atypique d’une asociale méprisable d’une première tentative de suicide à sa condamnation après un crime commis de sang-froid, le film s’ancre dans une expérience essentiellement psychologique parfois redondante et lourde. Très loin pour autant d’être indigeste, I, Olga Hepnarova soulève plusieurs questionnements parfois difficiles sur la pertinence controversée d’un tel sujet exploité de façon narrative, tout en permettant à la superbe actrice Michalina Olszanska de se fondre à une personnalité qu’elle même semble parfois avoir de la difficulté à saisir.

THE BACCHUS LADY

Ce film, ainsi que le prochain de ma revue de la semaine, font partie de mes plus grands coups de coeur du festival aux côtés de Hunt for the Wilderpeople. The Bacchus Lady - encore un premier film - explore plusieurs thématiques actuelles à la Corée du Sud et complète parfaitement le vide laissé par Lazy, Crazy, Hazy. Touchant divers sujets sociaux se rattachant à la vieillesse, le film, qui se traduit littéralement « The Lady Killer », aborde ce phénomène qu’est la prostitution chez les femmes d’âges mûres, surnommées les femmes Bacchus en Corée et plus précisément à Séoul. Comédie drôlement touchante et authentique, on y suit So-Young (magnifique Youn Yuh-Jung), femme Bacchus de 65 ans récemment diagnostiquée avec une MTS dans un bureau de médecin où par d’étranges circonstances elle récupérera un petit garçon dans le tracas. Il est légitime de qualifier le film de féministe puisqu’il met en scène une femme sénior à l’aise avec sa sexualité et affranchie devant les tabous et les jugements, et permet à sa voix et à celle de toutes les femmes vivant dans sa situation de s’élever. Le travail de So-Young n’étant d’abord qu’un gagne-pain lui permettant, comme la majorité de la population vieillissante coréenne, de subvenir simplement à ses besoins, il se mutera finalement en quelque chose qui permet aux deux ultimes pulsions de l’homme, le sexe et la mort, de se croiser et de lui poser dilemme devant son impuissance (dans les deux sens du terme dépendant de la situation !). Charmant, vivant et intelligent, The Bacchus Lady de E-J-young captive le spectateur et le fait rire jusqu’à en oublier ses minimes défauts.

ALOYS

Lauréat du Fipresci dans la section Panorama de la dernière Berlinale, Aloys de Tobias Noelle est une proposition à la fois audacieuse et intimiste, principalement sur le plan de sa structure narrative et de son montage. Aloys Adorn a récemment perdu son père avec lequel il gérait une petite entreprise de détective privé n’ayant qu’eux deux comme seuls employés. Aloys gagne donc grossièrement sa vie en espionnant les gens sans jamais entrer en contact avec eux. Une fois son père décédé, cette tâche se mute en une allégorie de la solitude et de l’incommunicabilité adroitement mise-en-scène. Mais un jour, après s’être bêtement endormi dans un autobus de la ville, Aloys se réveille et constate que sa caméra et ses nombreux films ont été volés. La cambrioleuse l’appellera par la suite afin de lui faire voir les choses différemment afin qu’il se mérite ses effets personnels à nouveau. Par ses couleurs à la fois cireuses et vives, Aloys est un portrait fin et mélancolique de la solitude et de la chaleur que procure la présence d’autrui. Il évoque également avec brio l’introversion qui mène parfois à préférer un monde de sa propre concoction à une réalité qui pourrait s’avérer être heureuse cognant pourtant férocement à la porte…Exploitant des possibilités de montage astucieuses, ce premier long-métrage (oui, encore un premier film !) de Noelle est empreint d’une sensibilité onirique remarquable.

POUR LA SEMAINE PROCHAINE

Si tout se déroule comme prévu, vous devriez pouvoir lire mes courts compte-rendus du film Train to Busan de Yeon Sang-Ho, Embers de Claire Carré, Agonie de David Clay-Diaz, Tower de Keith Meitland et I Am Not a Serial Killer de Billy O’Brien (en présence de l’acteur principal Christopher Lloyd, Doc. Brown lui-même !). Le tout sera bien entendu suivi par un compte-rendu final de l’ensemble du festival afin de bien conclure le tout et de vous donner envie d’y retourner l’année prochaine !

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0