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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Fantasia 2014 – Un bilan des plus édifiants

Du 17 juillet au 6 août 2014

dimanche 10 août 2014, par François Legault

Avec une journée supplémentaire de projections ajoutée à sa programmation, le festival fantasia peut se vanter d’avoir à nouveau conquis sa clientèle. Des records d’assistance ont à nouveau été battus ce qui confirme que le festival est en pleine santé et sera en mesure de nous en montrer encore plus durant les prochaines années. Bien qu’Eli Roth ait dû s’absenter alors qu’il devait être de la fête lors de la projection de son nouveau film, Ricardo Trogi, Abel Ferrara et même l’immense Mamoru Oshii ont brillé par leur présence lors de représentations à guichets fermés de leurs œuvres respectives. Pour plusieurs, Guardians of the Galaxy fût le moment fort du festival. D’un point de vue médiatique, le film présenté en 3D représentait sans doute la pierre angulaire de l’édition 2014 bien qu’aucun des artisans du film ne soit présent lors de sa projection.

Le volet Camera Lucidae, instauré en 2010 par Simon Laperrière, se voue au cinéma plus expérimental et aux extrêmes du film de genre. Sa présence fait dorénavant partie des nombreuses valeurs sûres du festival. On peut en dire autant du cinéma d’animation, des arts martiaux, de l’horreur et de la science-fiction qui ont toujours eu une place d’honneur dans la programmation. Quand les comédies criminelles et les drames psychologiques étranges parviennent à se faufiler entre deux films un mardi soir et remplir la salle on peut dès lors parler d’un franc succès. Ce sont ces surprises, ces perles inattendues qui attisent ma curiosité et qui souvent demeurent mes meilleurs souvenirs d’une année à l’autre. Je ne suis apparemment pas le seul à faire confiance à ces films plus obscurs puisque plusieurs d’entre eux sont tout de même présentés à guichets fermés.

Voici sans plus tarder un retour sur les projections et événements auxquels j’ai eu l’occasion d’assister lors de cette dernière semaine de l’édition 2014 du festival fantasia.

Présenté par nul autre que Mitch Davis, la cuvée 2014 de Slipstreams and Eclectic Sheep s’est avérée très impressionnante, j’irais même jusqu’à dire meilleure que celle de l’année dernière. Il s’agit là d’un programme de courts métrages de science-fiction axés sur les relations humaines plutôt que sur les effets spéciaux. On y élabore des concepts intéressants sans avoir à les étendre sur plus d’une heure pour gagner l’effet escompté. Le film Jiminy dans lequel les humains se font implanter un criquet dans la moëlle épinière afin de tomber en mode automatique a été choisi par le jury en tant que meilleur court métrage. J’ai aussi beaucoup appécié Prospect dans lequel un homme et sa fille explorent une planète étrangère à la recherche d’espèces végétales inconnues et se font attaquer par un pirate de l’espace. On y retrouvait une ambiance comparable à celle des classiques que sont Stalker et Solaris. Le film Merus Breach se démarquait des autres en jouant sur des sons stridents insupportables et The Landing m’a aussi impressionné par la qualité de ses images malgré son budget très limité.

Le drame de science-fiction Time Lapse a été un des premiers à afficher complet cette année, les billets pour les deux représentations s’étant vendus à une vitesse phénoménale. Le thème du voyage dans le temps y est ici rudement bien exploité. La caméra géante que trouvent trois colocataires leur envoie quotidiennement une image d’eux 24 heures dans le futur. Ils ont tôt fait d’utiliser celle-ci à leur avantage mais de manière bien imprudente, attirant sur eux des soupçons suivis de malheurs. La confiance entre eux s’effrite peu à peu. Les acteurs sont convaincants, leur jeu tient la route mais le film dans son ensemble donne quand même cette impression lourde d’avoir été conçu directement pour la télé. Bien qu’intelligent, le film semble manquer d’éclat. Je crois qu’un court métrage aurait pu retenir l’essentiel du film et le rendre plus percutant. Autrement un peu plus de contenu se serait avéré nécessaire.

DJ XL5 a mis la main depuis quelques années sur une recette gagnante. Son collage de courts métrages entrecoupés de scènes de films oubliés a vraiment de quoi donner la piqûre du zapping à quiconque y assiste. Plus comique encore qu’à l’habitude, la mouture 2014 de son zapping party a su faire rire la salle durant deux heures qui ont semblé bien courtes. En guise de mise en bouche, il nous sert souvent des vidéoclips d’une époque révolue qui à eux seuls valent le prix du billet. Trois acrobates dansaient et combinaient leur corps à la fois avec grâce et malaise durant cinq fascinantes minutes qui pour plusieurs s’apparentaient à de la torture. Jamais je ne me lasserai de partager ces rires nerveux. Une fausse bande annonce pour le film Akira mettant en vedette de vrais acteurs semblait si réelle que j’ai versé une larme. De nombreuses rumeurs courent sur un film mais aucune ne s’est jusqu’à présent concrétisée. Ces quelques minutes offraient un énorme espoir. Un court métrage de noël très drôle où des figurines représentant un cowboy et un indien tentant d’obtenir à tout prix leurs cadeaux a provoqué l’hilarité générale durant vingt bonnes minutes. Générer une telle frénésie auprès d’un public en leur faisant simplement visionner des courts métrages est un réel exploit. L’assemblage d’un programme comme celui ci est un travail énorme mais le résultat en vaut définitivement la chandelle.

Le film The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out the Window and Disappeared m’a conquis. Jamais je ne me serais attendu à une comédie de ce calibre. Le film regorge de bonnes idées. Le vieil homme a vécu tant de chose en cent ans qu’il a eu un rôle à jouer dans l’histoire partout dans le monde et à de nombreuses reprises. Les criminels à qui il dérobe cinquante millions sont idiots mais dangereux et imprévisibles. Les gens que l’homme côtoie en cavale sont d’un humanisme des plus touchants. Le jeu de l’acteur est si fantastique que je lui décernerais immédiatement un oscar. Le débit est parfait, on y passe du présent au passé sans arrêt mais jamais on ne s’ennuie. Le film est adapté d’un livre dont plus de trois millions de copies se sont vendues. Il n’y a rien d’étonnant là-dedans, je dois me procurer ce bouquin.

Le film Fuku-Chan of Fuku-Fuku Flats est plutôt navrant. Il s’agit d’une comédie romantique et comme dans la plupart d’entre elles on y a droit à quelques bonnes blagues originales mais l’ensemble est d’un mou palpable. Les personnages sont drôles mais l’histoire ne va nulle part. C’est parfois le cas avec les comédies asiatiques, celle-ci est loin de ressembler aux formidables Survive Style 5+ et The Taste of Tea qu’on a pu apprécier lors des précédentes éditions du festival. Les comédies romantiques sont souvent bien vides de toute façon, celle ci vaut quand même plus que la moitié des sorties américaines du genre. Je m’attendais simplement à plus, fantasia étant d’un naturel si généreux.

Je m’attendais à un drame dans le style de ceux d’Atom Egoyan avec Steel Cold Winter. J’étais bien loin de la vérité. Il s’agit plutôt d’un drame romantique qui vire un peu débile comme ce fût le cas pour Audition ou Sympathy for Mr Vengeance. Mais attention, je viens de nommer ici deux références cinématographiques incontournables, deux chefs d’œuvres intouchables. Ces deux films superbement réalisés sont néanmoins bien cruels et c’est là le seul véritable point en commun qu’ils ont avec Steel Cold Winter. L’action se déroule dans une ville enneigée et j’aime bien voir ce type de film en juillet, particulièrement quand je dors mal à cause de la chaleur. Deux adolescents au passé troublé s’approchent timidement et apprennent à s’apprivoiser. Les gens du village croient que la fille est une sorcière et méprisent sa famille. On les prend en pitié, on s’attend à ce qu’ils sauvent le village, mais non ! Ils se font justice dans un bain de sang alors que le film est presque terminé. Le ton change, les personnages aussi, on n’y comprend plus rien. On pourrait croire qu’un différent réalisateur s’est occupé de combler les dernières vingt minutes du film suite à un suicide du premier pour cause d’ennui et de claustrophobie. Je ne suis pas entièrement satisfait de ma description, elle donne encore envie de voir le film, mais je suis plutôt déçu.

Le film Frank est une superbe découverte. On comprend facilement pourquoi il a été adulé lors de sa présentation à SXSW. Frank est un chanteur timide et un peu fêlé qui se cache la tête sous un énorme masque de plâtre. Le gérant de son groupe engage un claviériste pour un soir et l’emmène de force dans un chalet où ils composeront et enregistreront un album. Le film donne exactement l’image de l’idée dont on se fait de ces artistes célèbres qui s’isolent pour écrire. La musique est accessible bien que truffée d’effets et d’expérimentations. On a l’impression de côtoyer Radiohead, Sonic Youth ou les Flaming Lips avec leurs manies et leurs lubies. On découvre cependant que les problèmes psychologiques dont souffrent plusieurs musiciens sont bien réels et mènent souvent à des carrières bien courtes. J’ai envie de me procurer ce film et de le visionner souvent. Le film Zero Charisma présenté l’an dernier nous expliquait avec brio la différence entre un geek et un douche bag. Frank de son côté nous fait vivre en huis clos la difficulté de joindre un groupe d’artistes pas toujours gentils et ouverts. Essayez de survivre dans le mile end en affirmant que vous n’aimez pas la confiture.

Ceci résume ma dernière semaine au festival. Mes films préférés en ordre d’appréciation cette année sont Preservation, The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out The Window and Disappeared, Frank, The Faults et Cold Eyes. Je ne surprendrai personne en disant que Kite est le pire. Était-ce un cauchemar ou ce film, pire que Tank Girl, pire que Mario Bros existe vraiment ? Qu’à cela ne tienne, cette édition 2014 s’est avérée fabuleuse. Je remercie l’équipe de fantasia de leur invitation et je n’ai encore cette année qu’un regret, c’est de ne pas m’être gavé davantage.

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