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Un retentissant succès

FESTIVAL FANTASIA 2013 (4)

À Montréal, du 18 juillet au 7 août 2013

mardi 13 août 2013, par François Legault

Les trois semaines de l’édition 2013 du festival Fantasia sont maintenant derrière nous. Un record d’assistance a de nouveau été établi cette année. Plus de 125 000 visiteurs se sont rendus sur place selon les dires de Pierre Corbeil, directeur du festival, qui a tenu à mettre de côté sa timidité et à prendre pour une rare fois la parole peu avant la dernière projection du festival afin de remercier l’ensemble de son équipe et de ses collaborateurs. On parle cette année d’une édition exceptionnellement forte puisque non seulement les grands films mais aussi les plus expérimentaux et difficile d’accès pour monsieur et madame tout le monde ont eu l’honneur d’ y être présentés à guichets fermés.

J’admets que l’ensemble de la programmation de cette année m’a également beaucoup impressionné. Je ne crois par contre pas qu’il ne s’agisse réellement d’une édition d’exception et je crois sincèrement que l’édition de l’année prochaine connaîtra autant sinon plus de succès. Depuis plusieurs années déjà, DJ XL5 lors de la présentation de son collage annuel de vidéos demande aux gens dans l’assistance de lever la main s’il s’agit de leur première visite à son show. On est habitués de voir un peu moins du tiers des gens se prononcer mais cette fois ci plus de la moitié de la salle ont levé la main. Le public du festival se renouvelle et la réputation de celui-ci est excellente. Les films se font de plus en plus variés et le public de plus en plus curieux. Fantasia s’étonne et se réjouit de la confiance du public mais celle ci est on ne peut plus méritée.

Voici donc le moment venu pour un retour sur cette dernière semaine du festival.

DJ XL5 a présenté devant une salle comble la dixième édition de son étourdissant programme de courts métrages qui a conquis l’ensemble de l’audience. C’est avec aux yeux des larmes de joie que Marc Lamothe a présenté les artisans de son spectacle, celui ci ayant eu la surprise d’un audacieux hommage orchestré par ses pairs. Près de cinquante amis et collègues du célèbre ‘’DJ qui ne spinne pas de musique’’ ont tour à tour adressé quelques mots de remerciement à celui-ci lors d’un montage vidéo présenté avant le spectacle.

Les courts métrages d’animation, d’action, d’horreur et de comédie se sont succédés à un rythme tel que personne ne semble avoir détourné les yeux de l’écran durant ces deux heures. Les films étaient suffisamment courts pour qu’on n’oublie jamais à quel type de présentation on a affaire et les surprises abondaient. Jésus qui affronte des zombies à coups de poisson, une strip-teaseuse qui découpe ses clients et un documentaire animalier des plus absurdes et impolis entrecoupés de séquences de vieux films spectaculairement mal traduits se sont donnés joyeusement la réplique alors que la salle hurlait de rire et applaudissait. J’ai déjà hâte à celui de l’an prochain.

La pièce de théâtre History of the Devil présentée à la Place des Arts m’a beaucoup surprise. Je m’attendais à une œuvre très sombre, poétique et lente. Il s’agissait plutôt d’une pièce sans prétention, présentée par une troupe allumée et talentueuse. Les sept artistes sur scène incarnaient tour à tour près d’une trentaine de rôles différents. Parfois ils se changeaient sur la scène même tout en récitant leur texte avec une totale désinvolture. Souvent quelques-uns d’entre eux incarnaient des ombres à l’arrière de la scène afin d’ajouter au réalisme des décors qui pour la plupart prenaient naissance à même notre imagination. L’équipe très à l’aise donnait l’impression que son jeu était d’une grande facilité. Malgré les trois heures de spectacle séparé d’un entracte tous les gens présents dans la salle sont restés jusqu’à la toute fin afin de connaître le dénouement de la pièce et d’applaudir à chaudes mains les artistes.

Le film d’horreur canadien The Dead Experiment aborde le thème tant exploité des zombies en y apportant beaucoup de nouveau. On parle ici du cadavre d’un étudiant revenu à la vie suite à une expérience scientifique. Il retourne chez sa copine qui l’a vu mourir quelques semaines auparavant et qui doit se faire à l’idée que son ami est de retour. Souffrant d’étranges effets secondaires il tentera de comprendre s’il lui est possible de survivre encore longtemps et s’il peut s’attribuer le mérite scientifique de son miraculeux retour. Le film frise à la fois le drame et la comédie par moments même s’il n’appartient à aucune de ces deux catégories. Le rythme est lent et le ton est plutôt ennuyeux. Ce n’est pas un mauvais film en soi mais il donne l’impression d’être un court métrage étiré sur plus d’une heure ou un film tourné pour la télé.

J’ai adoré le film Discopath de Renaud Gauthier. L’action du film se déroule en bonne partie à Montréal durant les années 70. Les costumes et les décors ont tous été méticuleusement choisis pour donner l’impression qu’on y est. Les sous-titres en anglais qui accompagnent le dialogue canadien-français sont à se tordre de rire. Les scènes de meurtres sordides signées Rémy Couture sont d’un réalisme aberrant et d’une brutalité sans nom. Curieusement, les morceaux de cadavres et le sang ne choquent pas et ne font qu’ajouter au côté comique de la situation. On pourrait y voir le même phénomène que dans les films Bad Taste et Brain Dead de Peter Jackson. La musique est prenante, les prises de vues fantastiques. Ce bijou n’est ni plus ni moins que le meilleur film québécois que j’ai vu, et de très loin. Bien qu’il s’adresse à un public averti, je souhaite à ce film et à son réalisateur un énorme succès.

À mi-chemin entre la comédie et la science-fiction, Plus One est un film plutôt étrange. Un énorme party de jeunes adultes vire au cauchemar quand une panne de courant étrange fait apparaître des doubles de ceux-ci qui répètent leurs moindres faits et gestes avec un décalage horaire. L’idée bien qu’originale est drôlement exploitée. On suit le personnage principal qui cherche une deuxième chance de reprendre avec sa blonde qui ne veut plus de lui. On a tendance à s’imaginer une multitudes de possibilités, on aimerait évoluer soi-même dans cette fête complétement démente au lieu de suivre le scénario imposé. Une balle de tennis trempée dans l’alcool et enflammée est projetée de tous côtés dans la pièce et un débile tente de se verser de la vodka dans les yeux, tout porte à croire que la soirée sera fantastique. Le film devient par moments très violent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi. Beaucoup d’éléments sont imprévisible ce qui est somme toute une bonne chose. La finale est aussi très étrange. On sent que le sujet aurait pu aller plus loin mais le film vaut néanmoins son pesant d’or.

Le Bad Film de Sion Sono m’a laissé perplexe. Il s’agit d’un film de près de trois heures monté à partir d’environ 150 heures de bobines tournées il y a de cela un peu moins de 20 ans. Le projet, souvent mis de côté par son réalisateur a finalement vu le jour cette année. Si Bad Film n’est pas un mauvais film il est très loin de briller par son excellence. On y traite de la guerre de gangs entre des japonais dans leur ville qui rejettent des immigrants chinois qui voudraient cohabiter. Le film se moque du racisme avec humour sans jamais choquer ce qui est plutôt rare. On se rend compte vers la moitié du film que la plupart des membres des deux gangs sont gays et qu’ils souhaitent faire la paix et faire leur coming out. Ils se procurent de vrais fusils dans lesquels ils ne mettent que rarement des balles et s’amusent à faire semblant de s’entretuer. Parfois ils jouent au baseball ensemble, parfois ils se tuent pour vrai. Ce film est un ramassis de conneries mais il est aussi très agréable. Je suis à la fois tenté de croire qu’il est nul et intéressant. Il s’agit pour sûr d’un premier film ou plutôt même d’un film perdu pour Sono mais il a su certainement su régaler l’intellect de ses fans de longue date. Il donne tout son sens au terme jouer quand on parle d’acteurs et de cinéma. Je suis content qu’un film de ce type, filmé à l’épaule et de très piètre qualité visuelle soit présenté à fantasia et applaudi. Je suis maintenant très curieux de voir les films que je n’ai pas encore vus de Sion Sono.

Ceci résume mon expérience Fantasia pour cette troisième et dernière semaine. L’édition 2013 du festival regorgeait de belles découvertes. Mes films préférés cette année sont en ordre de préférence ; The Dirties, Discopath, Zero Charisma, Bounty Killer, Across The River, OXV : The Manual et Ritual : A Psychomagic Story. J’ai aussi beaucoup aimé le programme de courts métrages Slipstreams and Eclectic Sheep. J’espère voir dans les prochains mois quelques uns des autres films au programme que je n’ai pas pu voir si l’occasion se présente de les trouver en salle régulière ou en dvd.

C’est pour moi à la fois un honneur et un privilège de présenter le festival Fantasia aux lecteurs d’Emoragei chaque année depuis maintenant onze ans. Je termine en vous invitant à un autre événement en lien avec le festival qui aura lieu plus tard cet automne. Lundi le 28 octobre le classique d’horreur muet de 1922 Nosferatu le Vampire sera présenté à la Place des Arts. Le film sera accompagné d’une trame sonore jouée live par Gabriel Thibaudeau qui dirigera un orchestre. Il est important de noter aussi que le groupe légendaire Goblin reconnu pour avoir composé nombreuses trames sonores de films d’horreur italiens se donnera pour une rare fois en concert au National le jeudi 10 octobre. La fête de l’halloween se déroulera donc en musique cette année pour les fans de Fantasia et les lecteurs d’Emoragei.

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