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Le suspense des derniers instants

FESTIVAL FANTASIA 2013 (3)

À Montréal, du 18 juillet au 7 août 2013

jeudi 1er août 2013, par François Legault

Le festival Fantasia bat son plein au cœur de Montréal. Chaque soir plusieurs films et événements ont lieu à guichets fermés. Le succès est au rendez-vous pour cette énième édition du festival de films de genre le plus prisé en ville.

Cette troisième semaine de projections qui débute jeudi le 1er août et se termine le mercredi le 7 août réserve une grande part de surprises, de moments forts et d’exclusivités.

La Place des Arts ouvrira ses portes au festival durant trois soirées spéciales où seront présentées une pièce de théâtre inspirée d’un texte signé Clive Barker intitulée The History of the Devil. Le festival a présenté deux films produits par Clive Barker au cours des plus récentes éditions du festival, soit Midnight Meat Train et The Book of Blood. Plusieurs habitués du festival vous diront que ce fût deux des plus grands films d’horreurs qu’ils ont pu voir au cours des dernières années à Fantasia. La pièce mise en scène par Jeremy Michael Segal et présentée par les productions Title 66 met en vedette une bonne majorité d’acteurs dans la jeune vingtaine. Mitch Davis, un des co-directeurs du festival a été conquis par le jeu des acteurs et la saveur de cette pièce, suffisamment pour en faire la pierre angulaire du festival cette année. On peut s’attendre à un grand moment de théâtre à saveur de cinéma où le jeu crèvera l’écran pour une impression d’intimité comme seul Fantasia est capable de nous faire vivre. C’est donc un rendez-vous les jeudi 1er, vendredi 2 et samedi 3 août respectivement à la cinquième salle de la Place des Arts.

Le temps est maintenant venu de passer en revue les quelques projections auxquelles j’ai pu assister au cours de cette deuxième semaine avant de vous conseiller celles qui ont retenu mon attention prévues durant la troisième et dernière semaine en salles.

La comédie criminelle des Pays-Bas Black Out m’a fait passer un bon moment. On disait d’elle qu’elle rappelait les premiers films de Guy Ritchie soit Lock, Stock and Two Smoking Barrels et Snatch. On ne pouvait dire plus juste. Je m’attendais à un peu plus de violence ou de dialogues acerbes vu la provenance du film. En règle générale les films des Pays-Bas présentés au festival sont plus violents et d’un humour très noir. Celui-ci semblait carrément familial. Une intrigue bien ficelée, des sacs de drogue et d’argent qui changent sans cesse de mains, des références évidentes à d’autres films du genre et des personnages amusants font de ce film une copie carbone des films de Ritchie mentionnés précédemment. Black Out est efficace mais ne réinvente pas la roue.

La projection à la cinémathèque de La Belladone de la Tristesse a connu un franc succès. Le film d’animation de 1973 traduit au Québec et projeté en 35mm est un bijou d’une grande rareté. On croit parfois avoir affaire à un film d’animation de l’ONF et à d’autres moments à un trésor d’animation tel que Angel’s Egg de Mamoru Oshii présenté il y a de cela quelques années toujours à Fantasia. Plusieurs images du film rappellent les toiles du peintre japonais Yoshitaka Amano, surtout connu pour son travail dans la série de jeux vidéo Final Fantasy. Jeanne, la jeune femme qui entretient une relation avec le diable dans le film, empoisonne et prend contrôle d’un village qui l’a fait souffrir grâce aux fleurs de belladone, une plante toxique associée à la magie noire. Poésie et chansons font également partie du film qui n’a pas peur d’en montrer quand érotisme et diableries s’enchevêtrent. Espérons que les futures éditions du festival nous réserveront encore des surprises comme celle-ci.

Hideo Nakata en a surpris plus d’un il y a de cela une dizaine d’années quand son film Ringu aussi connu sous le nom The Ring fut présenté au festival. Le film d’horreur japonais reconnu mondialement a lancé un genre qui a donné fruits à de nombreux autres films d’épouvante. Il nous avait par la suite livré Black Water, un autre film de peur efficace qui a connu tel que Ring une réadaptation américaine. Ce nouveau film d’horreur pour l’auteur qu’est The Complex surprend à sa façon pour des raisons auxquelles je ne m’attendais pas. Il s’agit d’une bonne histoire qui tient la route au sujet d’une jeune fille qui emménage dans un complexe d’habitation hanté par des esprits vengeurs. Filmé de main de maître et narré à la manière d’un polar qui dévoile peu à peu ses surprises le film est bien à la hauteur des précédents efforts du réalisateur. Ce qui m’a surpris c’est que ce film aurait très bien pu sortir à la même époque que Ringu. On sent même un brin de nostalgie en le visionnant, on a l’impression de revoir un vieux film qu’on a manqué à sa sortie. Le type de film qu’Hideo Nakata peut se vanter d’avoir mis au monde appartient bel et bien au passé. On s’en rend compte en visionnant The Complex. Ce n’est rien de désagréable, au contraire, mais ça surprend. J’espère néanmoins qu’il nous en présentera d’autres, il a le tour.

Le drame de science-fiction I’ll Follow You Down que le réalisateur a présenté en personne en première mondiale au festival a eu droit à une belle réponse du public. Le film tourné sans le moindre effet spécial et entièrement basé sur les personnages est un des rares du genre dans le milieu du cinéma. L’histoire est prenante, l’intrigue nous fait douter sur les prochaines minutes à de nombreuses reprises. On se demande continuellement comment l’histoire va se terminer. On se demande malheureusement aussi quand l’action va commencer. Le films souffre parfois de longueurs qui, bien que nécessaires au fil conducteur, nous font languir jusqu’au punch final qui vaut malgré tout le déplacement. Ce film est un peu dans la veine de Another Earth présenté l’an dernier ou OXV : The Manual aussi au menu cette année. Il s’agit d’un film cérébral et émotif. Celui-ci aurait sans doute pu durer trente minutes de moins et y gagner en saveur.

Le programme de courts métrages Slipstreams and Eclectic Sheep en est à sa première édition cette année au festival. Neuf courts métrages de science-fiction basés sur les personnages et le jeu d’acteur ont été sélectionnés par Mitch Davis. Plusieurs des réalisateurs étaient présents sur scène afin de présenter leur film. La formule semblable à celle de Small Gauge Trauma s’est avérée exceptionnellement intéressante. Certains des courts étaient drôles, d’autres dramatiques ou même angoissants mais tous apportaient une dimension unique et faisaient travailler l’imagination. Plusieurs technologies fictives présentées portaient à réfléchir. J’ai adoré ces deux heures qui ont passé très rapidement et je serai assurément présent l’an prochain lors de la seconde édition du programme.

Le film Ritual : A Psychomagic Story m’a beaucoup plu. Je suis déjà un fervent admirateur d’Alejandro Jodorowski et de sa pratique de la psychomagie. Celle-ci consiste en la guérison rituelle et rapide d’une maladie ou d’un traumatisme psychologique par un acte souvent théâtral et parfois violent. Au lieu de guérir par une thérapie échelonnée sur de longues semaines voire années on s’attaque directement au problème. Par exemple, pour soigner quelqu’un qui souffre d’avoir perdu une personne sans avoir eu l’occasion de lui dire au revoir le soigneur pourrait se déguiser en cette personne pour l’aborder. L’idée est de s’adresser de façon subjective à l’inconscient du patient. Dans ce film l’actrice subit un avortement sans que la décision lui appartienne. Le rituel simulera l’accouchement et la naissance d’un enfant fictif mais la patiente vivra le tout comme si c’était réel. On ne sait pas si elle a ou non affaire à une sorcière ni si son conjoint violent aura raison d’elle et la rendra folle. En fait on peut tout aussi bien se prendre d’amitié pour les mauvaises personnes en tant que spectateur dans ce film, on ne saura même pas en en sortant si on a eu raison ou non. Ce film étrange et unique est digne de la psychomagie du maître qu’est Jodorowski. Sombre, érotique et inquiétant, le film s’adresse autant au cerveau qu’à l’esprit. Je crois qu’il s’agit également d’un film de fantômes. À vous de vous en faire une opinion si l’occasion de le voir se présente un jour à vous. Ce film est de loin mon préféré cette semaine.

Ceci résume ma seconde semaine au festival Fantasia. Je serai en mesure de vous parler du Decadent Zappin’ Party de DJXL5 la semaine prochaine. J’écris le présent texte en après-midi le mercredi, j’assisterai donc à l’événement en soirée. Voici maintenant un aperçu des projections auxquelles j’ai l’intention d’assister lors de cette prochaine et dernière semaine de l’édition 2013 du festival.

The Dead Experiment est un film canadien qui marie horreur et science-fiction. Un étudiant en science parvient à ressusciter son ami et partenaire durant leurs recherches. Ils tenteront de comprendre et de maîtriser le phénomène en vue d’une reconnaissance mondiale envers ce qui pourrait facilement être la plus grande découverte de tous les temps. Des effets secondaires indésirables se mettront en travers de leur chemin.

Curse of Chucky est un nouveau volet dans la série des films d’épouvante mettant en vedette la célèbre poupée des Childs Play. Le film est présenté en première mondiale an présence du réalisateur et scénariste Don Mancini et de l’actrice Fiona Dourif. Il est important de mentionner que Don Mancini a participé à l’écriture de tous les films de la série jusqu’à présent. Je ne les ai pas tous vu mais je me souviens très bien à quel point les premiers m’ont terrorisé enfant.

Le film Plus One semble unique en son genre. Un party de jeunes adultes bien arrosé tourne au vinaigre quand les doubles de tout le monde entrent en jeu après ce qui semble être une courte panne de courant. Ces sosies revivent la même soirée avec quelques heures de décalage et ce décalage s’amenuise à chaque fois qu’on ferme la lumière. Il n’y a pas de bande annonce sur le site du festival pour ce film qu’on annonce comme la version pop art / horreur d’un film d’adolescent. Ce film sera diffusé en même temps que le très attendu The World’s End. Ce pourrait être une excellente solution de rechange si vous faites partie de ceux qui n’ont pas pu se procurer de billets pour le film de fermeture officiel.

La projection du film Discopath sera sans contredits l’un des grands moments du festival cette année. Le réalisateur Renaud Gauthier nous a servi au festival au cours des années quelques épisodes du désormais célèbre Inspector Bronco. Plus célèbre encore pour son arrestation aussi stupide que spectaculaire, nul autre que Rémy Couture réalise les effets spéciaux du film. Si il y a un film québécois que vous vous devez de ne pas manquer cet été ce n’est certainement pas l’histoire de Louis Cyr mais bien ce délirant Discopath. Le film raconte l’histoire d’un meurtrier à New York en 1976 qui ne peut endurer la musique disco, elle induit en lui une folie meurtrière. Suite à une tuerie dont il est responsable il tente de fuir et de se refaire une vie à Montréal. Il y a des discothèques à Montréal aussi, malheureusement pour lui, mais heureusement pour nous. Je crois que ce film ira rejoindre les célèbres Bagman, Cul-De-Sac et Sans Dessein dans le temple québécois de la renommée des films cultes indépendants à grand déploiement. Si vous ne sortez voir qu’un film cette semaine, assurez-vous que ce soit celui-là.

Je n’aime généralement pas la violence gratuite. Je n’ai pas vu le célèbre film Funny Games mettant en vedette Naomi Watts et Tim Roth ni la version originale autrichienne de ce dernier. Cependant, je vais me risquer avec la projection de You’re Next, un autre film dans lequel une intrusion de domicile donne cours à beaucoup de violence. Le film est très attendu au festival et a fait sursauter la salle à plusieurs reprises lors de sa précédente projection hors Québec. J’ai entendu dire par plusieurs que ce film pourrait bien être le plus important au festival cette année. J’ai vu quelques films d’horreur cette année au festival mais je n’ai aucun doute que celui-ci sera le plus terrifiant.

Vers la fin des années 30, le célèbre Orson Welles animait une émission radio où il simulait une invasion extra-terrestre. Le peuple américain croit avoir affaire à une réelle invasion et réagit brusquement de diverses façons sur son territoire. Fantasia diffusera un documentaire télé sur le phénomène ainsi qu’une version très rare de la guerre des mondes de Georges Pal qui lui a été généreusement prêtée. Enfin, des bribes de la diffusion radio originales seront diffusées dans une véritable radio des années 30. War Of The Worlds : Welles & Wells promet de nous faire revivre un moment important de l’histoire de la science-fiction.

Enfin, le dernier film présenté cette année au festival en est un de grand calibre. Bad Film de Sion Sono est un condensé de plus de 150 heures filmées en 1995 dans une ville de Tokyo où s’affrontent violemment des gangs de chinois et de japonais. Sion Sono est une valeur sûre et un réalisateur fétiche au festival. Il y est vénéré comme un dieu. Bien sûr le projection de The World’s End est complète et plein de gens sont tristes, mais le véritable film de fermeture c’est Bad Film de Sion Sono, ça ne fait aucun doute. Ses films sont toujours impressionnants et son style est à la fois personnel et unique.

Je vous donne à nouveau rendez-vous la semaine prochaine pour un retour sur cette dernière semaine et sur l’édition 2013 du festival en général. Au plaisir de vous croiser au cinéma… ou peut-être même à la Place des Arts.

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