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Du sang à en pleurer de rire

FESTIVAL FANTASIA 2013 (2)

Le 25 juillet 2013

jeudi 25 juillet 2013, par François Legault

L’équipe du festival fantasia se démène depuis plusieurs années afin d’accroître son public et repousser les limites du cinéma de genre. On y projette des films de tout acabits, de quoi plaire à un peu tout le monde ; des comédies, de l’horreur, de la science-fiction, des films d’arts martiaux, des drames et des films d’animations. Ce qui impressionne avec une si grande variété c’est la fidélité des cinéphiles. Le public de fantasia voue une confiance presque aveugle à ses programmateurs si bien qu’on reconnaît une grande partie des visages présents dans la salle autant lors de projections de films sanglants que lors de celles de comédies nippones absurdes ou de documentaires sur des sujets pointus. Même les films annoncés d’emblée comme ridiculement nuls sont parfois présentés à guichets fermés et tous s’en donnent à cœur joie alors que la machine à popcorn ne fournit plus. Le festival fantasia est un phénomène auquel on participe par notre seule présence en ses murs. Les billets s’envolent de plus en plus rapidement à chaque année puisque chaque personne qui assiste pour la première fois à une projection s’assure d’y retourner et d’en parler à ses amis. Pour vivre pleinement l’expérience, il faut s’assure d’assister à une représentation dans la plus grande des salles, cette année le cinéma Impérial, de préférence en soirée. Les films présentés dans les autres salles sont excellents mais l’expérience y est différente, beaucoup plus introspective. Partager un rire ou un cri dans une salle de 800 personnes ça résonne, l’horreur y est plus effrayante, la comédie y prend une ampleur démesurée. J’espère avec ces quelques lignes avoir convaincu au moins une personne d’assister pour une première fois à une projection au festival, c’est la raison pour laquelle j’écris ces textes et c’est pour cette même raison que le festival traite si bien ses journalistes invités.

La première des trois semaines de projections de cette année 2013 tire à sa fin, voici venu le temps d’un retour sur les films présentés et un aperçu de ceux à venir lors de la deuxième semaine en salles.

Lors de la soirée d’ouverture du festival j’ai assisté à la projection du film d’épouvante The Conjuring. Le film qu’on peut voir en salles un peu partout actuellement raconte l’histoire vraie, dit-on, d’un couple et de ses cinq filles aux prises avec des fantômes dans leur maison hantée. Ils feront appel à un couple de démonologues réputés qui piégeront la maison afin de surprendre et de chasser les esprits malveillants qui y sévissent. Le film regorge de scènes qui font sursauter et d’effets spéciaux très bien réussis. Plusieurs scènes se démarquent du lot et méritent de passer à l’histoire. Le film dans son ensemble souffre néanmoins d’un manque ahurissant d’authenticité. On ne croit pas deux secondes qu’il s’agit d’un fait vécu, en fait on l’oublie très vite. Le couple de chasseurs de fantômes est une présence rassurante mais manque de crédibilité. Je crois qu’en remplaçant les spectres maquillés par des claquements de portes et des fenêtres qui sifflent le réalisateur serait parvenu à garder le public en haleine. Ce film ressemble plus à un film de Stephen King en hommage aux X-Files qu’à The Exorcist.

La comédie Zero Charisma s’est avérée à la hauteur de mes attentes. Très drôle et convaincant, le film fait la lumière avec humour sur la différence notoire entre les nerds et les hipsters. Quiconque a vécu une partie de donjons et dragons dans sa vie se reconnaîtra dans ces personnages plus vrai que nature que la mère d’un d’entre eux s’amuse à baptiser ‘’The Nerd Herd’’. Totalement inepte à vivre en société et isolé dans un monde imaginaire Scott, le personnage principal, subit la vie plutôt que d’y participer sans se rendre compte qu’il vieillit et que ses priorités sont mal établies. L’acteur qui joue Scott livre une performance magistrale et cette comédie surhumaine est une réussite totale. L’aspect dramatique ne prend jamais le dessus sur la comédie ni l’inverse, tout est bien dosé, on y croit, c’est parfait.

J’ai aussi visionné la comédie sanglante Cottage Country. Ce film canadien produit par les mêmes qui nous ont livré Hobo with a Shotgun s’est avéré plutôt décevant. Le couple qui, par erreur, se retrouve avec un cadavre sur les bras décide de le faire disparaître. Ils devront faire face à une dure réalité quand les questions viendront et on a peur pour eux durant un instant. Ensuite l’absurde s’en mêle et le film dérive dès les trente premières minutes. Le fantôme du mort revient les hanter avec des airs de Beetlejuice, la femme est somnambule et parle dans son sommeil, l’intrigue sort complètement du film. Le popcorn qu’on tient entre nos mains devient vite le seul intérêt de la dernière heure de ce navet qui ne tient plus la route. C’est dommage car les personnages sont intéressants et les blagues bien ficelées. Il ne manque que du solide, mais c’est important.

Mon coup de cœur jusqu’à présent cette année ; l’excellent The Dirties. On ne sait pas trop à quoi s’attendre au début de ce film, et c’est sans doute le cas aussi après trente minutes, soixante minutes… et c’est terminé, et on a bien ri. Unique en son genre, ce film est un comme un ramassis de ‘’deleted scenes’’, ‘’behind the scenes’’, ‘’extras’’, toutes ces sections qu’on ne regarde pas souvent sur un dvd. Il y a bien une trame narrative mais elle est si bien intégrée à ce montage qu’elle semble s’implanter dans notre subconscient. On fait la connaissance de deux amis qui veulent tourner un film dans lequel ils régleront le compte aux élèves de leur école qui leur font la vie dure. Bien qu’il prépare une vraie fusillade, le plus sérieux des deux comparses est si charismatique qu’on s’éprend très vite de lui et de son humour particulier. Le film a beaucoup choqué et il choquera encore plus car il dénonce avec brio l’armement de l’individu aux Etats-Unis et nous démontre que les jeunes tueurs en série dans les écoles sont des jeunes comme tout le monde victimes d’intimidation et d’une société malade. Le réalisateur Kevin Smith a pris le film sous son aile et en fera la distribution dès cet automne. Je souhaite à ce bijou d’authenticité un succès monstre, il le mérite amplement.

Fantasia et le festival Juste pour Rire se sont associé l’espace d’une soirée afin de présenter à la belle étoile trois courts métrages d’époque sous la bannière Les Rois du Rire. L’événement s’est avéré un franc succès. Plus d’un millier de personnes se sont assises à la place des festivals par cette soirée confortable afin d’assister aux projections. Je dois dire que c’était la première fois que je visionnais ces films des années 1917, 1920 et 1929. J’ai été très impressionné à l’idée de l’ampleur que devait prendre un plateau de tournage à l’époque. Ces films de vingt minutes nécessitaient sans doute autant sinon plus de préparation que les longs métrages d’aujourd’hui. Les acteurs du film de Buster Keaton One Week par exemple réalisaient de dangereuses cascades et les effets spéciaux (vraiment !) m’ont beaucoup impressionné. Le pianiste Gabriel Thibaudeau improvisait une trame sonore au piano tout au long de l’événement comme c’était la coutume à l’époque. Une soirée très réussie qui j’espère se renouvèlera l’an prochain.

Je m’assure de ne jamais manquer la projection annuelle de Small Gauge Trauma, une sélection de courts métrages sombres et dérangeants signée Mitch Davis, un des co-directeurs du festival. Cette année encore le malaise était palpable dans la salle. Un homme déguisé en chat qui commet des meurtres crapuleux, une fausse ambulance qui provoque un accident et qui s’enfuie avec les blessés avant l’arrivée des vrais secours et un enfant qui a la rage et qui terrorise ses parents. Voici le genre de films auquel on peut s’attendre à Small Gauge Trauma. Je ne sais pas pourquoi exactement j’assiste à ces films de fous, je crois que cette dose annuelle de malheur m’aide à ignorer les bulletins de nouvelle le reste de l’année. Plusieurs des courts de cette année se terminaient en queue de poisson ou semblaient nous laisser sur notre faim. En fait les jeunes réalisateurs présents ont fait comprendre au public que ces premiers films sont un peu comme une démonstration de leurs talents en vue de longs métrages à venir ou même des longs métrages qu’ils ont dû abréger faute de budget. Le tout demeure néanmoins une expérience intéressante.

J’ai misé juste en fondant beaucoup d’espoir sur la projection de la première internationale de Bounty Killer, le film est une vraie bombe ! Basé sur un comic book indépendant à succès, le film déborde d’action sanglante, de dialogues aussi comiques que cools et d’effets spéciaux à couper le souffle. L’action n’arrête pratiquement jamais durant tout le film qui défile à une vitesse ahurissante. On croirait lire une bande dessinée animée sur un écran. Les acteurs sont incroyables, la violence inouïe et l’originalité des chorégraphies de combat époustouflante. Le film me rappelle un peu Tank Girl et Johnny Mnemonic quoique ces deux derniers (des navets, n’ayons pas peur des mots) étaient nettement moins efficaces que Bounty Killer. Deux des principaux acteurs ont présenté le film sur scène et ont répondu aux questions du public avant de signer des autographes au balcon de l’Impérial. Ils nous ont servis de nombreuses blagues et anecdotes de tournages. Le public en a largement eu pour son argent avec eux. La présence des artisans du cinéma est une des principales raisons pour lesquelles il est si agréable d’assister aux premières de Fantasia.

Le film de science-fiction OXV : The Manual est plutôt original pour ne pas dire unique en soi. Une fréquence détermine la chance et le succès chez l’individu. Plus celle-ci est élevée, plus la nature sera clémente mais ce au détriment des émotions. Une personne qui connaîtra le succès et la chance ne connaîtra jamais l’amour, la haine, l’envie ou une quelconque émotion. Les deux personnages du film ont des fréquences extrêmement contraires et la nature intervient férocement à chaque fois qu’elles se croisent. Les raisons pour lesquelles tout se passe ainsi sont expliquées au compte-goutte, avec un débit lent mais efficace. Les intrigues se succèdent de façon agréable et le film change de ton à maintes reprises. Il s’agit là d’un film intelligent qui ferait pâlir d’envie Christopher Nolan. Le concept est intéressant et bien exploité quoique la notion de danger qui est pourtant présente dans le film pourrait mieux l’être. À quelques reprises le film semble tendre vers un peu d’action mais il n’en est rien. OXV : The Manual demeure un excellent drame de science-fiction.

Voici qui résume mes impressions sur les films que j’ai eu la chance de visionner lors de la première semaine de projections. Voici maintenant un aperçu de ceux qui ont retenu mon attention pour la seconde semaine.

Le thriller The Missionary semble prometteur. On y joue sur les émotions et les peurs que suscite l’inconnu face aux religions. Une femme qui élève seul son enfant s’éprend d’un mormon qui cogne à sa porte. Lorsqu’elle voudra remettre de l’ordre dans sa vie et reprendre avec le père de son enfant le missionnaire religieux deviendra violent et imprévisible.

La Belladone de la Tristesse est un dessin animé érotique japonais des années 70. On y raconte l’histoire d’une femme qui devient sorcière suite à ses relations intimes avec le démon. Le coup de crayon rappelle la série de films Heavy Metal et la version 35mm qui sera projetée à la cinémathèque est une doublure française d’origine québécoise.

Le film The Machine est un drame de guerre futuriste où un scientifique conçoit une machine de guerre à forme humaine. Il entretient secrètement l’espoir de guérir sa fille qui souffre d’une maladie rare. L’esprit d’une collègue entrera dans sa machine et tous devront s’affronter afin de déterminer à quelle fin servira l’invention. La prémisse me rappelle un peu Ghost in the Shell.

J’ai eu la chance de visionner Across the River et je peux d’ores et déjà vous assurer que ce film est fabuleux. On y suit les pas d’un écologiste qui filme les animaux d’une forêt et traque leurs pistes pour une étude quelconque. Il découvre les ruines d’un village abandonné et s’y aventure pour se rendre compte qu’il en devient lentement prisonnier et qu’il n’est pas seul comme il le croît. Le subtil mélange entre réalité et fiction rappelle l’excellent Troll Hunter de l’an dernier mais en beaucoup plus sombre et dangereux. Je le recommande fortement.

I’ll Follow You Down est un autre film de science-fiction au concept fort original, dans cette branche nous sommes définitivement choyés cette année. Mettant en vedette le jeune adulte Haley Joel Osment (The Sixth Sense) ainsi que Rufus Sewell (Dark City), le film raconte l’histoire d’un jeune homme qui tente de retrouver les traces de son père qui a disparu il y a plusieurs années en tentant une expérience scientifique. Il devra être prêt à renoncer à tout pour suivre ce dernier, s’il y parvient.

Le documentaire Rewind This ! traite de l’arrivée, de la vie et du départ de la cassette VHS dans le monde du cinéma. On y discute avec divers réalisateurs dont notamment Atom Egoyan du rôle qu’a joué ce médium en apportant le cinéma dans nos maisons et de l’engouement des collectionneurs qui s’arrachent les dernières copies de films rares.

Un programme spécial regroupe plusieurs courts métrages de science-fiction. Voyages dans le temps, dimensions parallèles, disparitions, apparitions et téléportations sont au menu lors de la projection de Slipstreams & Eclectic Sheeps.

Ritual : A Psychomagic Story traite de psychomagie, un sujet qui a d’abord été abordé par nul autre que Alejandro Jodorowski, un cinéaste, psychologue et scénariste très reconnu. On lui doit les superbes films Holy Mountain, El Topo et Santa Sangre. Il a également écrit les scénarios des séries de bandes dessinées l’Incal et La Caste des Méta-Barons. Ses films sont toujours très étranges, violents et inspirants. Il joue devant la caméra pour celui-ci qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui fuit un homme possessif, tortionnaire et dangereux pour se réfugier chez des gens qui semblent l’être tout autant. J’ai très hâte à cette projection.

Enfin, je vous invite à ne pas manquer l’un des plus importants événements à Fantasia ; DJ XL5 Decadent Zappin’ Party. Cet événement spécial est un rendez-vous annuel délirant où les courts métrages, les vidéo-clips et les scènes de danse et d’action se succèdent dans un montage ahurissant de près de deux heures. Beaucoup d’exclusivités sont à l’honneur chaque année, de nombreux cinéastes fournissent de nouveaux courts métrages pour cette soirée. L’ambiance y est toujours survoltée et on y fait toujours de belles découvertes. C’est donc un incontournable rendez-vous pour les initiés comme pour les curieux.

Bien sûr plusieurs autres films ont l’ai intéressant. Un nouveau film d’horreur, The Complex, nous est enfin livré par celui qui a tout changé avec The Ring. Deux films de gangsters asiatiques à grand déploiement ; le thaïlandais The Ganster et le film de Hong Kong The Last Tycoon. Deux films débordants d’action ; The Last Assassin mettant en vedette de très belles et dangereuses vietnamiennes et Saving General Yang de Hong Kong où sept frères devront mettre leur vie en danger afin de secourir leur père captif de l’ennemi en pleine guerre de la dynastie des Song.

Je vous souhaite de belles découvertes au festival fantasia cette semaine et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un retour sur celle-ci et un aperçu de la troisième et dernière. Bon cinéma à tous !

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